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Full text of "Gazette du bon ton : arts, modes & frivolités"

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DU 



Bon Ton 



ART, MODES 



FRIVOLITES 



LUCIEN VOGEL, Directeur 



1922 

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Jraris 
LES PUBLICATIONS LUCIEN VOGEL 

il, Rue Saint -Florentin, 11 



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GAZETTE 

DU 

Bon Ton 



TABLE DES MATIÈRES 

PREMIER SEMESTRE 
(Janvier à Juin 1922) 

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TABLE DES ARTICLES 



Pages 

ADAM OU LA BONNE VOLONTÉ Marcel ASTRUC 17 

Dessins de Jacques DEMACHY. 

AGE TENDRE (L') Georges Armand MASSON. 53 

Dessins «le M. M. BARATIN. 

AMÉRICAINES Gérard BAUER. 69 

Dessins de Roger CHASTEL. 

AMOUR DU CONTRASTE (L') . . . Jeanne RAMON-FERNANDEZ. 45 

Dessins de BENITO. 

ARMORIAL DES ÉCRIVAINS FRANÇAIS . . Jean de BONNEFON.49-116 

Dessins de Gaston JOUBERT de BUSSY. 

AUTRES TEMPS, AUTRES MŒURS. George CECIL. 2 5 

Dessins de Charles MARTIN. 

BLOUSES Georges Armand MASSON. 89 

Dessins de MARIO SIMON. 

BONNETS ET CHAPEAUX Georges Armand MASSON. i 4 i 

Dessins de Georges LEPAPE. 



Pages 

DE MIL HUIT CENT SOIXANTE-QUINZE A MIL NEUF CENT. ... 145 
Dessins de WOODRUFF. Jeanne RAM ON - FERNANDEZ . 

CHAPEAUX DE CAMILLE ROGER de VAUDREUIL. io5 

Dessins de Georges LEPAPE. 

CHEVEUX Jeanne RAM ON- FERNANDEZ. 12 1 

Dessins d'André MARTY. 

COSTUMES DE BAIN Nicolas BONNECHOSE. 149 

Dessins de Pierre BRISSAUD. 

DON JUAN Jean-Louis VAUDOYER. i33 

Dessins d'André MARTY. 

DU BIJOU UNIQUE OU VOYAGE DU SOLITAIRE. 

Dessins de MARIO SIMON. Robert LINZELER. 11 3 

ÉCRIT SUR LE SABLE Marcel ASTRUC. i3> 

Dessins de BENITO. 

ERMENONVILLE OU LE PROMENEUR SOLITAIRE. 

Dessins d'André MARTY. Robert BURNAND. 1 

FLIRTING A TRAVERS LE MONDE (Le) .... George CECIL. i5 7 

Dessins de Charles MARTIN. 

GENTIL COQ'LICOT, MESDAMES! . . . Nicolas BONNECHOSE. 7 3 

Dessins de Pierre BRISSAUD. 

GESTES de VAUDREUIL. 11 

Dessins de Pierre MOURGUE. 

GUERRE A TORQUATE (La) PIERRE MAC ORLAN. 81 

Dessins de Charles MARTIN. 

HERMAPHRODITE ET SALMACIS OU LES ÉGAREMENTS DE LA 

PASSION OVIDE. 9 3 

Dessins de BENITO. 

LETTRE A UNE DAME QUI VOULAIT « MASQUER » . 

Dessins de George BARBIER. George BARBIER. 5/ 

MANTEAUX POUR TOUS LES SPORTS .... de VAUDREUIL. i53 

Dessins de Pierre MOURGUE. 

MARIÉES ET DEMOISELLES D'HONNEUR. . . de VAUDREUIL. 41 

Dessins de Pierre MOURGUE. 

MASCULINES (Les) Roger BOUTET DE MONVEL . 101 

Dessins de Bernard BOUTET DE MONVEL. 



QS7 



Pages 

MODE ET LE BON TON (La) J. R. -F. 3o 66 98 i3o 

MORT DE LA DANSE Gérard BAUËR. 109 

Dessins de Marcel VERTES. 

OMBRELLES ET CHAPEAUX de VAUDREUIL. 77 

Dessins de Georges LEPAPE. 

PARADE DE L'ACCOUCHÉE (La). . . . Francis de MIOM ANDRE. 5 

Dessins de BENITO. 

PLUIE (La) Georges Armand MASSON. 21 

Dessins de Georges LEPAPE. 

PORTRAIT DE CASANOVA George BARBIER. i*5 

Dessins de Charles MARTIN. 

PRINCE DE GALLES ET LES INDIENNES (Le) . . George CECIL. 61 

Dessins de Charles MARTIN. 

RÉMINISCENCES DE M. DE MARSAY (Les) MARSAY. 33 

Dessins de Pierre MOURGUE. 

RENAISSANCE ÉmUe HENRIOT. i3 

Dessins de Pierre BRISSAUD. 

SYMPHONIE DES TISSUS RAMON-FERNANDEZ. 85 

Dessins d'André MARTY. 



^©^ 



TABLE DES PLANCHES HORS -TEXTE 



N" Planches 

AILE DE JAIS (L'). — Llano Florez i 3 

ALLÉE CAVALIÈRE (L'). — Pierre Briétaud 5 3 7 

ARAIGNÉE DU SOIR... ESPOIR. — George Barbier 5 35 

AVERSE INTEMPESTIVE (L'). — George Barbier 2 M 

BIBELOTS DE LA CHINE (Les). — Zenker i 8 

BON ACCUEIL (Le). — Georgeé Lepape 4 3i 

BICHE APPRIVOISÉE (La) . — André Marly . 4 3 2 

CHAPITEAU CORINTHIEN (Le). — Robert Bonfih 5 33 

COCU MAGNIFIQUE (Le). — Siméon 4 *5 

C'EST MOI. — André Marly 5 3 9 

"COMBIEN DE MORCEAUX DE SUCRE?". — Erihson .... i 2 

CONFIDENCES. — Valent ine J. Hugo 3 22 

DE LA FUMÉE. — Thayaht 2 i3 

EN PLEIN CŒUR. — André Marly 2 12 

ESSAYAGE A PARIS (V). — Thayaht 4 27 

ÉVEIL DU PRINTEMPS (L*). —Siméon 3 17 

FOURRURE BLANCHE (La). — Bénilo 2 10 

FIANÇAILLES. — George* Lepape 5 38 

" J'AI FAILLI ATTENDRE " . — Prèjelan 4 26 

JAZZOFLUTE (Le). — George* Lepape 2 i5 

JEUNE LOCRIENNE (La). — Valentine J. Hugo 2 9 

LASSITUDE. — Georges Lepape 3 18 

LOGE D'OPÉRA (La). — Pierre Mourgue 2 11 

OFFRANDE DU POÈTE (L'). — Bénilo 4 29 

PENDANT L'ENTR'ACTE. — Bénilo 5 36 



N" Planckes 

PENDANT LES "MODÈLES" CHEZ MADELEINE VIONNET. 

Thayaht. 3 20 

PETITE MADEMOISELLE (La). — Pierre Mourgue 1 1 

QUE VOUS ÊTES BELLE, MAMAN... — Pierre Briééaud .... 3 2 3 

"QUI NE VOUS AIMERAIT?"— George Barbier 4 28 

RIDEAU D'ARGENT (Le). — Pierre Mourgue 3 19 

ROSERAIE (La). — George Barbier 3 21 

SAINTE-CLAIRE. (La) — Pierre Briôàaud ! 4 

SŒURS JUMELLES (Les). — Mario Simon 5 3^ 

SOIR DE PARIS. — Pierre Mourgue ! 5 

SOUVENIR DE PAQUES A ROME. — Thayaht 5 40 

TEMPS SE GATE (Le). — Pierre Bruéaud 4 3o 

TOMBEAU DES SECRETS (Le). — George Barbier 1 7 

UN ADMIRATEUR SINCÈRE. — André Marty 1 6 

VOILA LE PRINTEMPS. — André Marly 3 24 

« VOUS ÉTIEZ HAUTE COMME ÇA ». — Pierre Briôéaud .... 2 16 



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TABLE DES CROQUIS HORS-TEXTE 



ALBUM DES DAMES, LEURS MODES ET LEURS 

FRIVOLITÉS . 

COSTUMES TAILLEUR DE FANTAISIE 

ROBES A DANSER 

RUBAN EMPLOYÉ DANS LA MODE ET LA COUTURE. 

TISSUS DE RODIER POUR LA PROCHAINE SAISON 

D'ÉTÉ (Les). 



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XXXIII à XL 


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xvii à xxiv 


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ix à xvi 




A.c. MAWV. 



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OU LE PROMENEUR SOLITAIRE 

Te l'ai rencontré ce soir. Il revient, chaque année, avec 
l'automne, quand l'auberge est vide et que les peupliers 
montent, autour de son tombeau, comme de minces fuseaux 
d'or. Il revient quand la nature, après tous les sacrilèges, 
tous les viols de l'été, est enfin seule à nouveau. 

Il marchait au bord du lac, à petits pas et son habit 
était de la couleur des feuilles. Il est tellement chez lui dans 
ces lieux, ses amis ont si bien pris l'habitude de le chercher 
à chaque détour d'allée que, ni l'un ni l'autre, nous n'avons 
paru surpris de nous rencontrer. 

Le lac dormait; le clapotis d'une poule d'eau troublait 
seul le silence. Au-dessus de la masse sombre des arbres, 
dans le ciel tout clair, passa le triangle d'un vol de canards. 



Copyright February 1922, by Lucien Vogd, Paru 




Nous nous assîmes, sur 
l'herbe, près de l'autel de 
la Rêverie qui semble 
résumer toute la philo- 
sophie de son temps. 

Et il parla : « Erme- 
nonville est le plus beau 
séjour du monde, le seul 
peut-être où je puisse 
revenir et rêver en paix. 
Où irais-je en effet ? Les 
Charmettes sont envahies 
par les touristes. Mont- 
morency est trop près 
d'Enghien. Quant à 
Genève, une assemblée 
bavarde et vaine, mais aussi autoritaire, a remplacé ma 
vieille république calviniste. Tandis qu'ici ! Ma mémoire 
est pieusement conservée. Ma statue est médiocre, mais elle 
s'abrite à l'ombre frémissante d'un tilleul. Le curé, à force 
de vivre dans mon souvenir, a fini par me ressembler d'une 
façon prodigieuse, si bien que tous les dimanches, c'est le 
Vicaire savoyard qui paraît monter en chaire. 

« Monsieur de Girardin, qui planta, suivant mes principes, 
ce parc enchanté, a été remplacé par le plus aimable des 
princes. Je ne suis heureux qu'ici. Ici seulement je redeviens 
l'Homme de la Nature ». 

Sa voix était grave, un peu alourdie d'accent provincial. 
Il se leva bientôt et monta vers ce temple de Philosophie d'où 
l'on découvre, le jour, un paysage d'arbres et d'eau. Et je 
suis resté, sur le gazon, à écouter les trompes de chasse sonner 



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leurs plus belles fanfares, le Point du Jour, la Reine ded Landed, 
la Calèche ded Damed. 

Délicieux, adorable pays, où le fantôme de Jean- Jacques 
frôle l'ombre exquise de 
Sylvie — où les âmes 
tourmentées s'atten- 
drissent au contact de la 
plus riante nature qui soit, 
nuancée d'ombres douces, 
égayée de claires fon- 
taines — où les dures 
cervelles genevoises 
puisent au ciel de France 
la légèreté %t l'harmonie. 
Ce pays, il l'a aimé, il en 
a compris la grâce, — ce 
pays qui n'a pas changé, 
depuis qu'il y achevait sa 
vie misérable et superbe. 

Tous les ans, quand 
vient le Mai des 
JMugu ets, on 
danse sous les 
arbres du parc ; 





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les violons jouent des rondes et les compagnons du tir à l'arc 
criblent de flèches de rudes paillassons. Les filles sont fraîches; 
les yeux luisent sous les paupières baissées ; des robes 
blanches passent et repassent... 

Pays d'amour, pays d'éloquence — vins d'honneur, à la 
mode d'autrefois — arbre de la Liberté, tout fleuri de 
drapeaux — harangues enflammées, discours cadencés et 
sonores du prince-maire qui a vaillamment gagné, à la guerre, 
le droit de parler haut, devant la pierre des héros. — Pays 
d'éloquence, pays d'amour, pays de sacrifice — pays de paix 
aussi, surtout, où elle semble plus douce qu'ailleurs... pays 
où j'ai fixé ma vie. . . Robert BuRNAND _ 







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LA PARADE DE L'ACCOUCHÉE 



Tl y a un roman de Zola (mon Dieu ! est-ce Une Page 
d'amour? ou La Joie de v'wre ?... Perplexité ! Enfin, c'est un 
roman de Zola) dans lequel on raconte pendant bien quatre- 
vingts pages les péripéties d'un accouchement. C'est à vous 
donner la chair de poule. Et l'on se demande comment les 
dames qui ont lu de pareilles horreurs consentent encore à... 
Mais comme il y a des grâces d'état, il y a des oublis d'état, des 
aveuglements nécessaires. On va, on va, on ne se rend pas 
compte. Fort heureusement pour les enfants, qui ont absolu- 
ment besoin qu'on fasse, d'abord, ce petit sacrifice pour eux. 
Et on ne lit pas non plus beaucoup, aujourd'hui, les 
romans de Zola. Ils sont trop tristes ; ils prennent trop tout au 
sérieux. La sagesse de l'humanité a toujours été au contraire 
de ne rien prendre au sérieux et de farder de toutes sortes de 
gracieux mensonges conventionnels les fatalités... discour- 
toises de l'existence. Ainsi la guerre, cette chose ridicule et 
lugubre, que pendant des siècles on a faite avec des plumets, 



de beaux costumes et des chansons. Ainsi le mariage, qu'on a 
couvert de fleurs, de bénédictions et de petits fours. 

L'accouchement n'aurait su échapper à cette loi. On a 
tout fait pour que la malheureuse intéressée oublie son triste 
état. On lui joue une petite comédie charmante, ou plus 
exactement une parade, dont les numéros sont réglés une fois 
pour toutes. 

Rien que le prologue dure neuf mois. Il est rempli par 
mainte entrée dansante du plus heureux effet. Les femmes 
envahissent la scène, qui leur est quasi complètement livrée. 
Elles vont et viennent, affairées comme des cloportes, bril- 
lantes comme des papillons, importantes comme des poules. 




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Elles donnent des conseils, elles rappellent des souvenirs. On 
élabore des projets d'avenir, suivant que l'enfant appartiendra 
à l'un ou l'autre sexe. Les mères surtout s'en donnent à cœur 
joie : les deux mères, celle de la dolente épouse et celle du 
mari. C'est à peu près la dernière occasion qu'elles ont de 
jouer un rôle — un rôle honorable — dans l'existence. Elles 
ne le manqueraient pas. 

Encore que toujours la même dans ses grandes lignes, la 
pièce varie selon la situation sociale du couple, de ses ascen- 
dants, de ses amis. Les deux mères 
mettent plus ou moins de sucre 
autour des vérités amères qu'elles 
s'invitent mutuellement à goûter. Et 
<< le panachage des visiteuses donne 

j ; lieu à bien savoureuses observa- 

tions. Mais il y a une chose qui 
""'% demeure immuable : c'est l'attitude 




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du mari. Elle est résolument, obstinément, évasive. Comme 
on dit en style judiciaire, il est défaillant... Et de quelles 
défaillances, hélas ! souvent. 

Il y a aussi l'intermède de la 
layette. On n'a pas idée de ce que 
la gracieuse imagination féminine 
a pu inventer d'aérien, de subtil, 
de candide, de léger pour masquer 
la réalité vulgaire de cette pauvre 
chose qu'on appelle les langes. Je 
vous jure que c'est touchant. 

Enfin, la comédie propre- 
ment dite commence. La sage- 
femme (ainsi nommée sans doute 
parce que jusqu'ici toutes les 
autres étaient folles) fait son 
entrée. Et avec elle, n'est-ce pas ? 
un rien de vulgarité. JM. Benito, 




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qui a trouvé de si jolis accoutrements pour les accouchées, 
peut bien donner sa langue au chat et y renoncer pour toujours : 
il n'y a pas de costume possible pour la sage-iemme. Fort 
heureusement, cette puissante créature en caraco (indispen- 
sable, comme la sagesse) n'a qu'un rôle restreint. Comme si elle 
sentait elle-même à quel point sa présence détonne au milieu 
de toutes ces fanfreluches, elle s'esquive, aussitôt présenté à 
l'univers le nouveau venu, elle s'esquive, suivie de l'époux 
embarrassé, qui retourne à ses défaillances. 

Laissons ces tristes comparses suivre leur sort insipide, 
et le marmot lui-même vagir dans son moïse. Et ne nous 
occupons que des autres héroïnes. Car, comme dans le 
prologue, il n'y a plus ici que des femmes. Elles sont toutes 

revenues. Et elles entourent de leur 
tendresse bruyante la jeune convales- 
cente, étendue sur son lit dans cette 
pose charmante où nous l'attendions 
% depuis si longtemps, dans cette pose 
f ' classique où elle réalise enfin son rôle 



d'accouchée. Toute cette longue préparation n'a abouti qu'à 
cet instant si doux, si reposant. A ce bien-être de délivrance, il 
fallait bien que correspondît une coquetterie particulière. 
Comme un bibelot précieux et fragile, voici notre dolente 
enveloppée de merveilleuses robes et qui semblent faire d'elle 
une sirène, moitié-femme, moitié-lit, suivant l'expression d'un 
de nos plus délicieux humoristes. Et elle est si jolie ainsi que, 
lorsqu'il revient, le défaillant plein de remords sent renaître en 
lui mille illusions délicieuses et toutes sortes de sentiments qui 
lui font bien de l'honneur. 

Francis de MlOMANDRE. 







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"T'aime beaucoup les soirées où l'on 
+J peut parler entre connaisseurs de 
la musique des Six avec des dames 
admiratrices drapées d'une épaule à 
l'autre de crêpe marocain de telle façon 
que quoi qu'elles fassent il y ait toujours 

une épaule dehors. 
On n'est guère 
à ce qu'on dit. 

La dame a bien assez à faire 
à remonter constamment une 
épaulette qui tombe, à découvrir 
Jacques pour couvrir Pierre, 
car quand cela remonte d'un 
côté il faut infailliblement qu'ail- 
leurs ça redescende. Ce sont 
même ces jeux de cache -cache 
qui font, je crois bien, dans les 
salons, le principal attrait de la 
musique des Six. 

« Ces Six... ils ont du talent 
comme quatre... Combien de fois 





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avez -vous entendu déjà les Cocardes 
de Poulenc ? » Ces propos vous 
permettent de vous enivrer pendant 
ce temps-là, comme d'un vin capiteux, 
de la vue, du parfum, de la présence là 
contre vous d'une splendeur révélée, 
palpitante, interdite. Le prétexte de 
la musique meuble les temps de ce 
dialogue où c'est ce qu'on ne dit pas 
que l'autre entend. Kt c'est pourquoi 
cette musique est nommée musique 
d'ameublement. 

« Quelle gorge délicieuse ! Je ne 
puis en détacher mon regard. » Vous le 
détachez si peu 



que la dame, 
gênée, est con- 
trainte de faire le geste de remonter 
d'un demi-centimètre l'ourlet de son 
décolleté ; puis, fatigué par cet effort, 
son bras languissamment retombe. 

Cependant Madame 
Marcelle Meyer, sur le piano 
tape quelque chose d'Auric. 

de Vaudreuil. 






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MODES 



"P N ce temps-là, les belles ethon- 
nestes dames portaient toutes 
des| vertugadins, appelés aussi 
hocheplis, qui étaient des cer- 
ceaux de fer, de baleine ou de 
bois, placés sous la robe; en sorte 
qu'elles y pouvaient cacher des 
hommes d'armes tout entiers, 
comme il arriva à M. le duc de 
Montmorency, qui trouva ainsi 
le moyen de sortir de la ville de 
p.b. Béziers bloquée par l'ennemi, 
sous les vastes atours de la belle 
Louise de Montagnard, comtesse de Tessan. Elles avaient 
des corsages fendus, des manches relevées sous l'avant- bras, 
et des mancherons de satin; deux robes superposées de 
couleurs différentes, pourpoints à basquines, jarretières à 
ramages, et petits manchons, dits contenances. 

Elles étaient coiffées de chaperons, bourrelets, toques et 
escofions, sentaient le musc et l'ambre gris, et se coiffaient à 
la Ferronnière, une perle au milieu du front. S'il arrivait 
qu'elles fussent chauves, comme Marguerite de Valois, elles 
portaient perruque, sans vergogne, à l'imitation de celle-ci, 
qui entretenait à son service cinq ou six laquais blonds que 
l'on tondait de temps en temps, dit Tallemant, pour faire des 
mèches. (C'était cette Marguerite qui portait des vertugadins 
munis de pochettes tout autour, où elle mettait, dans une 



i3 




boîte, le cœur de ses amants trépassés : 
" car elle était soigneuse, à mesure 
qu'ils mouraient, d'en faire embaumer 
le cœur. " Fille de France avec cela : 
la reine Margot, première femme 
d'Henri IV. 

C'est très joli de se costumer à 
l'imitation de l'Histoire, et de s'habiller 
selon Michelet. Encore convient-il de soi- 
gner très exactement sa 
documentation. Les pré- 
sentes notes sont à l'in- 
tention des personnes 
pressées : ce qu'il faut 
savoir, en soixante lignes, 
de la Renaissance, par 
rapport aux 



dames. 

Bibliographie : 

Rabelais, Mon- 
taigne, Brantôme, Ronsard, la 
Pléiade. Beaux-Artd : Clouet, Jean 
Goujon. Architecture : Fontaine- 
bleau, le vieux Louvre, Blois, Châ- 
teaux de la Loire. Roid: François I er , 
Henri II, III, IV, Charles IX. 
Grandes dames : Catherine de Médi- 
cis, Marguerite de Valois, déjà 
nommée, Jeanne d'Albret, Diane 
de Poitiers, Marie Stuart, M rae de 
Montsoreau. Jeunes premiers : Bussy 




M 






d'Amboise, La Mole, Cocon as. 
Divers : Triboulet, Nostradamus , 
Bassompierre, Montluc, Jarnac, etc. 
Arrangez- vous comme vous pour- 
rez, Mademoiselle : mais si vous 
n avez pas les jambes longues, rien à 
faire, le XVI e vous est interdit. Il faut 
d'abord ressembler aux belles nym- 
phes de Jean Goujon et de Jean de 

Bologne : les 





jambes longues, 
de fortes cuisses 
de Diane chasse- 
resse, formées 
pour la course, et 
nerveuses ; la 
gorge haute, les 
épaules bien tom- 
bantes, le ventre 
bombé, le front rond, le visage ovale. 
Telles voulait la reine Catherine que 
fussent ses dames d'honneur du fameux 
" escadron volant ". — " Deux cents 
filles fort belles et honnestes, assure 
Brantôme, toutes bastantes pour 
mettre le feu par tout le monde. " 
— Et encore : " Douces, amiables, 
et favorables et courtoises. " Telle 
enfin Hélène de Surgères, chantée 
par Ronsard : 
Preàéantdeàdoué jeépas Uà herbejbienbeureiueà... 



Pour le reste, la Vie ded Dame j galante j, dumême Brantôme, 
fournira d'utiles détails sur les divers usages du siècle de la 
Renaissance, dont quelques-uns pourraient être avanta- 
geusement remis en honneur parmi nous, l'espace d'un matin. 
Car les modes sont passagères ; et c'est ici l'occasion, ou 
jamais, de citer encore Montaigne, " sur le suject de vestir " 
chez la Française. "La façon de se vestir présente, dit-il, 
luy faict incontinent condamner l'ancienne, d'une résolution 
si grande et d'un consentement si universel, que vous diriez que 

c'est quelque espèce de ma- 
nie qui lui tourneboule ainsi 
l'entendement. Parce que 
notre changement est si su- 
bit et si prompt en cela, que 
l'invention de tous les tail- 
leurs du monde ne sauroit 
fournir assez de nouvelletez, 
il est force que bien souvent 
les formes mesprisées revien- 
nent en crédit, que celles-là 
mesmes tombent en mespris 
tantost aprez ; et qu'un 
mesme iugement prenne en 
l'espace de quinze ou vingt 
ans, deux ou trois, non 
diverses seulement, mais 
contraires opinions, d'une 
inconstance et légiereté 
incroyable. " 




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Nicolas Bonnechose. 



16 




ADAM OU LA BONNE 
VOLONTÉ 



LE Paradis terrestre était situé entre le Tigre et l'Euphrate dans un lieu 
enchanteur où se trouvaient réunis pêle-mêle tous les animaux de la 
création; aussi vous pensez quel vacarme! A dix kilomètres de là on était 
déjà obligé de se boucher les oreilles et le nez aussi. 

C'est au milieu de cette confusion qu'arriva Adam. « C'est vous qui 
êtes le vice-roi, lui dirent les animaux. Eh bien, vous savez, ici c'est la 
République. Chacun s'arrange comme il veut, se couche, se lève à sa guise. 
Pas de travail, pas de loi. On grimpe aux arbres; on siffle les airs à la mode. 
Durant toute la sainte journée on ne fait que s'amuser: les uns, ceux qui ont 
des ailes, à voleter de-ci et de-là; les autres, les fauves par exemple, à se 
couler et faufiler à l'abri du 1 soleil sous cinquante mètres d'épaisseur de 
verdures interposées entre l'humide terre et le ciel des forêts-vierges où se 
balance, suspendu par la queue, le macaque, et semble, rigide comme du 
bois, dans chaque arbre une branche supplémentaire, le serpent. » 

«Vous faites ce que vous voulez» dit Adam, d'un ton sec. Mais dans son 



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cœur quelque chose originairement opposé au désordre et amoureux de la 
hiérarchie s'insurgeait. «Puisque cela marche comme ça» essayait de le 
raisonner Eve en coulant, frais collier, autour du cou de son mari, ses bras 
caressants «cesse de te créer du souci. Faisons comme eux, amusons-nous. 
Cette nature si belle invite au plaisir, à l'oubli. Si nous faisions une partie 
de cache-cache... C'est toi qui t'y colle !» 

Et la mignonne créature, s'envolant, de s'aller cacher derrière un gros 
magnolia. 

Adam songeait. 

— Avec tout cela, où allons-nous coucher? C'est infesté de serpents 
partout. Mais en coupant de grosses branches bien droites qu'on entrela- 
cerait en croisillon de bâtons plus petits entre lesquels on tresserait ensuite, 
branches et feuilles tordues ensemble, une espèce de cloison... n'est-ce pas 
ainsi qu'on a toujours opéré pour construire les habitations des bois? 

Le travail était créé. Pendant ce temps, Eve se promenait dans le 
jardin terrestre, liait connaissance avec tout le monde, invitait celle-ci et 
celui-là à venir passer l'après-midi sous le toit laborieusement construit par 
Adam. Puis il y eut des disputes amenées par de misérables commérages. 
Qui avait dit que l'Ours était un ours, la Grue une grue? — Eve jurait que 
ce n'était pas elle. Elle pleura tout ce qu'elle savait. Adam, bouleversé, 
essayait de la consoler. — Non ! Elle ne voulait plus voir personne. Elle se 
consacrerait à son intérieur, à son mari. On verrait bien. 

Ces bonnes résolutions duraient trois jours. Puis il y eut cette histoire 
de fruit, vous savez bien... quand l'ange, par cette nuit d'orage (le premier 
qui eût épouvanté la création) vint leur intimer l'ordre de partir... 

— Pas tant de bruit, lui dit Adam en pâlissant de colère. On s'en va. 
Je ne t'abandonnerai pas, petite créature aux longs cheveux et à la peau 
plus douce que la mienne, que Dieu m'a donnée sans doute pour que ce qui 
arrive arrive, et que soit créée la vie, ce que sans la douleur elle ne serait pas. 

Et c'est alors que les végétations autour d'eux subitement perdirent ce 
caractère enchanté qu'elles avaient ; et ce ne fut plus Je Paradis terrestre 
mais la Terre, la Terre triste et charmante avec son labeur, son vaste 
champ d'expériences pour l'industrie des hommes, ses horizons où mourait 
chaque jour encore un soir. 

Eve était devenue tout autre. Ce n'était plus la poupée blonde qui se 
promenait dans l'Eden. Elle s'était mise à travailler. Et lorsque, le soir, 
silencieux tous les deux et fatigués, elle posait sa main rafraîchissante 
sur la rude main durcie par l'outil d'Adam, cela était peut-être plus doux 
que leurs amours asiatiques du temps de leur vice-royauté. 





!9 



Et puis, divin bonheur, Eve connut la joie douloureuse de la maternité. 
Adam se pencha, rêveur extraordinairement, sur toute l'humanité sortant 
de lui dans la personne du premier petit enfant. 

Puis il y eut le premier deuil, qui ne fut pas causé (douleur pire) parla 
mort du père... Adam ne mourut que de longues années plus tard; dans un 
tombeau on descendit celui-là qui avait donné la vie à la famille humaine. 

Sa race vaillante, cent fois mise en péril, survécut toujours, s'étendit, 
peupla la terre. Ce fut un de ses fils qui, lorsqu'on vint dire aux deux mille 
Grecs de Léonidas que les flèches des deux cent mille Perses, lorsqu'ils 
tiraient, obscurcissaient le ciel, répondit « Tant mieux, nous combattrons à 
l'ombre l». 

Ce fut, plus tard, un de ses descendants qui dit que, le ciel 
tombât-il sur la tête des Gaulois, ils le soutiendraient encore du bout de 
leurs piques. 

Marcel Astruc. 





UEE 




Te ne suis pas né d'un roi et d'une reine, tant s'en faut, et 
quand je fus appelé à pousser mes premiers vagissements 
dans cette vallée de larmes, on n'avait pas convoqué la 
moindre fée à mon berceau. Il en vint une cependant : la fée 
Averse. Elle posa sur mon front ses mains fraîches et me 
baptisa copieusement, en marmottant une oraison dont le sens 
m'échappa, mais qui a laissé dans mes oreilles le souvenir 
d'une musique sembable à ces soli de petite flûte qu'exécutent 
sotto voce, dans le calme des salles de bains, certains robinets 
debussystes. 

J'étais dédié à la Pluis, comme un lévite à son Seigneur. 
Je le suis encore, et c'est la raison pourquoi vous me voyez, 




tout le long de l'an, chanter 
dans les revues, en si bémol, 
en ut, en la, les mérites de 
la Pluie et de son cousin le 
Beau Temps. De la pluie 
surtout, car il suffit qu'il 
pleuve pour que je chante ; 
ou si vous voulez, il suffit 
que je chante pour qu'il 
pleuve, ce qui fait un cercle 
sans fin de pluies, de bruines 
et d'ondées. 

Naturellement, mon 
sacerdoce m'interdit le port 
du parapluie. Si l'ombrelle 
des promenades estivales est 
une friandise pour mes yeux, 
à cause des grandes fleurs 
vives qu'elle pose dans les 
verdures, le parapluie m'a 
toujours paru un engin aussi 
disgracieux qu'encombrant. 
Je n'ai jamais su tenir élevé 
au-dessus de ma tête, comme 
le font certaines gens de qui 
la virtuosité me déconcerte, 
cette manière de champignon 
noir. Les rares fois où je 
m'y suis efforcé, la bour- 
rasque retourna incontinent 
l'appareil, que je dus 



abandonner au fil du 
ruisseau. 

Je suis bien enchanté 
d'apprendre enfin que cette 
burlesque machine est 
aujourd'hui proscrite par le 
goût comme elle l'était déjà 
par le bon sens. 

On aime la pluie ou 
on ne l'aime pas. Si 
vous ne l'aimez pas, restez 
chez vous ou ne sortez que 
dans votre auto. Si vous 
l'aimez, qu'avez-vous à faire 
de cet instrument de vaude- 
ville, survivance du siècle de 
Louis-Philippe, dérisoire 
parodie des coupoles blindées 
dont les ingénieurs coiffent 
leurs fortifications. Qu'on 
s'abrite contre les bombes ou 
les obus, j'y donne les mains; 
mais se protéger de la pluie, 
quel non- sens ! La pluie n'est 
pas une ennemie. G'est la 
plus fidèle des maîtresses. 
Parfois même on serait tenté 
de la trouver presque... 
collante. 

Ah! n'auriez- vous pas 
aimé vivre au temps du 



23 




déluge? " De la pluie avant toute chose", soupirait le 
Verlaine du temps, 

Et pour cela préfère L'imper. . . 
aussi bien vous n'auriez pas manqué de revêtir 
l'un de ces grands imperméables comme on en 
porte aujourd'hui, gandourahs riffaines, man- 
teaux kabyles ou capes Richelieu, qui semblent 
taillés à même l'averse et où l'on ne fait qu'un avec 
la pluie délicieuse. Et vous vous abandonneriez aux 
bras mouillés de mon amie. Respirez-la, plongez vos 
mains dans ses cheveux doux . Elle a l'odeur de l'inconnu, 
de la mer où dansent des Korrigans, des routes 
luisantes et bleues comme des lames, et des forêts un 
peu moisies. Elle dit les hululements des sirènes sur 
les canaux, la fièvre pascalienne des marais salants, 
la plate monotonie des polders. Elle est tout imprégnée de 
pleurs, de mensonges, d'amours lassés qui s'étirent, de pro- 
messes fausses et de baisers 
qui s'achèvent en bâille- 
ments. Qui veut de la rage 
et des grincements de dents? 
Qui veut de la tristesse, de 
la belle tristesse toute 
fraîche et qui palpite encore? 
Choisissez, Mesdames, la 
Pluie en apporte plein ses 
filets. Quel régal pour 
nos cœurs pourris de 
romantisme. 

Georges-Armand Masson 




H 







AUTRES TEMPS 



AUTRES MŒURS 



UN CHRONIQUEUR D'AUTREFOIS 

/Connaissez -vous les quais, Madame? "Mais naturellement", vous me 
^- / répondrez. " Je suis en pays de connaissance quand je fais une petite balade 
parisienne, n'importe où". Bon. La prochaine fois que vous traverserez le 
pont des Arts, rive droite, examinez bien le contenu des vitrines. Mettez-le 
à l'étude, et vous ne vous en repentirez pas. Comme le redoutable Colline, 
vous y trouverez quelques bouquins amusants et instructifs — combinaison 
assez rare. 




L'autre jour j'y ai trouvé un véritable trésor, un petit mémoire par le 
capitaine Gronow, un officier anglais qui vivait (et brillait) pendant les 
premiers trois quarts du dernier siècle. De plus, 
étant un homme d'un goût parfait et recherché, 
il habitait Paris de temps en temps. Dans son 
RecolleclionA and Anecdotes il instruit les Parisiens 
de notre époque, et toujours d'une façon 
charmante. 

Au moment où Louis XVIII monta sur le 
trône, l' officier-littérateur était à Paris pour la 
première fois... " Le Bois de Boulogne", écrit-il, 




25 



"n'était qu'un marécage; les jardins des Tuileries manquaient de fleurs... Le 
pavé était abominable; mais on voyait les jolis pieds des Parisiennes partout... 
Les jupes étaient merveilleusement courtes ; les grands chapeaux cachaient 
la figure"... Ayant jeté ce coup d'œil, le Capitaine dirigea ses pas vers le 
Café Anglais. Voulez-vous savoir, ô gourmets, qu'est-ce qu'il goûta le plus ? 
Un potage, un poisson, un oeefjteak, des pommes frites et un petit vin rouge. 
Le prix? Deux francs — une bagatelle. 



"Aux Orfèvres du Palais -Royal", raconte l'admirable ofiîcier de la 
Garde anglaise, "on achetait, pour sa déeooe d 'occasion, de la bijouterie... 
La crème de la crème de la société masculine parlait presque exclusivement 
des femmes"... Aujourd'hui on parle de ces anges terrestres. 

ALLIANCE AMOUREUSE-SCHOLASTIQUE 
Plus tard, l'aristocratie anglaise savourait Paris. Les lordà apportaient 
leur four-in-hand, et les Parisiens raffolaient de ce nouveau sport. Les 
Ladies anglaises se dépê- 
chaient de s'habiller à la 
mode française, et, grâce 
aux soins des galants Pari- 
siens, elles apprenaient la 
langue du pays — alliance 
amoureuse-scholastique. 
En effet, les égards de ces 
instructeurs pour leurs 
pupilles étaient la fonda- 
tion de "l'entente" d'au- 
jourd'hui. 

Cet agréable historien 
parle des Parisiens belli- 
queux qui aimaient se 
battre en duel. Par 
exemple, il y avait un 



marquis qui ne pouvait pas 




DXJM. OU MAFQUÎS E 



résister au combat à mort, et surtout après le dîner... "J'ai envie de tuer quel- 
qu'un", disait-il, " je vais chercher un antagoniste !... " Un jour, au théâtre de 
la Porte-Saint-Martin, il se trouva vis-à-vis d'un jeune gentilhomme, élève de 
l'Ecole Polytechnique. Le marquis fit des observations offensantes; l'écolier 
militaire fit sauter son épée du fourreau ; et les deux adversaires se fendaient et 
ripostaient. Eclairés par la lanterne du théâtre, l'arme du marquis transperça 
le cœur du pauvre petit, qui n'avait que dix-neuf ans. Les duellistes qui 
respectaient les convenances se donnaient rendez-vous chez Tortoni, ou au 
Café Foy, Palais-Royal. 

"Deux originaux voulaient se rendre la satisfaction à la pointe de la 
lance". Se mettant à cheval, les antagonistes s'avançaient au galop, les 
lances bien visées. L'un était blessé ; l'autre tombait à terre — mort d'une seule 
poussée. Survie du moyen -âge... 

LITTÉRATURE ET ESPIÈGLERIES 

En 1822, l'excellent Gronow parisianisé s'abonnait 

à l'Opéra. Il avait le droit (très précieux) de pénétrer 

dans les coulisses, où il 
bavardait avec la belle et 
séduisante Bigottini. Il 
parlait le français mieux 
qu'un de ses compatriotes, 
à qui la Bigottini posait 
la question : " Etes-vous 
bien placé?" "Oui, Made- 
moiselle", répondit celui- 
ci, "dans une loge rôtie". 
Le malheureux voulait dire 
"grillée", mais il pensait 
à son rosbif national. 

Pour Balzac, l'auteur 
est un peu critique... 
" Linge sale ; beaucoup de 
diamants..." Eugène Sue 
lui plaisait, car Sue, comme 




l>OJLJ lECIIUÏOEia 





Gronow, était très bien mis... * II connaissait le monde- 
les personnages qu'il créait n'étaient pas des contre- 
façons. A son château, à la campagne, il se servait 
d'une nombreuse suite de belles femmes de tous pays... " 
Vraiment un homme d'idées. 

Mademoiselle Duthé, courtisane très célèbre, est 
une des héroïnes de RecoLlectioiié. Un riche Anglais, 
Lee, avait l'honneur de liquider les dettes de cette 
Phryné moderne, mais quand elle sortait dans 
le monde elle était accompagnée par le jeune 
frère du vieux Lee... "Le jeune Lee est mon 
t lit de parade ; le vieux Lee est mon lit de 
repoà" , dit-elle... . . 



LES GRANDES DAMES — LES "DAJYDIES" 
A Londres, le Capitaine faisait la carrière militaire 
et mondaine. "En 1814", affirme-t-il, "les grandes dameo 
étaient tellement exclusives, que les officiers de la 
Garde même ne pouvaient pas compter sur leur protec- 
tion sociale... D'abord, elles ne voulaient pas adopter 
la valse ; finalement ces arbitres féminins succombaient 
aux délices du trou tempe... La. Catalini assistait à 
toutes les fêtes données par ces élégantes, et elle 

chantait, très volontiers, pour faire plaisir à son hôtesse"... 

Et l'honoraire ? Cent livres par chanson. 

Gronow, l'observateur, connaissait Brummel, fils d'un 
simple infendant agricole, et d'Orsay, homme de famille. 
Brummel, étant doué de la beauté et de l'effronterie, ne 
manquait pas de "bonnes fortunes". Tout le monde chic 
l'approuva, et George IV se montrait fier d'être son ami de 
préférence. Un jour le protégé se moquait de la taille du Roi 
et du ventre formidable de Sa Majesté : " Mettez-le à la 
porte ", commandait le gros George. 

GEORGE CECIL. 




ALBUM DES 

DAMES, LEURS MODES 
ET FRIVOLITÉS 



Co 



mp ose 



Ga 



zette 



et choisi par la 

au bon Ton 

OU EST ENSEIGNÉ L'ART 

d'accorder parfaitement, dans une 

toilette, le gant, le chapeau, 

l'ombrelle et l'éventail 




CONTENANT 
PLUSIEURS MODÈLES 

de parures très artistement combinées 



29 



LA MODE ET LE BON TON 



x@^ 



A voir souvent des fêtes comme celles que 
vient de nous donner la Comtesse Etienne de 
Beaumont, on devient très difficile et toute 
réunion pâlit devant la quantité de femmes 
non seulement jolies, mais merveilleusement 
habillées qui, dans ce décor unique à Paris, 
dansaient et soupaient rue Duroc, il y a 
quelques jours. 

J'ai toujours dit que je préférais les robes 
moulantes aux robes à volants s'évasant de 
la silhouette; eh bien, la Marquise di Médici 
m'a convertie. Avec sa tête presque farouche, 
sans ornement que ses yeux admirables, quelle 
grâce elle a dans le balancement de sa jupe 
ballonnée, en dentelle noir et argent ! Quant 
à son corsage, il n'y en avait pas, dans le 
dos du moins ; aussi, toute sa souplesse 
juvénile se voyait-elle, et c'était pour le plus 
grand régal des yeux, croyez-moi. 

J'ai dit aussi que j'étais fatiguée des châles 
espagnols, mais quand j'ai vu M. e de Saint- 
Sauveur et Lady Reeblesdale s'envelopper 
après danser dans les plus beaux parmi ces 
châles clairs à fleurs de toutes les couleurs, 
là encore, j'ai été convertie, mais c'est que 
peu de femmes savent se draper avec cette 
crânerie qui n'a rien d'espagnol mais qui a 
toute la grâce et le charme français. C'est 
justement à ne pas copier les mouvements 
des Espagnoles mais à ne vouloir que les 
leurs, infiniment beaux et aristocratiques, 



que ces deux femmes savent ne rien faire 
qui ne soit joli. Exemple à méditer! 



C'est très bien de ne pas porter de gants 
lorsque l'on a de jolies mains, mais je trouve 
exquise l'idée de cette jeune femme qui a 
fait faire sur mesure, de façon à ce qu'ils ne 
glissent jamais de leur place, des gants de 
Suède noir, collants et montants jusqu'au- 
dessous du bras presque comme une manche 
collante ; étant donné que le corsage n'existait 
presque pas, l'effet était absolument étonnant 
et réussi. Bravo à cette jeune femme qui, 

enfin, ne veut pas danser sans gants 

Comme elle a raison ! 



Plus jamais les chaussures ne sont noires, 
le soir : partout, que la robe soit noire ou 
claire, le soulier-sandale est toujours d'argent 
ou d'or et c'est là une élégance charmante 
faisant voleter autour de la danseuse 
un couple d'oiseaux légers et cambrés, 
petits et délicieux, car, pour le "shimmy" ou 
le " one step " quoi de plus adapté que 
cette note claire sous la robe de dentelle 
noire à clair sur la jambe? 

Sur les hauteurs de l'Engadine, à Saint- 
Moritz, après les sports du jour alors que 
les femmes sont encore plus intrépides que 



3o 



les hommes, chaque soir, impalpables et 
diaphanes, descendant dîner, pour danser 
ensuite, nous retrouvons les femmes de 
l'aristocratie européenne. Il neige au dehors? 
Peut-être, mais à coup sûr cela n'inquiète 
pas ces blondes et brunes danseuses, qui, 
sous l'ondulation large des cheveux montrent 
un éclat que jamais ni le Midi, ni la mer, 
ni la campagne ne leur donna, De gants ? 
Point. De manteau ? La cape de velours ou 
de satin noir, doublée d'hermine, ou bien, 
fantaisie amusante, une pelisse de vison 
doublée de civette avec col immense en 
civette. Ici encore le châle joue un grand rôle 
car, le hall de l'hôtel, chauffé à outrance, 
permet que l'on descende en robe décolletée, 
abritée seulement sous un " Manton 
de Manila. " 

L'ingéniosité ne fait pas défaut à ces 
femmes coquettes auxquelles on demande, le 
matin, de dîner le soir même en Pierrot et 
qui vous apparaissent délicieusement 
costumées avec le seul recours de la mercière 
du pays. Au Dîner des Pierrots organisé 
au Palace, à Saint-Moritz, la Princesse 
Odescalchi portait avec une audace exquise 
un serre-tête noir dans lequel elle avait 
piqué une immense plume de paon d'au 
moins soixante centimètres de hauteur ; sur 
une robe de bal en satin blanc une cape de 
velours noir, et, au cou, une collerette en 
tarlatane pailletée d'argent comme celle de 
la Princesse de la Tour d'Auvergne, de la 
Comtesse d'Hautpoul et de Mrs. Wiltsie. 
Celles qui ne portaient pas la robe de bal 
avaient revêtu le pyjama rose ou bleu 
qu'elles dissimulaient sous la cape, de 



rigueur, (on l'aurait cru du moins). Coup 
d'oeil féerique, quand, à l'heure du Cham- 
pagne, les serpentins s'enchevêtraient par- 
dessus les tables sous la lumière dorée des 
fleurs électriques. 

Une Pierrette noire, sous le masque et le 
tricorne, avait beaucoup d'allure, mais garda 
son incognito jusqu'au dernier fox-trot, 
incognito impossible à percer, puisque le 
matin c'est sous une autre métamorphose 
que nous apparaissent les femmes partant 
pour le ski ou la luge, habillées comme 
un Lapon dont le visage serait riant et 
attirant ! 

Savez-vous pourquoi vous admirez cette 
mère de grands fils, qui, dansant et soupant 
dans les mêmes bals qu'eux, ne semble pas 
leur mère? Savez-vous comment elle garde 
cette sveltesse qui n'a rien de la maigreur 
mais au contraire, la fait si belle, si sédui- 
sante? Son secret, découvert bien malgré 
elle, le voici : elle reste trois jours par semaine 
sans prendre autre chose que du bouillon de 
légumes. Les trois autres jours, elle prend 
un repas à midi en dehors de son thé du 
matin et de cinq heures... et voilà comment, 
boudant aux crises de foie (qui se nourrissent 
de votre trop grand appétit), cette femme 
qui a passé la cinquantaine est belle et 
admirée comme beaucoup de jeunes femmes 
voudraient l'être ! 

De sages et vieux parents nous disaient, 
lorsque nous étions petits : " On ne meurt 
pas de ne pas manger, mais on meurt de trop 
manger"; voilà une preuve que "plus ça 
change, plus c'est la même chose ". 

Jeanne Ramon-Fernandez. 



Si 



* 1* 

*** Explication des Flanelles Hors -Texte * 

*** CONTENUES DANS LE NUMÉRO i 4» 

* * ^ 

*** ^{tt f î*îifî£ lanche i. — Rappelant, avec Leà larqeà ganta et le chapeau qui ' 

3" T[H\ ::£ l'accompagnent, leà formée du xvn e àiécle, et bordé de fourrure, ~ 

î: Jl »> c<? tailleur eàl fait danà une perllalne de Rodler. 

♦ Planche 2 . — 7?0 /»<; d'apréà-midi dont le baà eét de crêpe africain, et J. 
tout le haut de dentelle " à la Maréchale ". 

* * + 

*t» Planche 3. — Chapeau, de Camille Roger, garni de dentelle de crin *î* 

et d'une aile dejaié dur une calotte de crin noir. 

* * * 

*J» Planche 4. — Voici, de Jeanne Lanvin, une robe de dîner, en latfe- *J» 

taa broché, avec incruàtalionà de éalin bleu. Leà panneaux doublée du même 
4* éalin bleu. 

* ^ * 

Planche 5. — De Martial et Armand, une robe du àoir en velourà . 
*$• La ceinture et leà épaulelteà àont de vieil or ; le cabochon de criàlal de couleur. *î* 

* + 4* 
Planche 6. — Une robe du àoir, de Paul Poirel. Elle eàt de àatin 

*• noir broché d'or et de àoie, garnie de fourrure. Leà mancheà de tulle et le 

tour de cou en fourrure j-ont indépendant de la robe. . 

+ ■ + * 

» Planche 7. — Robe d'intérieur, de Worlh, en crêpe de chine pail- » 

lelé et brodé de fleura en perleà d'or. 

4* 

*$* Planche 8. — De Béer, une robe du àoir en crêpe brodé de perleà *r 

blancheà, et garnie de fourrure. 




LA PETITE MADEMOISELLE 

TAILLEUR XVIie EN PERLLAINE DE RODIER 



<?e La. Gazette du. Bon Ton. 



Jlnnée 1Ç22, — Planche i 



t 



fi .. .. 




COMBIEN DE MORCEAUX DE SUCRE?» 

ROBE D'APRÈS-MIDI GARNIE DE DENTELLE "A LA MARÉCHALE" 



i° / de La Gazette du Bon Ton. 



Année 1922. 




L'AILE DE JAIS 

CHAPEAU, DE CAMILLE ROGER 



N° i delà Gazette du Bon Ton. 



Année 1922. — Planche y 




LA SAINTE- CLAIRE 

ROBE DE DINER, DE JEANNE LANVIN 




N° 1 de la Gazelle du Bon Ton. 



Année IÇ22. — Planche 4 







SOIR DE PARIS 



ROBE DU SOIR, DE MARTIAL ET ARMAND 



i» de ta Gazette du. Bon Ton. 



Année 1922. — P tanche 5 




UN ADMIRATEUR SINCÈRE 

ROBE DU SOIR, DE PAUL POIRET 



( de la Gazette du Bon Ton. 



Année 1922. — Planche 6 




LE TOMBEAU DES SECRETS 

ROBE D'INTÉRIEUR, DE WORTH 



Année 1Q2Z, — Planche 7 




LES BIBELOTS DE LA CHINE 

ROBE DU SOIR, DE BEER 




i de la Gazette du Bon Ton. 



Année IQ22. — Planche 8 




D<*s/îal 



N° i de La Gazette du Bon Ton. 



Année 1922. — Croquis JV° I 




N° i de La Gazetle du Bon Ton. 



Année 1022. — Croqu'u N° II 




la 
Uentelle 



JV° i de ta Gazette du Bon Ton. 



Année 1922. — Croqulé N° III 







ia x eau 




iV° / de la Gazette du Bon Ton. 



Année 1Q22. — Croqu'u N° IV ^ 




N° i de la Gazelle du Bon Ton. 



Année 1922. — CroquU N° V 




N° i de La Gazette du Bon Ton. 



Année 1922. — Croquu N° VI 



la broderie 
an glaise 




^ 



N* i-de la Gazelle 2u Bon Ton. 



Année 1922. — Croquià N° VII 




V° i de la Gazelle du Bon Ton. 



Année J922. — Croquià N° VIII 




LES REMINISCENCES 

DE M. DE M A R S A Y 

Qu'importe, aprèa tout, par où. l'on commence 
un portrait, pourvu que L'aôàemblage deà parlieà 
forme un tout qui rende parfaitement L'original. 
(Mémoires de Grammont.) 

Cl j'avais, comme dut l'avoir Balzac et comme M. Marcel 
Proust doit en être possédé, l'ambition de peindre un tableau 
achevé de mon temps, j'apporterais sans doute à cette chro- 
nique un autre arrangement. Je l'aurais commencée par un 
préambule où je vous aurais, peu à peu, amené à mon objet, 
où je vous aurais exprimé mon dessein, où j'aurais pris mes 
précautions. Mais je n'ai pas un si haut désir : j'écris 
pour me divertir et pour essayer de vous communiquer ce 
divertissement. 

33 
Copyright March 1922, by Lucien Vogel, Paria 



Cela m'est venu assez simplement. Je vous dirai la vérité : 

c'est la faute à M. Paul B Je rencontre cet homme de 

lettres illustre dans un cercle de la rue Boissy-d'Anglas. Il y 
va assez peu : juste ce que doit y aller un homme de lettres 
qui veut conserver le ton du monde et se tenir au courant de 
Paris. Il ne fume pas, il ne joue pas : il parle. Il raconte une 
charmante histoire du temps passé et, en échange, parfois je 
lui donne une anecdote contemporaine qui longe le scandale, 
en musant, mais sans y tomber, comme un promeneur au 
bord de l'eau. Quand je l'écoute sans répondre, bientôt il 
m'interroge en disant : 

— Eh Marsay? Vous êtes muet? Contez-moi un peu 
aujourd'hui vos réminiscences. 

J'aime ce mot élégant dont se servit Horace Walpole. 
Mes réminiscences ? Ce sont plus vulgairement mes potins ; 
mais réminiscence,* m'en fait oublier la vanité et m'assimile aux 
mémorialistes. Sont-ce ces petites histoires qui m'ont valu 
l'attachement de ce romancier éminent? Il se peut bien; mais je 
crois aussi que mon nom y est pour quelque chose. Marsay a 
séduit ce balzacien. Souvent il m'aborde, en demandant : 

— Comment se porte M me Delphine de Nucingen, 
Monsieur? 

Ou encore, avec un air complice : 

— Diane était-elle belle aujourd'hui? Et Rubempré 
profite- t-il de vos leçons, Monsieur? 

Voilà ses taquineries ordinaires. Elles m'amusent, et après 
réflexion je n'ai point à me plaindre de porter le nom de ce 
héros de Balzac : dans les cinq mille personnages de la Comédie 
humaine j'aurais pu être moins bien doté. 

Donc Marsay séduit M. Paul B Et c'est à cette 

3 4 



indulgence que je dois certainement ce jugement qu'il porta 
l'autre soir sur ma personne : 

— Vous contez bien, et vous connaissez bien votre temps, 
Marsay. Avez-vous écrit déjà? 

— Jamais ! 

— Essayez ! Pour vous seul si vous répugnez à la publi- 
cité. Mais notez vos souvenirs : ce sera le charme de vos 
vieilles années. Sinon, l'on oublie et c'est tout comme si l'on 
n'avait point vécu. 

Or, voici ces notes, sans ordre, et sans autre but que 
l'amusement qu'elles me donnent. Je reviens encore à ce 
savoureux Hamilton dont j'ai épingle une pensée en tête de 
ces lignes : " Comme ceux qui ne lisent que pour se divertir, 
écrit-il, me paraissent plus raisonnables que ceux qui n'ouvrent 
un livre que pour y chercher des défauts, je déclare que sans 
me mettre en peine de la sévère érudition de ces derniers, je 
n'écris que pour l'amusement des autres. " 

TITier matin j'ai passé une jaquette bordée, un pantalon de 
fantaisie à rayures claires, une chemise blanche et cravate 
grise. " Avec une jaquette bordée je vais partout " disait un de 
mes amis. Moi, je ne vais plus qu'aux mariages. Il me faut 
semblablement ces cérémonies ou bien encore les dimanches de 
Longchamp pour sortir mon haut de forme. C'est peut-être 
d'ailleurs que je n'ai pas le respect du moment ni le sens des 
réalités. L'autre jour j'ai aperçu, a. L'Épatant, M. Evremont de 
Saint-A — qui taillait avec un huit-reflets. J'en fus positi- 
vement étonné. Cela ne lui donnait pas plus de chances 
mais beaucoup d allure. Je ne pus m'empêcher de le marquer, 
le soir même, à M. Arthur M.... qui a un souci peut-être 
excessif de l'étiquette et un goût public pour le haut de 

55 



forme. Il en a porté un presque toute sa vie et sa tête semble 
s'être modelée sous son chapeau bien plus que son chapeau 
ajusté sur sa tête. 

— Je dois vous apprendre un événement important lui 
ai-je confié. J'ai vu tout à l'heure M. de Saint-A.... tailler en 
haut de forme ! 

Alors ce vieux parisien s'est recueilli un instant. Il a d'un 
geste de main familier caressé du bout des doigts la racine de 
ses favoris et il a prononcé, d'une voix posée, cette phrase 
mémorable : 

— Ceci prouve que M. Evremont de Saint-A.... a le sens 
de la victoire ! 

C'est un mot étonnant : mais si je commence à vous conter 
les mots de M. Arthur M.... je n'ai pas terminé et il faut que 
je vous entretienne des mariages, du moins de quelques 
mariages. 

r^ELUl où je suis allé hier était de peu d'importance. Les 
mariés arrivèrent à peu près à l'heure, la jeune fille n'avait 
que deux millions de dot et certains invités sont venus en taxi. 
Enfin tout était fini à une heure vingt-cinq : petit mariage 
bourgeois. Nous aurons mieux lorsque la déesse de la parfu- 
merie épousera le fils du quinquina. Ces " petits " sont très 
gentils d'ailleurs. La demoiselle a le bon goût de ne pas verser 
sur elle les flots de chypre de son père et on ne ferait pas 
prendre au fils pour tout l'or de cette terre, à l'heure de 
l'apéritif, le quinquina dont il porte le nom. Il y a quelque 
noblesse dans cette discrétion. .Mais j'attends ce mariage avec 
intérêt. Tous ces millions qui vont s'unir, c'est touchant au 
premier chef. Parfumerie et quinquina : quel mélange ! Il 
faudra lire le Figaro, le lendemain. 

36 



T'ai assisté, la saison passée, au mariage qui réunissait en des 
liens légitimes cet Anglais dont le nom illustre nous a été 
transmis dès notre enfance par une impérissable chanson, avec 
cette Américaine qui est la grâce même et dont la sœur a 
convolé récemment. Le mariage a eu lieu dans l'hôtel d'un 
parent, place des États-Unis — ce n'est pas M., de Croisset — 
et, comme cela se voit dans les grands mariages, nous avons 
d'abord rencontré comme invités les détectives chargés de 
veiller sur les collections. Ils étaient eux aussi en jaquette 
(non bordée) en jaquette comme vous et moi et comme le marié 
qui avait eu le bon goût de ne point se mettre en habit. La 

robe de JVLiss Gladys E) avait coûté, on nous l'a fait savoir, 

plus de cent mille francs et le cérémonial avait été réglé par 
le duc. Ce cérémonial protestant ne manque pas de gravité 
mais manque peut-être de pompe. Le pasteur demandant : 
" Quel est cet homme? " en désignant le marié, la jeune fiancée 
répondant : " C'est celui dont je souhaite porter le nom " ; tout 
cela est digne, mais n'est point autrement décoratif et ne nous 
jette pas dans l'émoi. Aussi le duc avait songé, l'union à peine 
prononcée, à faire jouer par des trompettes, adroitement 
dissimulées, ce chant fameux : 

JHalborough d'en va-t-en guerre 
JHironton... Jfïironlon... JHirontaine... 
JHalborough /en va-t-en guerre 
Ne éalt quand reviendra. 

Il y tenait, le duc. Il pensait que cet air rejoindrait à la 
fois la tradition et l'émotion et les mêlerait justement dans nos 
cœurs. Une personne de goût et d'esprit consultée pour ces 
préparatifs lui fit remarquer que si l'air n'était point déplacé, 
le sens qu'il avait et qui viendrait tout naturellement aux 
esprits le serait. Il n'était pas question pour le duc de 

3 7 



Malborough de s'en aller en guerre mais de partir pour un 
voyage de noces, ce qui est beaucoup moins périlleux et plus 
charmant. Le duc renonça donc à son air, à regret d'ailleurs; 
mais la cérémonie n'en fut pas moins très pleine. La tradi- 
tionnelle brioche fut offerte et on jeta dans la voiture des 
mariés la vieille pantoufle et le riz qui forment les vœux de 
bonheur les plus patents et les plus sincères que les gens du 
monde, en Amérique, aient pu donner jusqu'à présent à leurs 
amis fraîchement mariés. 

Te vis cela de mes yeux et je ne me suis pas ennuyé. C'est un 
mariage dont je garderai le souvenir tout comme de cette 
union qui réunit vers le même temps sur les bords du Léman 
une Américaine de marque et un Prince de la Maison royale 
de Grèce. Cette dame américaine fut d'abord mariée au roi de 
l'étain et de cette première union il lui est resté comme rentes 
près de trois millions de dollars. C'est un revenu annuel 
respectable et qui n'a pas été étranger, paraît-il, à la restau- 
ration de la royauté sur le trône de Grèce. Mais ce mariage 
ne pouvait pas avoir lieu sans que la dite Américaine eût acquis 
la religion orthodoxe. Or cette religion exige lors du baptême 
une triple immersion, non symbolique mais réelle. Il n'était 
pas question (pour personne) de tenir cette dame importante 
au-dessus des fonts baptismaux et d'ailleurs on n'en aurait 
pas trouvé d'assez vastes de Lausanne à Montreux. On eut 
donc recours à la piscine d'un hôtel de Vevey et un cérémonial 

fut improvisé. Trois fois M me L se plongerait dans la 

piscine entièrement, et trois fois elle en sortirait comme pour 
se laver à jamais de ses origines protestantes. Elle fit donc 
comme il avait été prévu. Mais elle jugea qu'entre chacun 
de ces bains sacrés elle devait rétablir le désordre que lui 

38 



occasionnerait un tel plongeon et elle disposa derrière un 
paravent un coiffeur dans la personne duquel il ne m'eût pas 
déplu de rencontrer M. Max Dearly. Ce n'était pas lui, hélas! 
mais cet artiste, le fer en mains, des épingles neige dans une 
coupe, les manches serrées, entreprit de remettre en place avec 
vélocité, la chevelure d'Amphitrite. Trois frictions, trois 
coups de peigne : si la piscine était parfumée à la violette 
royale rien ne manquait à ces préparatifs princiers. 

Te l'ai dit : ce mariage ne fut pas sans influence sur les desti- 
nées d'un Ktat et la carrière d'un homme politique notoire 
qui, d'un jour à l'autre, fut abandonné avec autant d'ensemble 
qu'il avait été préalablement suivi. On vit des fidèles changer 
en une nuit de convictions et des Grecs de Paris se réveiller 
royalistes alors que la veille au soir, à l'Opéra où ils 
promenaient leurs plastrons et leur monocle, ils étaient 
encore venizelistes. La grâce peut vous toucher à distance. 
Qu'eussiez-vous fait à la place de ce M. Venizelos, céliba- 
taire, qu'un mariage venait de jeter loin du Capitole. Vous 
marier à votre tour avec une riche étrangère : ce qu'il fit. II 
a eu bien raison, cet homme. 

Ce n'est pas tout. Quand on a le sens de la victoire et 
qu on en connaît les raisons il faut l'avoir pleinement comme 
dirait M. Arthur M.... La famille royale de Grèce jugea que 
l'Amérique avait du bon et voulut parfaire une union si 
généreuse. Après la mère, le fils : il était aux pays neufs un 
jeune garçon, frais et blond, qui lui aussi tenait des revenus 
importants de son père l'étameur. Quoi de mieux pour une 
jeune princesse de Grèce? On convoqua l'enfant blond; on 
l'arracha à ses tuteurs dont le snobisme n'allait pas jusqu'à 
préférer une Athénienne de sang bleu à une Margaret 

3 9 



de la cinquième avenue. Comment une tendre princesse 
n'aurait-elle pas été séduite par ce jeune conquérant arrivé 
d'outre-mer en Hellade? Elle le fut. Cet adolescent fit trois 
plongeons sans coiffeur. L'orthodoxie commençait pour lui 
par des exercices sportifs — de quoi séduire à jamais son 
goût américain. 

T>0URQ,U0I vous ai-je aujourd'hui parlé de mariages plus que 
de dîners, de réceptions académiques ou d'infidélités. J'ai 
entrepris de vous entretenir sans ordre des mœurs de ce temps- 
ci dans la mesure où la relation m'en divertirait. En fin de 
compte vous pourrez rassembler les morceaux de ce puzzle : 
il en apparaîtra peut-être un tableau de notre époque qui pour 
être peint dans les couleurs riantes n'en sera pas moins vrai. 
Mais ne me trouvez pas trop ambitieux. 

Marsay. 




40 




MARIEES 

i 



et 



JJemoiselles 

a nonneur 







/^\N éveille un matin à neuf heures, heure d'hiver, une jeune 
fille, presque une enfant, qui jusqu'ici n'a reçu que les 
baisers d'un seul homme : son père. De la vie que sait-elle? 
L'Amour lui-même à sa vue, reconnaissant sa sœur, hésite et 
renonce à blesser du fer d'une de ses flèches une chair si 
tendre. Or, au même instant, à l'autre bout de Paris peut- 
être, prêt une heure d'avance et marchant à grands pas à 
travers l'appartement, un homme se jette sur tous les sièges, 
se lève, d'impatience mord ses gants immaculés, regarde dans 
la glace son visage de meurtrier, vingt fois consulte sa montre, 
maudit la lenteur du temps... C'est pour les fureurs de ce 
frénétique que les doigts tremblants d'une mère, en ce moment, 
autour de la tête de son enfant disposent la couronne dont, 
au pied des autels, on pare et désigne la victime. 

On ne peut, sans larmes, voir l'accomplissement d'un 
tel forfait. Détournons, détournons plutôt nos regards sur 



41 



les candides demoiselles d'honneur que nul péril immédiat, 
Dieu merci, ne menace. Mon Dieu comme elles sont jolies ! 
O les belles robes neuves un peu raides, droites à cause d'un 
léger empois, les grandes ceintures s'étageant en coques 
majestueuses derrière la taille ? — Et c'est tout ce que vous 
remarquez, Monsieur qui vous y connaissez si bien en matière 
de modes? — !!! — Vous ne trouvez pas que nos robes de 
demoiselles d'honneur ressemblent à la robe de la mariée, 
copiées sur elle et la répétant comme un écho afïaibli, ruche 
pour ruche, plissé pour plissé, coquille pour coquille et 




organdina pour organdina, hormis que 
le nôtre est imprimé de bouquets de cou- 
leurs; caria pureté, la blancheur absolue 
on sait bien que nous l'avons; mais nous 
ne devons en faire état et éclat 
qu'au jour de nos épousailles ; 
vous verrez cela... 

Et pendant ce discours, les 
gens de la noce bat- 
taient comme les flots 
d'une mer furieuse le 
buffet, pauvre petit 
îlot totalement sub- 
mergé qui montrait 
par instant, lorsque 
le flot se reti- 
rait, quelques 
assiettes si- 
nistrées por- 
tant encore 

un rare dessert. On n'aurait pas cru à un tel désastre, 
et survenu en si peu de temps. Le maître d'hôtel, avec 
une silencieuse amertume réunissant rêveusement ses n<mr* 
ritures dispersées, avait l'air d'un général ralliant un>Soir 
de déroute les éléments épars de son armée. / *? 

Ce soir, malgré leurs petits airs braves, au fond du 
cœur, vous savez, ce sont les gentilles demoiselles d'honneur 
qui seront bien contentes d'en être quittes pour la peur encore 
une fois, en songeant à leur sœur saccagée, à ces incertitudes, 
à ces appréhensions quoi qu'on dise, comme pour une opé- 
ration dont on nous a toujours affirmé que ça ne serait rien. 




&m* 




AS 



Mais on est toujours impressionnée la première fois qu'on a 
affaire à un chirurgien. 

De sorte que, tandis que se taira, yeux grands ouverts 
dans l'ombre de l'auto l'emportant, l'épousée écoutant, droite, 
raide un peu dans le bras qui l'enlace, la voix de cet inconnu 
qu'elle saura demain si elle aime — tandis que s'ébauchera ce 
drame d'une nuit ; dans leur petit lit à elles toutes seules 
les demoiselles d'honneur serrant des deux mains croisées 
sur leurs épaules promises à l'étreinte leur drap virginal, 
goûteront avant de s'endormir, frissonnantes de peur, d'émoi, 
ce répit que leur laisse, encore une année, leur sort marqué 
d'avance pour l'hymen. 

de Vaudreuil. 




A4 










L'AMOUR 

DU 

CONTRASTE 

Ci je me trouve en face d'un 
causeur parfait, j'écoute et 
ne dis rien ; si je contemple un 
jardin fleuri à l'envi, où toutes 
les couleurs éclatent en fusées 
multicolores, je n'ai plus qu'une 
idée : celle d' effacer la moindre 
couleur de ce que je porte, 
tant ce qui émane de la Nature 
même, doit, à mes yeux, 
demeurer seul et dans la splen- 
deur de son essor. 

Sous le ciel méridional, 
j'ai un peu la même impression 
et ne voudrais rien qui heurtât 
le regard, alors que le ciel est 
plus bleu que nature, que les 
arbres sont d'un vert qui semble 
peint (et par Rousseau encore ! ) 
et' que les fleurs sont si vives, 
qu'elles semblent les flammes 
brûlantes de milliers de cierges 
devant l'autel du Soleil ! 

Comparaison amusante, 



45 




une de nos amies à laquelle nous 
devons tant de visions charmantes, 
a trouvé que pour elle, la vie n'étant 
plus semée d'imprévus, que mar- 
chant sur une route plate et sans 
tournants, rien ne symboliserait 
mieux son état d'esprit, que cette 
teinte liliale, à laquelle aucune note 
différente ne vient se mêler. Aussi, 
dans son jardin, au coin du feu 
d'automne, ou bien marchant dans 
les bois touffus de Juillet, jamais 
nous ne la voyons que claire et 
souple, escaladant les ruisseaux ou 
sautant les fossés, telle « la chèvre 
de Monsieur Seguin». Et cette 
compréhension de l'élégance a con- 
quis plus d'une femme qui n'a voulu 
là-bas, en pleine terre de lumière, 
que le blanc du renard ou de l'her- 
mine, pour réchauffer les soirs des 
jours éclatants et tièdes ! 

Ainsi nous voyons revivre de 
l'élégance qui s'appuie sur une base 
positive et traditionnelle ; elle est 



mmmgm 



46 



voulue par des femmes qui, ayant 
voyagé, lu et quelque peu réfléchi, 
ont étudié dans le silence des 
Musées la beauté de Polymnie 
et d'Athénée, afin de nous donner 
à contempler de l'harmonie telle 
celle des lis ou des belles archi- 
tectures. C'est un repos, une 
détente exquise que nous devons 
à ces jeunes silhouettes, dont le 
blanc des laines 
et des toisons se 
reflète dans les 
légers nuages d'en 
haut ; dont la 
transparence des 
soies immaculées, 
ressemble aux 
pétales des tubé- 
reuses, dorées 
par le soleil; dont 
toute la parure 
blanche double 
sa beauté au 
contact de la 
lumière, du bleu 





47 




de la mer et des rayons 
ardents. 

Les capes blanches scin- 
tillantes de paillettes, gardent 
les fragiles épaules sous l'épais- 
seur du renard virginal; aux 
costumes de drap simple on 
accroche des manches faites 
du vulgaire petit lapin blanc; 
et certain manteau court qui 
rappelle ceux des nobles amies 
de l'Impératrice Eugénie est 
fait d'hermine démouchetée, 
d'une grâce tout enfantine. 

Et, tandis que nos coutu- 
riers nous annoncent que tout 
sera, cet été, aux couleurs, rien 
qu aux couleurs, c'est par du 
blanc, rien que du blanc que 
les élégantes leur répondent; 
je vous le disais bien : les 
femmes ne font jamais qu'à 
leur tête ! 

Jeanne Ramon-Fernandez. 



4 s 



ARMORIAL 

DES ECRIVAINS FRANÇAIS 



PAR 



JEAN de BONNEFON 

Dessins de M. Gaston JOUBERT DE BUSSY 



« 



^* u ^ 



^^^]~ON ; George iSano n est pas oubliée. xViie doit être citée car elle lut baronne 
Dudevant, par son accidentel et arborescent mari. JVjLais (jeorge Oand 
ne peut pas être dans le îlot des dames de lettres. Elle reste Je pont naturel entre 
les vraies lemmes et les messieurs sincères. 

iSon existence amoureuse fut celle d un amant. Oa littérature est celle d un 
homme qui aurait trop écrit, en désordre du verbe comme de L idée. lUle lut 
l'apôtre des mauvaises causes, chères aux autres êtres vulgaires. xUIe timbrait 
volontiers tout cela et aussi les cercueils de _M_usset, de Chopin, artistes qui 
moururent de ses bras; elle timbrait ses assiettes crasseuses et son encrier lourd de 
l'écu concédé par 1 Empereur, avec le titre de baron, aux Dudevant : xarti au 
1 d'azur à un casque grillé, taré de profil, d or, surmonté d une branche d olivier 
d'argent en bande; au a de gueules à la fasce d or, accompagnée en pointe dune 
étoile d argent . 

Ainsi finissent les femmes. Après elles, au-dessus délies, marchent les 
princes de lettres, je ne veux pas dire les grands seigneurs nés qui écrivent, mais 
les premiers, les tout premiers de la pensée, ceux dont la gloire domine les temps 

49 




GEORGE SAND 

(Baronne Dudcvcnt) 



et les lieux, pour former l'arbre généalogique du 
Cénie au sol de France. 

Ce sont Jes immortels, non au sens acadé- 
mais selon 1 universel consentement des 



nuque 
lecteurs. 



* * 




Corneille, enflé parmi les plus grands, par 
anoblissement Je it>3;r, avait des armes ainsi 
réglées : D azur à la lasce d or, chargée Je trois 
têtes de lion de gueules et accompagnée de trois 
étoiles d argent . 

Ces supports étaient deux licornes au naturel. 
-Lkomas (celui qui n eut pas de génie) garda les 
anciennes armes bourgeoises de la lamille : de 
gueules à deux lasces d or; au cnel d argent ckargé 
de trois corneilles de sable . 

Vraiment, les têtes de lion vont mieux à 
1 auteur du Cm que les trois oiseaux de proie. 



ivacir 



+ + 



obli 



RACINE 



Lacme aussi anobli que Corneille, portait 
en symbole de son doux élan : d azur au cygne 
d argent becqué et membre de sable . On sait 
que les Racine vinrent en Ile-de-France, du fond 
delà .Picardie, comme Petitjean. 

Ces bêtes étaient-elles à la mode dans le 
monde des écrivains : Ca Fontaine, qui fut 



5o 



condamné à 1 amende pour usurpation de noblesse 
et pour inscription de la qualité d écuyer dans 
un acte, le ton La Fontaine avait des armes 
régulièrement enregistrées aux registres bourgeois 
de Champagne : "Aux 1 et 4 d or à trois 
molettes de sable ; aux 3 et 5 d azur à deux lévriers 
rampants et affrontés supportant de leurs pattes 
une petite fontaine au même . 

Pascal, dont la famille très ancienne dans 
la bourgeoisie d Auvergne avait été anoblie 
dès i5^o 7 était animalier en ses armes, par un jeu 



. 11 portait : L) 



le mots. II portai 



azur a un agneau pasca 



1 



d argent, la banderolle cliargée d une croix de 
gueules . Cette lamiffe s est éteinte dans les 
mâles. Ceux qui prétendent la continuer se 
trompent. 



Si l'o 



siècle, le 



L on passe au xvm siècle, le nom de 
Voltaire éclate et les pièces de ses armes aussi. 
JM.. Arouet eut soin de faire lui-même le dessin 
de son écu neul et d en surveiller avec minutie 
la régulière inscription. On ignore pourquoi, 
possédant trois fiels nobles, il ne prit aucun de 
leurs noms et choisit ce surnom de V oltaire qu il 
devait rendre grand dans la haine et 1 admiration. 
lues armes se lisent : d or à trois flammes de 
gueules . 



pli 
lllll 


IIF 



LA FONTAINE 




BLA1SE PASCAL 




5i 




ri CTO R HUGO 



Un cachet ainsi gravé sur émeraude était 
conservé avant 1914 au -M^usée de Pétersbourg, 
petit cadeau projeté par la grande Catherine pour 
son intermittent ami, mais gardé à la réllexion. 

Chateaubriand qui terme le xvm et ouvre 
le xix siècle laisait tout avec zèle. ua. maison, 
celle des Briand de Cnateaubriand, porta d ahord : 
de gueules semé de pommes de pin d or , puis, 
après avoir sauvé le roi dans la bataille : de 
gueides aux Heurs de lis sans nombre . J_/ auteur 
des y/lémoires essaya lui aussi de sauver non le 
roi mais la monarchie expirante! 11 est bon 
d ajouter que 1 auteur contemporain, couronné de 
je ne sais quel prix sous le nom de Chateaubriant 
n appartient pas à la Iamille du noble écrivain. 
Il a un nom flamand déjà oublié. 

Pour finir par le coup de tonnerre du vieux 
Jupiter de 1 Olympe romantique, voyez les armes 
de Victor Hugo. Inutile d en laire la longue 
lecture. Car elles sont de fantaisie. h,n parlait 
républicain, V ictor Hugo tenait ferme au titre 
de comte donné, disait-il, à son père par ^Napo- 
léon. JVlais ce ne lut jamais lait. 11 faut le 
regretter pour la gloire de... 1 1/inpire. 

Jean de BONNEFON. 



r 




~Kyf ON Dieu ! que je voudrais retomber en enfance ! Mais là, 
entendons-nous : en enfance pour tout de bon, une enfance 
enfantine, avec culottes courtes, joues vermillonnées, sucres 
d'orge et tout ce qui s'ensuit. Vraiment, quand je vois cet 
horticulteur au petit pied respirer une rose aussi grosse que 
lui, et cette Belle- Jardinière verser à bout de bras la cascade 
filiforme de son arrosoir vert pomme, vraiment, je les envie 
tous les deux et je songe au soupir de Virgile : fortunatod 
nimiu.m... O trop heureux, s'ils savaient leur félicité! Mais 
voilà, les enfants connaissent-ils leur bonheur? 

Cette poupée habillée de fleurs, dans sa robe tout ourlée 
de cœurs-de-jeannette, de quoi rêve-t-elle? D'avoir vingt ans 
de plus, afin d'être une grande actrice dont on décrira la 
toilette dans les journaux. Ce marmot dont le col de chemise 



55 





se ferme par deux bigarreaux, il 

pense : « Quand est-ce que je 

serai académicien, pour avoir une 

belle barbe et un habit brodé de 

feuilles de chêne. » Ainsi, tout le 

long de notre vie, nous allons dési- 
rant sans cesse de vieillir, parce 

que nous croyons que le bonheur 

c'est pour plus tard, et qu'il est 

là-bas, devant nous, lorsqu'en réalité le bonheur nous suit 

comme notre ombre. 

Si je m'efîorce de me revoir aux premières années de 

ma vie, voyons, suis-je heureux? Je suis, tout simplement. 

JVLais au fait, suis-je même ? De mon 
adolescence, j'ai gardé tout un herbier 
d'images, de décors et de sentiments. 
Mais mon enfance, qu'est-elle devenue? 
Klle a filé comme flèche. Tout ce que 
ma mémoire en conserve tiendrait dans 
le creux d'une rêverie d'un quart 
d'heure. J'en viens à me demander 
avec inquiétude si l'on ne m'aurait pas 
fait, qui sait? mauvaise mesure, et 
donné — j'étais si jeune, je ne m'en 
serai pas aperçu ! — dix minutes pour 
dix années. Peut-être bien qu'il y a eu 
maldonne! Peut-être bien que je suis 
né à dix ans... Accordez -moi, pour 
voir, mon Dieu! de recommencer... 
C'est vrai; aussi, comme tout est 
mal combiné dans ce monde . L e meilleur 



54 






des grandes découvertes. Voir pour la 

première fois un miroir, une locomotive, la 

mer, mais voilà qui est aussi grave que, pour 

les soldats de Cortez, la conquête de l'Amé- 
rique. Eh bien! non. L'enfant est comme 

le bon nègre soudanais qui ne daigne 

s'étonner d'aucune des inventions les plus 
inattendues de la civilisation, 
et, devant un phonographe 
ou une motocyclette, mur- 
mure philosophiquement: 
« Manière de blancs... » 

Ah! si nous pouvions 
revenir sur nos pas ! Hypothèse absurde, je le 
veux bien. Et pourtant je n'ai jamais pu, pour 
moi, m'accoutumer à cette idée que la vie 
humaine ne va toujours que dans un sens, 
celui de la vieillesse et de la mort. Pourquoi 
jamais l'inverse? Voilà un perfectionnement 
que les siècles futurs se 
doivent d'apporter aux 
conditions de l'existence 
terrestre : le rétropé- 
dalage. Ou bien encore, 
il faudrait qu'il y ait 

dans la vie une ligne montante et une 

ligne descendante. On pourrait s'arrêter 

à la station de son choix, ou même revenir 



55 



U.u 




en arrière, comme on le fait dans le JMétro, après quelques 
pourparlers avec la Dame-au-poinçon. Cette notion est tout 
instinctive et naturelle, si j'en crois la réflexion que j'entendis 
faire un jour à un bambin de quatre ans. Voyant un bébé 
nouveau-né, et considérant avec un dégoût non dissimulé 
l'affreux visage violet de cette étrange créature, il s'écria : 
« Dis, Maman, est-ce que je serai aussi laid que ça, quand 
je serai petit ? » 

Quand je serai petit, vous me ferez un chapeau pareil, 
au masculin bien entendu, à la capeline ornée de roses de cette 
fillette qui n'a qu'un œil (mais combien pénétrant). Alors, 
avec quelle attention je me regarderai vivre; avec quel soin 
je tiendrai le journal de mon expérience puérile; avec quelle 
acuité psychologique j'analyserai mes moindres surprises ! 

Avec quelle application je tuerai mon bonheur. 

Georges-Armand MASSON. 





: 



lettre à la dame 
QUI VOULAIT "MASQUER" 



"T7~OUS voulez, chère Dalinde, " masquer " comme on disait 
au temps du Président de Brosses et de Casanova, mais je 
suis bien embarrassé pour vous conseiller. Comment 
changer l'aspect d'une personne qui chaque jour se 
transforme et qui, chaque matin et chaque soir , ne 
s'habille plus mais se costume en oda- 
lisque, en maja ou en Martiniquaise. 

L'an dernier vous vit avec le tricorne 
et la jupe en montgolfière des élégantes de 
Guardi; Madrilène, vous portiez cet été 
le châle diapré avec les franges ondoyantes 
et une dentelle d'écaillé piquée au sommet 
de la tête. Vous avez eu des robes en 
plumes, en perles, en fleurs, empruntant 
tour à tour l'aspect d'un Papageno adoles- 
cent ou d'une nymphe descendue des 

5 7 





be ra, è y e ex â I a nje . 



porcelaines de Wedgwood. 
Hier encore, à Longchamp, 
vous étiez Chinoise ou 
Tchèque par le jeu des laines 
et des soies. 

En quelle contrée, " où, 
n'en quel pays " vous mène- 
rai-; e? Quel album ignoré 
ouvrirai-je, pour la dame 
coiffée de cheveux bleus et 
chaussée de babouches en 
plumes de colibri, pour la 
dame aux cent colliers et aux 
mille ajustements assortis 
à la couleur de ses caprices. 

Je veux d'abord pro- 
poser à vos rêveries les 
trois robes de Peau-d'Ane : 



la première couleur du temps, la seconde couleur de lune et 
la tierce couleur du soleil... "Sa chambre était si petite, 
écrit le conteur, que la queue de cette belle 
robe n'y pouvait rentrer. 

Dans ses Mémoires, apocryphes 
d'ailleurs, la marquise de Créquinous décrit 
deux toilettes assez singulières : l'une garnie 
de papillons en porcelaine de Saxe, l'autre 
d'une haute broderie représentant tout un 
orchestre de singes musiciens, dans le goût 
folâtre d'un siècle épris des babouins et des 
magots. La marquise semble trouver ces 
ajustements fort surannés, mais peut-être, 




<=*£&. belle 



58 





moins severe, aimerez-vous 
leur fantaisie. 

Ou bien, sous les plus 
lourds damas, serez-vous la 
belle Impéria, mêlant aux 
pourpres et aux violets, 
l'argent et l'écarlate, toute 
une opulente symphonie car- 
dinalice, agrémentée de man- 
ches fourrées de vair et si 
lourdes que deux angelots 
devront les soutenir, et 
accompagner votre marche 
accablée par la splendeur. 
Préférez -vous repré- 
senter la Périchole ? Je 
vous ferai une robe de 
mousseline, voltigeant <^> " 

comme un pavot blanc autour de votre torse nu serré 
dans un fichu de chantilly noir, et semée de bouquets en 
plumes de perroquet ; à moins que vous ne 
préfériez les pompons de Piquillo et jeter 
sur votre épaule une couverture bigarrée. 
Que sais-je? Inspirez-vous de la bergère 
du Trianon de porcelaine : " frêle, parmi les 
nœuds énormes des rubans " portant la 
houlette fleurie et la cage d'où l'oiseau* s'est 
envolé. Cherchons encore dans les vitrines, et 
soyez la Camargo avec une perruque de soie 
mauve pareille aune grappe de glycine géante 
et des paniers de gaze tout fanfreluches. 



5 9 



Aimez-vous mieux être une dame chinoise ? Vous avez si 
longuement regardé les panneaux de laque et rêvé de vous 
y promener accompagnée d'une gazelle, au bord des eaux 
fleuries... Que votre costume soit vert et bleu avec des éclairs 
d'argent, de pourpre et d'orange ; vos ongles dorés et votre 
bouche pareille à un fruit vénéneux, gonflée, luisante et 
sombre. 

Maintenant, choisissez. Que le caprice vous guide; et 
puisse, ce soir de fièvre et d'intrigues, l'amour être blotti, 
tout armé, dans vos falbalas, comme l'abeille au cœur d'une 
rose à cent feuilles. 

George Barbier. 




°£<\ c Péric'bole . 



60 




LE PRINCE DE GALLES ET LES 
[NDIENNES 

L'ÉDUCATION INCOMPLÈTE. 

EN Angleterre l'éducation des jeunes hommes bien nés commence après 
leur début mondain. Ils passent quelques années à l'école, où les profes- 
seurs leur apprennent les mathématiques, la géographie, l'histoire (de leur 
pays natal) et un peu de français. S'ils veulent adopter la carrière de Kitchener, 
il y a des classes spéciales pour l'algèbre, la trigonométrie et l'Euclide. Les 
autres, qui ne sont pas inspirés par la gloire, prennent leurs grades à l'un 
des nombreux collèges d'Oxford ou de Cambridge. Plus tard, ces débutants 
sont libres, et ils commencent à goûter la vie. 

Fortifiés par des bons conseils paternels et maternels, les sous-lieutenants, 
les rentiers et les ambas ^r rm^ sadeurs en herbe se 

lancent. Ils sont des mr V^k gentlemen; leur garde- 

robe est admirable; T^m\ xâ^H comme écuyers ils sont 

hors concours. Mais il \U ( (fltl manque quelque chose à 

leur éducation. 



Avec quoi combler cet 
Encore des leçons aga 
sérieuse? des conver 
non; le remède est beau 




abîme en miniature? 
çantes? de la lecture 
sations érudites ? Mais 
coup plus agréable. Le 



FEMININ 












chapitre final (s'il y en a dans la vie) c'est "l'éternel féminin". Une épouse 
(officielle ou temporaire), une conseillère séduisante; voici la clef du problème. 
Un moyen pratique et délicieux, en effet. 

Le Roi George et la Reine Mary d'Angleterre, père et mère qui ont 
ouvert les yeux à la vie réelle, demandent à leur fils, le prince de Galles, de 
compléter son éducation. Avec la gracieuse permission de ses augustes 
parents, le jeune Edouard (on l'appelle " David " dans l'intimité du foyer 
royal) a déjà énormément voyagé. Ce petit " Prince Charmant " a fait la 
connaissance des Australiennes et des Nouvelles-Zélandaises, qui sont assez 
jolies. De plus, il a savouré les indigènes des îles de l'Océan Pacifique et 
celles de la Jamaïque. Aux États-Unis le pimpant " David " a dansé la valse 
à trois temps avec des belles New-Yorkerd. Et maintenant le voyageur 
illustre est aux Indes Orientales, où les femmes ont des yeux remarquables 
et le caractère bizarre. 

Bien que les dames du harem ne montrent pas la figure à Messieurs les 
étrangers, le Prince ne sera pas privé de la société féminine. Plusieurs 
Rajahé, par exemple, sont devenus émancipés; et, grâce à l'esprit large du 
potentat affranchi, la Ranee a le droit de faire une révérence devant un 
visiteur si distingué. Tempora mutanlur... 

UN "BON MOT" DU PRINCE. 

Vous vous rappellerez, sans doute, ô lecteurs bien instruits, que le Prince 

de Galles, fidèle aux vœux de son père et de sa mère, passait quelques semaines 

à Paris. C'était avant la guerre, et, n'ayant que vingt ans, il était 

accompagné par son gardien, le très respectable Monsieur Hansel. Au 

retour de l'élève, le jeune Duc de York, son frère, lui demandait; — " Eh 

bien, mon vieux, comment trouvez-vous Paris ? Très gai ?" — " Je ne puis pas 

vous renseigner, mon cher Albert", répondit lugubrement le pauvre " David ", 

. " car il y avait trop de Hansel 

AsPL-S^îf e ^ P as assez de Gretel " . Un 

|j\W^^^ véritable "mot". 

1tt| Ç^ ÎLfj Heureusement, pendant la 

^ WMMÉ . ÈB W^^^^/^^^^. P r ^sente tournée, il n'y aura 
( il ■ F=j*~ ) I f ( ]^ rien pour interrompre l'éducation 

V Ji ^^ z==Li ^g^^ v^ymprincière . Son Altesse Royale a 



causé avec les dames Pardeeà de Bombay, et il a posé des questions aux 
jeunes filles bavardes de Poonah. Ces enchanteresses, avec la coiffure 
oléagineuse, ont répondu avec émotion, en se servant de la phraséologie 
pittoresque des Indes... " Maître de tous les talents ! Seigneur de mille 
étoiles 1 Vous êtes notre père et notre mère, et le protecteur des pauvres ! 
Impossible de vous renseigner ; Votre Transcendante Majesté sait tout I 
Très flatteur de la part des oléagineuses. 



- 








63 



Quand le Prince fait l'aimable aux Mahométanes, celles-ci parlent le 
suave et sonore Urdu... " I hope y ou are quite well", dit Son Altesse Royale, 
qui, naturellement, ne sait pas les langues de l'Est, * Ap ka ghrulatn ka dit 
men umed hal ke ap ka tnlzaj accha hal " (dans le cœur de votre esclave il y 
a l'espoir que votre santé est bonne). Telle est la réponse fleurie. 

DANS L'INTIMITE. 
L'héritier présomptif à la couronne anglaise est invité par plusieurs 
Rajahé et Maharajahâ à passer quelques jours à leur grand palais. Puisque 
ces Princes Hindous et Mahométans sont fort civilisés, ils permettront à 
leurs femmes et à leurs filles de se promener, causer et danser avec l'hôte 
distingué. Les Indiennes bien élevées parlent l'anglais ; elles s'abonnent aux 
journaux illustrés londoniens ; elles ont beaucoup de goût pour la lingerie 
parisienne. Sans doute, le Prince " David " et ces Princesses aux yeux 
limpides, aux pieds mignons, et aux mains délicates et souples, s'intéresseront. 
Peut-être le blond visiteur aura-t-il un béguin pour une de ces brunes 
exotiques? Peut-être déjà?... Qui sait?... 

L'éducation du Prince ne s'arrête pas aux Indes. Le g Lobe- trotter royal 
mettra à l'étude les divinités de Cachemire (qui sont pâles et fines), de la 
Péninsule Malaise, de Ceylan et du Japon. Education complète... 

George Cécil. 




64 










LES TISSUS 

DE 

RODIER 



rour 1 



a prochaine 



h; 



>aison 



d été 



OU DU MOINS QUELQUES-UNS 
D'ENTRE EUX AYANT SERVI 
A IMAGINER PLUSIEURS 
TOILETTES FAITES ENTIÈ 
REMENT AVEC CES TISSUS 



ENSEMBLE 
.Neul modèles avec {indication 
des tissus dont ils sont laits 













65 



LA MODE ET LE BON TON 



^©-^ 



"Croyez-vous que la tarlatane soit admise 
pour le bal des H...? En tous cas, comme 
j'ai quatre bals costumés en deux semaines, 
je ne vais sûrement pas faire la dépense à 
chaque fête d'un costume de deux mille 
Irancs, cela, je vous l'assure, chère amie." 

— Avec qui faites- vous l'entrée chez les B . .?" 

— Moi, je fais partie de l'escorte de la 
Princesse K..., ce sera étonnant, mais nous 
ne voulons rien dire à l'avance ; c'est une 



surprise 



Et ainsi de suite, à chaque jour et à chaque 
heure, dès que les gens d'une même coterie 
se rencontrent, que ce soit au théâtre ou au 
thé d'une amie, car en réalité il ne s'agit que 
de bals costumés ou masqués. L'important 
pour une entrée, est de mettre tout le monde 
d'accord; or, en la matière, c'est bien la 
chose la plus difficile, étant donné que la 
brune un peu forte ne veut à aucun prix 
de ce que voudra la blonde, grande et 
mince ! 

Le domino est assez apprécié par ceux 
qui en possèdent et qui veulent l'utiliser, 
mais la maîtresse de maison préfère "le cos- 
tume"; aussi l'idée nouvelle de cette année, 
consistant à indiquer sur la carte d'invitation 
la matière dans laquelle on doit faire son 
costume, est-elle une très heureuse idée, 
puisqu'ainsi on sait que le choix se fera 
entre la tarlatane, le calicot ou le papier... 
ô joie de ceux qu'affolait la pensée d'un 
costume ruineux ! 



En dehors de la préoccupation des bals 
du Carnaval, on danse et redanse chaque 
soir dans certains dancings chic: il n'y en 
a qu'un par mois, ce qui peut vous paraître 
drôle, mais c'est ainsi : on adopte l'une de 
ces salles durant un mois, au bout duquel 
ladite salle est désertée pour donner la 
préférence à la salle voisine, c'est-à-dire la 
porte à côté ! . . . 

Les surprises-party sont également un 
passe-temps de la société à la mode; l'amu- 
sant est que rarement la personne visée se 
formalise de ce procédé ; car, enfin, quand 
dans le silence de son petit salon, on lit ou 
cause à deux ou trois au plus avec l'idée de 
s'en aller bientôt coucher, et qu'une invasion 
de trente maàqueé brise la consigne et s'ins- 
talle pour danser en bousculant tous vos 
meubles, il faut bien avouer que c'est seule- 
ment l'invocation du "grand chic" qui peut 
triompher du mouvement de mauvaise humeur 
bien excusable de l'hôtesse. Mais rassurez- 
vous, elle ne Ta pas, ce mouvement, la femme 
bien élevée, et c'est justement ce qui doit 
faire notre admiration : dût-elle vous maudire 
"in petto" elle gardera, jusqu'à cinq heures 
du matin, ce sourire charmant qui est dans 
son visage ce que peut être l'éventail dans la 
main de la grande coquette ! 



Pour ce qui est de la mode, rien de 
nouveau à signaler, attendu que ce n'est que 



66 



dans un mois que nous choisirons ce que 
nous voulons pour le printemps. 

Mais il y a des privilégiées, celles 
qui sont admises à voir les collections 
en même temps que les importateurs et 
qui déjà ont commandé soit un tailleur, 
soit une blouse qui sera la note dominante 
de la saison. 

Ainsi nous avons un aperçu de ce que 
sera notre silhouette de l'été, et nous 
pouvons en tirer des conséquences impor- 
tantes. 

Nous savons que la cape sera plus en 
vogue que jamais, que la blouse dépassera 
de beaucoup la taille ainsi que la généralité 
des ceintures, et nous savons que, suivant en 
ce cas le goût de la jolie Madame J. Porel, 
la belle-fille de notre grande Réjane, nous 
aurons une série de petits jerseys de coton 
de toutes les couleurs, qui s'assortiront avec 
les jupes et les capes que notre fantaisie 
aura élues d'ici un mois. 

Nous savons aussi que nos chapeaux 
seront si grands que nous ne pourrons que 
difficilement monter en voiture fermée; la 
garniture en sera si peu chargée que la 
plupart du temps nous n'aurons qu'une 
couronne de fleurs, de ruban en torsade ou 
de fruits mêlés à des plumes de coq. De 
voile? Point, sinon sur le côté d'une forme 
qui est retroussée de l'autre côté; et surtout, 
ce qui sera très nouveau, ce sera d'avoir des 
pailles, des crins et des crêpes tendus, 
laissant la passe transparente ; d'où un reflet 
sur les yeux absolument ravissant. Et puis... 
et puis... et puis, beaucoup d'autres choses 
que nous vous dirons quand le moment sera 
venu 1 



Ne croyez pas que nous aurons des 
ombrelles: non. Il sera encore très chic de se 
brûler au soleil; et les jolis bras paraîtront 
encore plus jolis quand ils seront couleur 
d'amande grillée. 

Ne croyez pas non plus que vous aurez 
des manches à vos robes du soir... les robes 
de jour auront tout mangé. . . certaines seront 
si longues qu'elles traîneront par terre ; 
d'autres manches feront des capes ou des 
manières de capes, dans le dos seulement. 
Pour danser, vous n'aurez plus de dos 
au corsage, alors que par devant, votre 
décolleté sera si peu marqué que certain 
lamé passera au ras du cou. Le jeu des 
bandelettes en jais ou en cristal retenant aux 
épaules les deux pointes, sans que cela se 
voie, sera un jeu très subtil. 

Maintenant, il faut vous dire que le désha- 
billé d'antan (il y a seulement cinq ans) est 
si malade que je le sens prêt à trépasser... 
dans sa lutte avec le pyjama, sans nul doute 
il reçut un coup mortel, car, c'est à peine si 
une ou deux de ces vaporeuses mousselines 
des drapés en péplum et le plus souvent de 
la couleur de la chair, font une timide 
apparition au milieu de centaines de trotteurs 
d'après-midi ! 

Est-ce à dire que nous restons moins chez 
nous ? Que nous sommes moins coquettes? 
Non, rien de tout cela, mais nous menons 
une existence plus active ; moins de temps 
est consacré à la chaise longue, et toutes les 
fois où nous sommes obligées de recevoir 
avec le chapeau sur la tête, nous ne le 
disons pas. 

Jeanne Ramom-Fernandez. 



6 7 






* 


4*4*4*4'4*4»4'4'4*4 , 4'4»4»4»4'4* 


4* 




* 


Explication des Planches Hors -Texée 


4- 


* 


CONTENUES DANS LE NUMÉRO a 


4* 


* 
4* 
4* 
4* 








4* 
4* 
4* 
4* 




î p 1 


lanche 9. — Un chapeau de crin noir garni de ruban ciré noir : 
modèle de Camille Roger. 

4« 


4* 




^»i»«l 


Planche 10. — Manteau du soir, tout blanc, garni 


4* 






* 


<?e renard blanc. 

* 


4* 


* 
* 


Planche i i . — De Martial et Armand, un manteau du soir en 
velours violet. Le haut du manteau est de velours vert Vérone je rehaussé de 
broderies violettes, de galon d'or et de cabochonà de pierreries. 


4* 
4- 


4* 


4* 


4< 


* 

4* 


Planche ia. — Voici, de Paul Poiret, une robe du soir en velours 
noir garnie de jais; les panneaux sont doublés de crêpe de Cbine vert. 

* 


4* 
4- 


* 


Planche i3. — Une robe du soir, de Madeleine Vionnet. 


4- 


* 


4* 


* 


4* 


Planche 14. — Voici une robe de JVortb. C'est une robe de promenade 
destinée à la Côte d'Azur. Elle est de crêpe marocain noir doublé de crêpe 
marocain couleur de coq de rocbe. 

4< 


4- 


4* 
4* 


Planche i 5 . — Une robe du soir, de Béer. Crêpe pailleté de perles de 
verre; boucle de diamants. 

* 


4* 
4* 


* 

* 


Planche 16. — De Jeanne Lanvin, une robe en crêpe de Cbine bleu 
marine ornée de broderies japonaises vieil or avec une ceinture drapée. La robe 
de fillette est en crêpé jaune clair, avec, a la ceinture, de grosses cocardes 
de ruban couleur de turquoise. 


4* 
4* 
4* 

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H. 


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68 






















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LA JEUNE LOCRIENNE 

CHAPEAU DE CAMILLE ROGER 



&mtf 



N° 2 de La Gazette du Bon Ton. 



Année ig22. — Planche p 




2 de la Gazette dit Bon Ton. 



LA FOURRURE BLANCHE 

MANTEAU POUR LA COTE D'AZUR 



Année 1922. — 




LA LOGE D'OPÉRA 






MANTEAU DU SOIR, DE MARTIAL ET ARMAND 



7 



2 de la. Gcuzeite du. Bon Tort. 



Année 1922. — Planche 11 




EN PLEIN COEUR 



ROBE DU SOIR, DE PAUL POIRET 



iV° 2 ?e la. Gazette du Bon Ton. 



Année 1922. — Planche 2 



: Li. 







DE LA FUMEE 



ROBE DE MADELEINE VIONNET 



2 de la Gazelle du Bon Ton. 



Année 1922. — Planche 13 




L'AVERSE INTEMPESTIVE 






|H* Uto 



'$ 






70 2 de la Gazette Du Bon Toit. 



ROBE POUR LA COTE D'AZUR, DE WORTH 

/ 
y 

Année 1922. — Planche 14 




LE JAZZOFLUTE^ 

ROBE DU SOIR, DE BEER 






N° 2 Je la Gazette 9a Bon Ton. 



Année 1 922. — Planche 




/ v 



VOUS ÉTIEZ HAUTE COMME ÇA 75 



ou 






ÇA NE NOUS RAJEUNIT PAS 












ROBE D'APRES-MIDI ET ROBE DE FILLETTE, DE JEANNE LANVIN 



V° 2 de la Gazette dit Bon Ton. 



Année 1^22. — Planche 16 




?ILS TIRÉS SUR TRANSPARENT 



N° 2 de La GazeLte du Bon Ton 
Année igst2. — Croquu JV° IX 










lOTIFS grillagés 



iV° 2 de la Gazelle du Bon Ton 
Année 1922. — Croqulô N° X 



FILS TIRÉS BRODÉS 
SUR TRANSPARENT 










3a 



If 2 de la Gazelle du Bon Ton. 
Année 1922. — Croquià JV° XI 





â GAUCHE : APPLICATIONS SUR SERGE 
DE MORCEAUX DE DRAP FIXÉS PAR UNE 
PERLE. — A DROITE ; APPLICATIONS 
SOUTAÇHÉES SUR CREPELLA 



N° 2 de ta Gazelle du Bon Ton 
Année 1922. — CroquU N° XII 








V%. Je-- 



ASHAFLORA 



N° 2 de la Gazelle du Bon Ton 
Année 1922. — Croquiô iV° XIII 



BRODERIE DE LAINE 
SUR KASHA 




iV ro 2 de la Gazelle du Bon Ion 
Année 1Ç22. — Croquu N° XIV 




ÏRGE GALONNÉE 



iV 2 de La Gazette du Bon Ton 
Année 1922. — Croauù) N° XV 




SERGE HINDOUE 



N° 2 de La Gazette du Bon Ton 
Année 1922. — Croqu'u N° XVI 






•'•••' 



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.' ' : 




AMERI 

CAINES 



/Caroline, de Boston, Mary, de Phila- 
^-^ delphie, Doroty, de New-York et vous 
toutes qui avez traversé les mers pour venir 
prendre une tasse de thé au Ritz, avec des 
buiu grillés et de la marmelade, comme je 



69 



Copyright April 1922, by Lucien Vogel, Paria 



vous aime ! Je ne comprends pas cet absurde chauvinisme : " Paris aux 
Parisiens "", Car enfin si vous n'étiez pas là, Caroline, de Boston, Mary, de 
Philadelphie et Doroty, de New-York, Paris ne serait pas Paris et je ne le 
reconnaîtrais plus. C'est bien grâce à vous qu'il y a ce bruit de volière dans 
la galerie, que les maîfcres-d 'hôtels sont encore un peu respectueux, que le 
bottier d'à côté fait des souliers pointus à talons rouges et que ce jeune 
homme, cintré par le tailleur du quatrième (même place), ne désespère pas 
d'avoir un jour sa Rolls devant cet hôtel où il arrive à pied. Doroty," vous 
souvient-il de la saison passée où je vous ai accompagnée rue de la Paix et 
où j'ai vu défiler, tour à tour, à l'automne, toutes les collections d'hiver? 
Chaque nouvelle robe, lisse et sombre, qui pouvait plaquer à souhait vos 
hanches plates, vous excitait. Et vous disiez : 

— Celle-là est réellement très jolie. Les modèles qu'on nous envoie à 
New-York sont différents.. Ohl la taille baisse... comme le dollar... Vraiment 
vous allez encore baisser la taille, Madame la couturière ? 

Puis vous êtes repartie pour New-York. J'ai reçu des lettres où vous 
me racontiez des réceptions, qu'il faisait très froid à Riverside-Drive, et que les 
derniers mariages où vous aviez assisté étaient extraordinairement magnifiques. 
Un jour, vous avez annoncé votre retour, Doroty. Je vous retrouve, avec une 
peau de panthère sur les épaules, un chapeau bien enfoncé dont le voile ne 
laisse voir que votre nez mince et votre menton volontaire. Vous revenez au 
seuil du printemps comme un oiseau habituel et vous relancez dans la volière 
de la place Vendôme votre pépiement coloré : 

— ■ " Oh ! vous êtes très bien cette fois ; vous avez un visage plus gonflé 
que l'an passé. Vous êtes reposé n'est-ce pas?.. Oh! si vous saviez comme 
il faut que j'achète des choses! Et le théâtre? On joue de belles comédies. 
Il faut y aller. On a écrit que M lle Renouard était si bien vêtue!... Qui 
l'habille?.. Il faut lavoir. Mon mari est réellement très occupé, il est resté 
aux affaires. Il ne viendra que dans deux mois... " 

Les désirs qui s'étaient assoupis derrière votre front à New-York, réveillés 
par Paris, se bousculent et sortent sans ordre avec de petits cris. Ce sont ces 
désirs couvés outre-mer qui font tant de bruit autour des tables à thé, se cognent 
aux vitres ensoleillées et égayent nos vieux cœurs. Vous nous distrayez, 
Caroline, Mary, Doroty, avec de belles images. Vous dites : — " Mon frère 
est demeuré dans le Sud où il a une ferme avec soixante-dix mille canards et 
cent vingt mille poules " et l'on évoque une immense omelette dorée couvrant 
un département. Vous ajoutez : " Mon époux est à son building ". Et un 
gratte-ciel se dresse aussitôt avec ses trente-deux étages de téléphones, de 

70 




"i ■-'■■■, 



. 







globes laiteux, de dactylographes aux lèvres d'enfant, jouant leur symphonie 
de chiffres sur leur petit orchestre Remington. Vous nous entraînez chez le 
bottier et on reconstitue, rangés dans la malle spéciale, les quarante et une 

paires de souliers effilés que jamais une 
tache de boue ne ternit. . . (Comme vous m'avez 
méprisé un soir où je n'ai pas trouvé de 
voiture quand la vôtre était indisponible!..) 
Caroline, Mary, Doroty, un printemps 
sans vous ne serait plus un printemps de 
a, Paris... Eh quoi? vous ne m'apprendriez 

plus que ce grand garçon aux épaules 
athlétiques, à la mâchoire glabre , est le 
fiancé de la maigre Bessie dont les parents 
sont les rois de l' Arizona, qu'il est lui-même 
, — », - très riche, mais qu'il parle mal avec un horrible 

| accent ; vous ne me conduiriez plus chez 

l'antiquaire pour trouver un paravent étroit 
et haut en laque rouge (ce qu'on ne trouve 
pas) ; vous n'auriez plus pour moi ces 
prévenances, ces attachements d'une saison 
et tout en même temps c&s Jfirtd multipliés qui 
me donnèrent les premières fois l'envie de 
I vous battre • — ce que je ne lis pas, crainte 

1 de votre passion. Eh quoi, je ne participerai 

plus à vos courses gaspilleuses, je cesserai 
de connaître la mode selon votre goût, les 
portiers stylés, les magasins ordonnés et je 
ne tournerai plus vos portes de magasins- 
coffre-fort, ô Cartier ! ô Lacloche I 

Caroline, Mary, Doroty et vous toutes 
si réfléchies dans votre folie, 
je vous aime. Lorsque je 
vous ai offert un livre vous 
ne l'avez jamais coupé, vous 
ne m'en avez jamais parlé. 






>omme c e 



st de 



Gérard Bauër. 






72 








vxentil V^oq licot 
JVLesaames 

/^'est une vieille chanson de France qui nous revient à la 
mémoire, tous les ans, aux premiers beaux jours : fine, et 
tendre, et printanière, une chanson pour petites filles d'autre- 
fois, quand il y avait encore des enfants : >*£uMP£> 

J'ai descendu danà mon jardin 
Pour y cueillir le romarin... 
Gentil coq' licot, meédamej, 
Gentil coq' Licot nouveau... 

Voyez-vous bien le paysage? Un joli pré, bordé de 
peupliers tremblants, avec un clocher dans le fond, çfô§** 
barrières blanches autour des pâturages, un fin ruisseau entre 
des saules, et sur le tout un ciel limpide où glissent de légers 




75 




moutons. Il y a des jeunes filles, 
descendues du château voisin, qui bague- 
naudent en attendant l'heure du thé. 
L'une herborise, l'autre court après les 
premiers papillons, et, dans son petit 
filet de gaze verte, si elle attrapait l'oiseau 
bleu ? La troisième pêche à la ligne dans 
le ru bruissant, où, à travers l'eau trans- 
parente, elle voit les goujons malins vire- 
volter par bancs 
frétillants, et filer 
la truite indocile. 
Le jour est trop 
clair, elle ne pren- 
dra rien. Mais 
l'eau est jolie, avec 
ses replis qui la 
moirent et ses 
gentils cailloux 
polis. Près de la 



patiente pêcheuse, l'indolente Délie, 
qui aime à ne rien faire, entretient de 
vagues pensées. C'est à savoir si son 
cousin le hussard viendra passer saper- 
mission aux champs. — « Ça ne mord 
pas, répond Passerose : ils viennent 
regarder le bouchon, et. . . bon ! voilà ma 
ligne embrouillée. . . ! » — Et Délie : « Ils 
sont tous les mêmes. Il y a un tas de 
femmes dégoûtantes dans ces garni- 
sons... » 




74 



— « C'est très amusant, dit 
Franchie. On fait deux pas sur le côté, 
puis un corte, mais imperceptible, 
presque sur place ; une intention... Et 
puis, à la volonté, un pas de double... » 
— « Moi je ne danse plus, explique 
.Mary. Depuis que l'archevêque a dé- 
fendu le shimmy... Il n'y avait que cela 
de drôle. Maintenant, autant la polka! » 

— « Où est Suzon ? » 

— « Elle écrit à son 
fiancé. » — « Fran- 
chement, il te plairait, 
toi . » — « » 

— « Et Silvanire ? 
On ne l'a 




pas revue 

depuis le 
déjeuner... » — « Elle 
fait bande à part. 
Une idée comme ça. Elle dit qu'elle ai 
solitude. Tout à l'heure nous la retrouve 
sur la terrasse, un livre à la main. Elle 
beaucoup, c'est une pose. Moi, je trouve que 
lire, c'est d'un genre ! . . . » 

Bras dessus, bras dessous, voici 
Juliette et Simone. Elles passent, en parlant 
àvoixbasse, échangeant les secrets du cœur. 
Vous voulez savoir à quoi rêvent les jeunes 
mies? — « ...de mousseline de soie, avec des 
manches bouffantes, le fichu croisé. . . on voit 




7 5 



les épaules... » — « Kt lui? » — « Le mariage s'est fait à la 

campagne. . . il était en gris. . . mais tu sais, j'étais très émue, et. . . » 

Voilà la cloche au loin. C'est pour annoncer le goûter. 

Les jeunes filles rentrent doucement au bercail. Silvanire est 

venue les attendre à la petite grille. Elle est appuyée sur la 

balustrade, entre deux troènes. Mince, blanche, toute claire 

sur le grand ciel pâle. Il y a longtemps qu'elle cherchait cette 

attitude. Elle est, ma foi, très réussie. Quant à savoir ce 

qu'elle pense, Silvanire... 

Gentil coq'licot, meédanieà, 
Gentil coq'licot nouveau ! 

Nicolas BONNECHOSE. 




7 6 









o 




MBRELLES ET CHAPEAUX 



ip\ANS Aristote, au célèbre chapitre des chapeaux, savoir s'il 

y est fait mention de cette querelle des grands, petits et 

moyens chapeaux qui préoccupa quelques bons esprits sans 

compter tant de têtes folles; et savoir, surtout, ce que pensait 



77 




sur la question ce grand philosophe ? Ce qu'il y a de 
certain, c'est que le chapeau de JM lle de M.ontpensier, 
s'il eût été moins grand, comme l'a dit, paraphrasant 
Pascal, M.. Henri Bidou, la Fronde était peut-être 
évitée. Sujet pour les historiens d'établir les rapports 
qu'il y a entre la taille des chapeaux et la tête qu'ils 
renferment, et de rechercher si la grandeur de ceux-là 
ne s'exerce pas en raison inverse du volume de 
cervelle coiffée, comme il semblerait résulter d'exemples 
illustres : Louis XI, par exemple, et Napoléon I er , ces grands 
esprits qui portaient de petites coiffures, opposés à François I er 
dit « Foi-de- Gentilhomme » qui en portait d'immenses. 

JVloi, je suis avec les grands esprits pour les petits chapeaux. 
J'ai calculé mathématiquement que le maximum de surface 
découverte était toujours fonction du minimum de volume 
couvrant. Et je dois l'avouer : ce que j'aime le mieux dans les 
chapeaux, c'est le visage qui est dessous. 

7 8 




Croyez-moi, vivent les petits bords ! Un chapeau qui 
me cache les yeux de la femme que j'aime n'est pas un chapeau ; 
c'est un bourreau. Quand je veux embrasser ma maîtresse et 
que je suis obligé, pour trouver ses lèvres, de renverser sa tête 
en n'évitant qu'ainsi les embûches d'une cruelle armature, je 
constate avec les philosophes que la grandeur est souvent un 
obstacle à la félicité. 

Que si le soleil arde cet été, ne regrettez pas pour cela 
vos grands bords ! pour quoi donc sont faites les ombrelles ? 
Renonceriez - vous à balancer et promener 
dans les nues rajeunies et bleues ce drapeau 
de] l'élégance, ce gonfalon de votre grâce 
porté jusques aux cieux au-dessus des têtes, 
par les plaines de Chantilly, les champs 
glorieux d'Auteuil, Longchamp, Maisons- 
Laffitte, toujours sur le chemin de l'honneur 
et de la victoire?.. 

N'abandonnez pas, ô porteuses de grâce, 
vos brillants étendards qui savent au besoin 




(ce que feraient malaisément les nôtres) devenir armes offen- 
sives, comme il advint en l'un de ces champs de bataille dont 
nous parlions plus haut de l'ombrelle de M. lle Jane Renouardt. 
Klle trouva, rompue, dans le premier choc une fin mémorable. 
Ce sont de moins héroïques ombrelles que nous vous propo- 
sons aujourd'hui. Assorties au chapeau, cela est pour envi- 
ronner d'un charme double, par la répétition et l'allusion, 
votre visage. A moins que vous ne préfériez de mettre, 
comme ci-dessous, votre ombrelle sur votre tête. 

de Vaudreuil. 





LA GUERRE A TORQUATE 



1ES pages suivantes concernant les singularités de L'Ile Torquate — celte île 
À assez délicatement potée sur l 'eau — ont été égarées et retrouvée*) dans des circon- 
stances assez communes en ce temps ou l'on perd familièrement sa fortune dans une 
voilure automobile de louage. Ces pages ayant paru inutilisables a la personne qui 
les trouva, celle-ci, espérant une récompense que nous oubliâmes de lui offrir, céda, 
en nous les rendant, a un geste assez humain. Dont acte. 

La guerre à Torquate s'améliore d'année en aènée. Elle 
n'interrompt point la vie publique et pour l'ordinaire attire, 
à proximité du champ de bataille, les plus extraordinaires 
baladins que l'on puisse imaginer. 

A Torquate, la guerre est toujours civile. On la considère 
comme une grande fête nationale qu'il faut célébrer une fois 
l'an pour satisfaire aux goûts traditionnels des hommes et 
pour enrichir annuellement l'histoire du pays d'une page où 
l'on célèbre les qualités d'endurance de la race, son courage, 
son énergie et son aptitude à profiter des plus récentes 
découvertes de la Science. 

Durant toute l'année, l'ingéniosité des savants de Torquate 
s'applique à découvrir des appareils extraordinaires, uni- 
quement dans le but de servir à la mise en scène de la lutte, 




car pour d'autres buts ils sont inutilisables. La 
malice du jeu consiste à donner aux adversaires 
en présence des appareils perfectionnés d'une 
incomparable beauté plastique, mais dont 
personnne ne connaît l'usage. Ces appareils 
adroitement posés dans les champs, aux abords 
des places fortes que l'on reconnaît aisément 
grâce à des signes conventionnels et aux descrip- 
tions littéraires des feuilles locales, font pâmer 
d'admiration les amateurs d'héroïsme et leurs 
épouses. 

A Torquate, l'armée est représentée par 
deux soldats, portant chacun un costume diffé- 
rent : les deux ennemis. Ce sont eux qui font la 
guerre. Ils sont entretenus avec le produit des 
souscriptions nationales et des aumônes déposées 
dans des urnes spéciales, en forme de tirelires 
que l'on casse avec enthousiasme le jour de la 
déclaration de guerre. 

Pour déclarer la guerre, on place les deux 
soldats dos à dos, l'un tourné vers le nord, 
l'autre vers le sud. A un signal donné, les deux 
adversaires partent chacun dans leur direction, 
avec un air inspiré qui donne à cette cérémonie 
banale une allure farouche d'une poésie saisis- 
sante. On les abandonne à leur sort et les 
réjouissances s'organisent. L'arrière, représenté 
par toute la population de Torquate, en profite 
pour se livrer aux jeux les plus divers. Des 
acrobates sillonnent le ciel de même que des 
étoiles filantes, et des danseuses tournent sur les 




G° V >S 



OP 



V>^ 



III o^ 





prairies, leurs jupes arrondies comme le dôme 
d'un minuscule manège de chevaux de bois. Des 
musiques éclatantes rythment l'allégresse popu- 
laire et bourgeoise. Parfois les réjouissances 
prennent un aspect confidentiel et les habitants 
du pays méprisent tout ce qu'on a pu leur 
conter de bien sur la pratique des bonnes mœurs. 
C'est durant l'époque de ces saturnales que les 
familles les mieux unies se désagrègent pour se 
reconstituer par la suite sur d'autres t) 
plus au goût du jour. 

JVLais les deux guerriers, sur le seimer de la 
guerre, après une journée de marchjg: dans la 
direction qui leur fut indiquée, c^fiptmencent 
réellement à s'intéresser à la question^ ils se 
cherchent. Car tout est là. A Torquate, la régie, 
du jeu de la guerre consiste à chercher son 
adversaire. Toute la population se met de ce 
jeu. On prend parti, tantôt pour le bleu, tantôt 
pour le blanc. 









"N' 



avez-vous pas vuj 



demande l'un, 
je crois bien 



— " Oh I dit un quidam, 
l'avoir vu derrière cette maison." 

L'on rit. Car en temps de guerre, on rit 
facilement, et tout devient spirituel. Et les deux 
aventuriers, sans armes, se poursuivent. La sueur 
ruisselle le long de leurs joues; ils s'arrêtent 
souvent pour casser la croûte et chercher une 
cachette avantageuse afin de sommeiller en paix, 
avec la certitude de n'être point découvert. 

Il suffit de ces deux hommes qui se cherchent 



rnj 



83 



pour exciter toute la vie sociale d'un pays. L'un arrête les 
trains en marche d'un geste s'il pense trouver dans un compar- 
timent son adversaire, l'autre pénètre dans la chambre où 
Adèle repose du sommeil de l'innocence. Les parents 
l'accompagnent d'ailleurs une lampe à la main. 

Et la campagne se poursuit aux sons des accordéons, des 
orgues et des ocarinas. Un bruit merveilleux ébranle l'île qui 
tourne sur elle-même comme un manège, dont on ne ménagea 
point l'or dans la décoration. 

Jusqu'au jour où l'un des deux ayant trouvé l'autre 
par surprise, la guerre est terminée. Alors le vaincu endosse 
le costume du vainqueur. L'île arrête sa giration, les musiques 
se taisent, et tout redevient comme c'était avant, aussi calme, 
aussi pur, avec des chants d'oiseaux d'un archaïsme délicat. 

Pierre Mac Orlan. 




84 




ETOFFES 



D E 



B I A N C H I N I 



ou SYMPHONIE DES TISSUS 






Les belles étoffes se marient aux parfums dans la mémoire 
des joies subtiles. Leur commune superfluité les rend également 
nécessaires à l'harmonie du corps et à sa souveraine liberté. 
Le parfum est l'évaporation de la chair désirée, et en même 
temps, par je ne sais quelle contradiction troublante, il est le 
halo matériel de la grâce et comme son alourdissement. 
Pareillement, les étoffes rares sont le parfum de la toilette, le 
libre commentaire de ses lignes, elles l'enlèvent et la libèrent 
dans l'éther de la fantaisie ; et d'autre part elles la précisent, 
lui donnent du poids, captivent l'attention flottante par leurs 
hiéroglyphes mystérieux qui ne prennent un sens que lorsque 
les mouvements du corps les animent, comme l'encre 
sympathique n'est déchiffrée qu'à la lumière. 

Ce rapprochement me vint l'autre jour comme je regardais 
les étoffes de Bianchini. Ces tissus illustrés comme des livres 
précieux, à la souplesse végétale, aux reflets aquatiques ou à 

85 




la mate netteté de terre à sculpter, s'étendaient autour de moi 
pareils aux instruments d'un grand orchestre au repos : quelle 
symphonie ma fantaisie allait-elle composer, en attendant que 
cette matière généreuse et docile informât les vivantes statues 
d'un jour ou d'un soir? Mais en vérité ces étoffes se suffisent 
à elles-mêmes. Elles satisfont délicieusement les sens. Chacune 
d'elles est indépendante et complète comme un tableau. 

Et d'abord les tons sont d'une richesse étourdissante. 
Aucun ne domine et toute la gamme est représentée, depuis 
les tons de cachemire fondus, touffus et harmonieux commet 
une description (KAtala, jusqu'aux rouges et aux bleus tranchés, 
de telles fleurs qui se détachent sur un fond uni d'une façon' 
qui leur donne l'air d'éclater. Il en va de même pour les tissus ' 
lamés, dont l'effet est plus direct et plus attendu, mais où l'on 
s'est plu cette fois à faire jouer la grave sonorité du cuivre. 
Afin de réaliser une nuance dans sa pureté, on n'a point 
négligé les soins les plus minutieux : je note, par exemple, une 
pièce d éclatante marine imprimée dont la couleur a été enlevée 
sur la surface correspondant aux impressions, pour laisser aux 

86 



tons imprimés toute leur fraîcheur. Les dessins s'unissent 
aux couleurs dans un rythme délicieux. Ainsi, l'idée charmante 
d'imprimer un motif de dentelle permet, quand le dessin est 
noir imprimé sur un fond corail, d'interpréter les motifs grecs 
d'une manière à la fois précise et fantaisiste. En général, la 
combinaison des lignes et des dessins soutient les tons et les 
accuse, comme fait pour les images la texture d'un récit. Mais 
je m'en voudrais de ne pas signaler une trouvaille charmante : 
la régularité monotone d'un damier est rompue de place en 
place par des rectangles qui allègent le motif en déroutant 
l'habitude des yeux. De même, des dessins géométriques d'un 
pur classicisme s'égarent soudain en des lignes cocassement 
indépendantes . 

L'art des étoffes a ceci de remarquable que l'effet 
dessins et des couleurs dépend étroitement non seuleme 
?la qualité du tissu, mais aussi des valeurs que nous révèl 





lUffCr-iîiV- 



toucher. Par exemple le voile otarie, par ses reflets humides^ 
donne une transparence singulière aux fleurs et aux motifs qui 
le garnissent; mais sitôt que nous le caressons, sa surface 
glissante et glacée, qui ressemble à celle des ballons d'enfants, 
nous donne une impression de légèreté qui s'unit à l'effet de 
transparence, aux images aquatiques et à je ne sais quelle 
odeur d'étang pour composer une symphonie exquise où 
chaque sens joue sa partie. Il est également certain que le 
parfum de Grèce dont j'ai parlé plus haut m'eût semblé moins 
pur si la consistance rugueuse du tissu, appelé crêpe antique, ne 
m'eût fait penser à certaine terre de potier. Un exemple encore 
des heureux effets de la qualité des étoffes : sur de la 
mousseline madona transparente sont appliquées des bandes 
de pékin sur lesquelles on voit les mêmes fleurs que sur la 
mousseline; les fleurs de la mousseline sont effacées, celles du 
pékin ressortent avec éclat, et voilà une transposition 
singulièrement juste d'un rythme musical de temps forts et de 
temps faibles. 

Ram on - Fernandez. 






L O U 



S 



IL a dû se produire cette nuit, pendant que nous dormions, 
k un bouleversement dans les lois de la pesanteur. Une 
blonde comète aux cheveux dans le dos, peut-être, qui est 
passée là, tout près de nous, et voilà notre globe terraqué 
tout détraqué... Voyez l'Arc de Triomphe, là-bas, tout bleu, 
tout flou, qui oscille dans le poudroiement de ce clair midi. Un 
instant encore, et il va s'envoler. Jamais je ne m'étais aperçu 
jusqu'ici que l'Arc de Triomphe fût sculpté dans de la fumée de 
cigarette. Et ces arbres, et ce jet d'eau !... Remarquez : ils ne 
sont pas comme d'habitude, ils ont la forme de parachutes, 
ils se déploient, ils s'épanouissent, et puis, en se gonflant de 
ce bon vent frais qui sent l'ananas, ils se recueillent un instant, 
déjà détachés de la terre, avec ce léger balancement qui prélude 



aux départs des aéronefs 
vers d'adorables aven- 
tures. L'ombrelle 
ouverte, — il fait déjà si 
chaud — une dame vient 
d'atterrir, légèrement, 
dans une allée. Une ombre passe sur la 
pelouse, c'est la marchande de ballons 
qui nous survole, gracieusement 
suspendue à sa grappe multicolore. 
Comme cela est venu brusque- 
ment! On vivait en sages marmottes. L 
nous revêtait d'un cilice de brume et de gel. Kt tout 
à coup, une caresse chaude, comme si deux 

se posaient sur vos yeux, cependant 

bouche inconnue 

Autour de vous 




paumes 
qu'une 
le cou. 




» , » 



vous mettrait un baiser dans 
tout tourne, danse, les arbres 
sont fous, les maisons vacillent. 
Vous sentez votre cœur se 
dilater comme une petite mont- 
golfière, et puis hop! vous voilà 
au milieu de l'azur. Quel mol 
oreiller que l'espace, pour une 
tête bien équilibrée, gonflée au 
protoxyde d'azote! Que les 
nuages sont délicats au toucher : 
des blouses de jeunes filles, de 
légères, fines, transparentes 
blouses de soie. M.ais c'est assez, 
ne montons pas plus haut. Non ! 
Non ! j'étouffe, j'ai le vertige ! 



9 o 




Déroulez le guide-rope. Nous revoici à 
terre. Pas pour bien longtemps, si je n'y 
prends garde. Vous connaissez le grand 
problème des physiciens, que la science n'a 
jamais pu résoudre : « Par une matinée de 
printemps, qu'y a-t-il de plus lourd, cent 
kilos de plomb ou cent kilos de plumes ? » 
En vérité, je vous le dis, je me^|fÏLg r 
aujourd'hui plus léger que cent ki<|$>s de 
plumes. Ce soleil frissonnant, /&ps jeux 
d'eau, ces yeux de femmes, ce Ic^el doux 

comme un air de scottish qs^aga^le, 

ce fin ronron des limousines 

Champs élyséens, il n'en faùt^$às 

plus pour la faire cha- 

virer, ma pauvre 

cervelle frivole, où 

certainement il manque 

bien cent kilo s 




de plomb. Rassurez-moi, je vous en 
prie. Dites-moi que ce n'est pas la 
folie, ce divin, ce tendre délire, que 
ce n est pas grave, que cela va passer, 
et que l'on ne va pas venir tout à 
l'heure me mettre une camisole 
de force. Une blouse comme les 
jeunes déesses que voici, tant 
qu'on voudra, mais une camisole, 
c'est trop laid. 

BLoiucd, regonflons dôd 
jouvenird divers... Renée, 




9 1 



Armande, Sélysette... Blouses des champs, blouses des 
bois, blouses des prés... Nuages roses, nuages blancs... 
Pétales, pétales, pétales... Et vous voudriez que je vous 
exprime tout cela, cet impondérable, avec des mots, avec 
des phrases, avec un quintal de verbes, avec une tonne 
d'adjectifs? Ah! laissez-moi plutôt courir vers cette blouse 
russe, et lui rappeler les coutumes de son pays, en embrassant 
sa maîtresse sur la bouche, avec le salut traditionnel : « Avril 
est ressuscité. » 

Georges-Armand M.ASSON. 




92 




Mil 



HERMAPHRODITE 

ET SALMACI5 OU LES 

ÉGAREMENTS DE LA PASSION" 



TTn enfant, né des amours d'Hermès et d'Aphrodite, fut nourri par les 
^ Nymphes dans les antres de l'Ida. Il était facile de reconnaître à ses 
traits les auteurs de ses jours. C'est d'eux qu'il tira son nom. A son troisième 
lustre, il quitta les montagnes qui l'avaient vu naître; et, loin de l'Ida où il 
fut élevé, il se plut à errer dans des lieux inconnus et à visiter des fleuves 
nouveaux; sa curiosité allégeait ses fatigues. Il parcourut aussi les villes de 
la Lycie et celles de la Carie qui l'avoisine. Il y trouva un lac dont le cristal 
laissait voir le sol au fond des eaux. Là, point de plantes marécageuses, ni d'algues 
stériles, ni de joncs aigus : l'onde en est limpide. Ce lac est bordé de gazon frais 
et d'herbes toujours vertes. Une Nymphe l'habite. Inhabile à la chasse, elle 
n'est accoutumée ni à tendre l'arc, ni à suivre un cerf k^à. course. Seule parmi 



9 3 





les Naïades, elle n'est point connue de l'agile Diane. On raconte que ses 
compagnes lui disaient souvent : «Salmacis, prends le javelot et le carquois, 
et mêle à tes loisirs le rude exercice de la chasse». Elle dédaigne le javelot 
et le carquois, et ne se soucie point de mêler à ses loisirs le rude exercice 
de la chasse. Tantôt elle baigne dans l'onde pure son corps gracieux ; tantôt, 
avec le buis du Cytore, elle démêle ses cheveux en consultant le miroir des 
eaux sur ses atours. Quelquefois, couverte d'un voile diaphane, elle repose 
sur un lit de feuilles ou de gazon. Souvent elle cueille des fleurs. Peut-être 
en cueillait- elle aussi lorsqu'elle vit le jeune berger. En le voyant, elle désira 
de le posséder. 

Avant de s'approcher de lui, malgré toute son impatience, elle soigne 
sa parure, l'examine d'un air coquet, et compose son visage de manière à 
paraître belle. « Enfant, lui dit-elle, tu mérites d'être pris pour un dieu. Si tu es 
un dieu, tu peux être l'Amour. Si tu es un mortel, heureux ceux qui t'ont 
donné le jour! heureux est ton frère, heureuse est ta sœur, si tu en as une; 
heureuse est la nourrice qui t'offrit son sein ; plus heureuse encore et plus 
puissante celle qui est ta compagne, ou pour qui tu allumeras le flambeau 
d'hyménée 1 Si tu l'as choisie, accorde-moi pourtant un bonheur furtif. Si ton 
choix n'est pas fait, puissé-je le fixer et partager ta couche?» A ces mots, 
la rougeur couvre les traits du jeune berger, qui ne connaît pas encore l'amour, 
et lui donne une grâce nouvelle ! Telle est la couleur des fruits exposés au 
soleil, celle de l'ivoire empourpré, ou l'éclat vermeil de la lune, lorsque 
l'airain sonore l'appelle en vain sur la terre. La Nymphe veut au moins obtenir 
un de ces baisers qu'une sœur reçoit de son frère. Déjà elle allait saisir le 
cou d'albâtre d'Hermaphrodite : «Cesse, ou je fuis, dit-il, et je te laisse seule 
en ces lieux. » Salmacis tremble : «Etranger, sois libre et maître de cet asile», 
répond-elle ; et elle feint de se retirer. Mais, sans détourner de lui ses regards, 
elle se cache dans un bosquet et s'y tient à genoux. L'enfant, avec la légèreté 
de son âge, persuadé que personne ne l'observe dans cette solitude, va et 
revient, baigne dans l'eau transparente la plante de ses pieds et les plonge 
jusqu'aux talons. Bientôt, séduit par la douce température de l'onde, il 
dépouille le fin tissu qui enveloppe son corps délicat. 

Salmacis tombe en extase devant les charmes qui la frappent et brûle 
d'une flamme qui étincelle dans ses yeux. Ainsi se réfléchit dans un miroir le 
disque brillant du soleil. A peine, dans son impatience, peut-elle voir différer 
son bonheur. Elle veut l'embrasser : elle ne maîtrise plus son délire. Herma- 
phrodite lui donne un coup léger et se précipite dans l'onde. Ses bras, qu'il 
agite tour à tour, brillent à travers le cristal des eaux, comme une statue 

94 




9 5 



d'ivoire ou des lis éblouissants sous le verre diaphane. «Je triomphe! Il est 
à moi ! » s'écrie la Naïade. A l'instant elle rejette ses vêtements, s'élance au 
milieu des flots, saisit Hermaphrodite qui résiste, et, malgré ses efforts, lui 
ravit des baisers. Ses mains jouent autour de sa poitrine, qu'il cherche en 
vain à lui dérober : elle l'enchaîne dans ses bras. Il a beau lutter pour se 
soustraire à ses embrassements, elle l'étreint comme le serpent enlace la 
tète et les pieds du roi des oiseaux qui l'emporte au haut des airs, et replie 
sa queue autour de ses ailes étendues. Tel le lierre embrasse le tronc d'un 
peuplier ; tel encore le polype saisit au fond de l'onde son ennemi, et l'enve- 
loppe tout entier dans ses flexibles lacets. Le petit-fils d'Atlas résiste et 
refuse à la Nymphe le bonheur qu'elle attend. Elle le presse, et, dans la 
plus vive étreinte, suspendue à son cou, elle s'écrie : « Tu résistes en vain, 
cruel, tu ne m'échapperas pas! Dieux, ordonnez que jamais rien ne le sépare 
de moi, ni ne me sépare de lui ! » Sa prière est exaucée. Leurs corps s'unissent 
et se confondent. Ainsi deux rameaux croissent sous la même écorce et 
grandissent ensemble. Hermaphrodite et la Nymphe, étroitement embrassés, 
ne sont plus deux corps distincts. Ils ont une double forme ; mais on ne peut 
les ranger ni parmi les femmes ni parmi les hommes. 




LE RUBAN 

EMPLOYÉ DANS LA 

MODE El LA COUTURE 

Ainsi que dans tous les autre*) 
arts de l 'habillement féminin 



CONTENANT 
Divers croquis combinés 
et exécutés à l'aide du 



R 



U 



B 



N 



LA MODE ET LE BON TON 



Ne me parlez plus de la Mode, j'en 
perds la tête car, après avoir vu tout ce que 
l'on peut voir dans ce sens purement 
technique, j'en reste ahurie, car, ô fait inex- 
plicable, pour la première fois de ma vie, je 
suis incapable de vous dire si la saison 
prochaine verra les bouffants ouïes draperies, 
ou bien encore le style " Belle Gabrielle " 
s'implanter chez nous. 

Et le plus drôle, c'est que la chose ne 
nous surprendrait pas si chaque femme que 
nous voyons était marquée d'une personnalité 
extraordinaire; nous penserions que c'est 
parce que chaque type veut ce qui lui va le 
mieux, et nous nous réjouirions de cette 
marque d'indépendance. Mais, justement, 
à aucune époque les femmes n'ont eu 
l'amour de s'habiller avec une uniformité 
aussi déconcertante !... Jamais, nous n'avons 
un même modèle reproduit avec une telle 
abondance, si bien que c'est à désespérer de 
la personnalité de la femme de 1922. Alors? 

Y a-t-il veulerie? 

Je ne le crois certes pas, attendu que 
toutes courent à l'entrée de la saison, 
disséquer chaque modèle chez le couturier 
ordinaire et chez les autres ; attendu que les 
malles de celles qui voyagent sont aussi 
nombreuses que parle passé. Alors? 

Il est indiscutable qu'après cette série de 
deux années où la mode n'a pas changé, 
le revirement se fera plus violent la saison 
prochaine. 

Mais dans quel sens? 

Les toilettes de Marion Delorme que 
porte M lle Sorel indiquent-elles la ligne 
vers laquelle pencheront les femmes, de 
préférence ? 



Les couturiers nous offrent un jeu de 
ceintures, puis de tabliers, puis de cols qui, 
avec les manches invraisemblables de 
fantaisie, laissent le champ libre à toutes les 
époques de la Mode, à tous les goûts. 

Après tout, les draperies grecques et 
romaines plaisent tellement et avec raison, 
qu'il se pourrait que nous en arrivions à 
nous vêtir exactement comme les Romaines 
ou plus simplement comme les Grecques... 

Mais, il y a le couturier, et dame ! le 
couturier compte pour beaucoup, car le 
simple n'est pas ce qu'il souhaite et la 
tendance de Poiret, en particulier, à nous 
montrer quelques corsages à basques et un 
peu cintrés sur une jupe bouffante, ne serait- 
ce pas l'indice que nous verrons plutôt des 
robes évoquant 1 880 ? 

Jamais, je crois, le plébiscite ne fut 
mieux souhaité. Qui le demandera ? 



On a voulu boycotter le Midi de la 
Méditerranée, on a eu tort. Du reste, la 
tentative a avorté car les hivernants sont 
nombreux sur toute la Côte; sans doute il 
y a davantage d'Anglais et d'Américains 
que de Français, mais n'importe, il y a foule 
dans les casinos, il n'y a pas place pour 
valser dans les salles de danse de 5 à 
7 heures, chaque soir, où que vous alliez. 
Tout en déplorant que l'hôtelier n'ait pas 
suffisamment pensé aux Français, il n'en est 
pas moins vrai que tout est plein, et que 
l'élégance s'y montre comme elle se montre 
partout à l'heure actuelle, sous l'apparence 
la plus simple; les formes ne changent pas 
et c'est seulement dans le détail que la veste 
se révèle modifiée, que la jupe montre un 
mouvement légèrement différent. 



98 



Je crois qu'il y a une tendance à porter 
beaucoup de couleurs pour le soir et sans 
doute pour les robes habillées que l'été nous 
demandera ; mais il faut reconnaître que 
pour le momçnt, il n'y a que du blanc et 
encore du blanc sur les routes de la Riviera 
et à Biarritz, où il devient chic d'aller 
passer le mois d'avril. 

Non seulement les jupes blanches plissées 
s'accompagnent de vestes blanches, mais 
encore le renard et l'hermine sont les 
compagnons indispensables de toute robe 
blanche, et c'est idéalement joli dans cette 
transparence lumineuse des promenades, 
ou sur le pont d'un bateau comme il 
nous a été donné de voir la jeune et 
charmante M me Hériot, alors que son 
yacht quittait le port de Cannes pour celui 
de Monte-Carlo. 

La comtesse deLenoncourt si jolie l'était 
plus encore, rencontrée à Beaulieu, dans un 
ensemble tout blanc, cape et toque en plumes 
d'oiseau blanc, enfoncée sur les yeux : 
une merveille ! 

Vous aimez peut-être les chapeaux 
"corail ô vous qui me lisez. Eh bien moi je 
ne les aime pas et je ne puis plus en voir 
un seul, tant j'en ai vus, mal portés, confec- 
tion de pacotille qui vous ferait prendre en 
horreur le modèle qui servit d'inspiration et 
qui valait très cher par son originalité et la 
beauté de ses matériaux ! 

Voyez avec quelle rapidité les femmes 
mal vêtues, portant des robes achetées 
toutes faites, ont sauté sur le chapeau 
" corail " ? Non, portez du vert Véronèse, 
du violet violent, mais ne portez plus de 
de chapeaux "corail" jusqu'à ce que ce ne 
soit plus la mode; alors, à cette époque, je 
vous verrai avec plaisir, coiffée de ce 
chapeau-fleur, rival des pavots du beau 
jardin de mes rêves ! 



Que de bals costumés nous avons eus 
cette année, mais si les uns se sont divertis 
à voir les " Entrées , quel amusement 
n'ont-ils pas eu ceux qui répétaient ces 
" Entrées" jusqu'à deux fois par jour ! 

On se réunissait après le dîner pour 
répéter ce que déjà deux heures auparavant 
on avait dansé, et le chic ou la bonne 
éducation, (les deux se touchent si réellement) 
voulait que même sans dîner en ville on ne 
revint qu'en robe du soir, les hommes en 
smoking : ainsi le veut l'élégance, car, à six 
heures du soir on est sensé rentrer pour se 
changer, et, fut-ce pour rester seule avec son 
mari ou son fils, pas une femme ne doit être 
autrement qu'en tenue du soir. A ce propos, 
il y a dans presque toutes les collections des 
modèles de manteaux de tulle ou de mousse- 
line de soie en couleurs, portables sur toutes 
les robes, qu'elles soient modernes à l'excès 
ou bien qu'il s'agisse de ces robes fondamen- 
tales dont les femmes élégantes possèdent 
par trois et quatre à la fois. Il fut un 
moment où le Japon ou l'Inde fournissaient 
à cette garde-robe spéciale. Aujourd'hui, 
c'est la Perse et le Maroc qui pourraient 
être la source de ces inspirations récentes. 

Si vous aviez pu voir M me de Vilmorin 
le jour du mariage de sa fille, vous auriez vu 
la plus belle mère de jeune mariée que nous 
puissions jamais voir ; tout, dans son attitude, 
dans sa toilette noire (quelle audace!) était 
une merveille et je souhaite à toutes celles 
qui marient leur fille ou leur fils, d'atteindre 
à une aussi parfaite élégance. Son petit 
chapeau , enveloppant la tête ; son voile 
passant sous le menton; tout, je vous le dis, 
était ce que nous pouvons dans nos jours de 
rêves, réaliser de plus heureux. Mais, voilà, 
qui peut prétendre à une aussi réelle 
élégance que M me de Vilmorin? 

Jeanne Ramon-Fernandez. 



99 



* 

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* 
4. 



4*4*4'4'4'4'4»4'4'4'4* 4* 4» 4* * 4* 



Explication des Planches Hors-Texée 

CONTENUES DANS LE NUMÉRO 3 

lanche 17. — Ce manteau réversible est fait en serge " motif s 
grillagés ". Tissu de Rodier. 

4* 

Planche 18. — Deux chapeaux de Camille Roger. L'un, 
en peau rode, est décoré de fruits et de feuillages peints ; le fond et l'aile sont 
de petits rubans roses. L'autre est fait de tubes de crin rose et de petits 




rubans roses. 



* 



Planche 19. — Une robe d'après-midi, de Paul Poiret. 



Planche 20. — Pendant les " Modèles " chez Madeleine Vionnet, 
composition de Thayaht. 

Planche 21. — De Wortb, une robe du soir en crêpe marocain avec 
un pan retroussé formant traîne. Une rose d'or a la ceinture. 

4* 

Planche 22. — Déshabillé, de Béer, en dentelle d'argent et 
mousseline de Soie. 

Planche 20". — Voici, de Jeanne Lanvin, une robe du soir en lamé 
argent voilé de dentelle d'argent. La ceinture est une torsade de cordelières 
pailletées et cloutées de roses argent et vert. Dans le dos, un petit mantelet 
de dentelle d'argent. 

Planche 24. — De Martial et Armand, un costume tailleur et un 
gilet en crêpe imprimé noir, rouge et bis. 



* 
4- 
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4» 
* 

4- 
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4- 
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4* 




L'ÉVEIL 

DU PRINTEMPS 

JN° 5 de la Gazette du Bon Ton. 



MANTEAU REVERSIBLE EN SERGE, 
"MOTIFS GRILLAGÉS", DE RODIER 



Année 1Q2*. — Planche ij 



I 



- = v<_ 





LASSITUDE 



DESHABILLE, DE BEER 



7° j de la Gazette du Bon Ton. 



Année 1Ç22. — Planche À 






LE RIDEAU D'ARGENT 



TAILLEUR, DE MARTIAL ET ARMAND 



JV° J de La Gazette au Bon Ton. 



Année 1922. — Planche 1 g 




PENDANT LES "MODÈLES" 

CHEZ MADELEINE VIONNET 



f° j de La Gazette du Bon Ton. 



Année 1922. — Planche 20 







ROBE DU SOIR, DE WORTH 



N° J de La Gazette du Bon Ton. 



Année J922. — Planche 21 








CONFIDENCES 

CHAPEAUX, DE CAMILLE ROGER' 4^ 



^SFE/? Jj 






' j 5c. la Gazelle Du Bon Ton. 






Année 192 



Planche 2 2 




QUE VOUS ETES BELLE, MAMANS- *" 

ROBE DU SOIR ET ROBE D'ENFANT, DE JEANNE LAN VIN \*b 




V° J de la Gazette du Bon Ton. 



Année 1922. — Planche 25 




VOILA LE PRINTEMPS S "' *<*, 2 



\* 



ROBE D'APRÈS-MIDI, DE PAUL POIRET 




#° j de La Gazette du Bon Ton 






Année 1Ç22. — Planche 24 




N° 5 de La Gazette du Bon Ton. 



Année 1922. — Croquii N° XVII 




JV° 5 de La Gazette du Bon Ton. 



Année 1922. — CroquU N° XVII 







N° 5 de La Gazette du Bon Ton. 



Année 1922. — Croqult N° XIX 




N° 3 de la Gazette du Bon Ton. 



Année 1922. — Croqu'u N° XX 







N° y de la Gazette du Bon Ton. 



Année 1922. — CroquU N° XXI 



N° j de la Gazette du Bon Ton. 




Année 191t. — Croauié N° XXII 



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N° 3 de la Gazelle du Bon Ton. 



Année 1922. — CroquU N° XXI P 



Y 97? V\W 




L y a celles qui se promènent dans les rues en récianian 
le vote pour les femmes, celles qui crèvent les toiles dans- 
musées, celles qui tarabustent Ai. Lloyd George ou qui 
s'obstinent à mourir de faim lorsqu'on les met en prison. 
Mais je n'insisterai pas sur cette catégorie de féministes. 
Espiègles, mutines, gracieuses, elles ont, les belles petites, 
mille qualités. On ne peut dire néanmoins qu'elles président 
aux destinées de la mode, et seule ici la mode nous intéresse. 
L/ avouer ai-je, pour ma part, ;e réserve mes préférences aux 
dames qui se bornent à traduire par le costume leurs goûts et 
leurs sentiments. L'espèce n'est pas nouvelle, et déjà sur la 
scène quelques féministes audacieuses, des féministes avant la 
lettre, témoignaient de leur zèle en paraissant déguisées en 
troubadours, en petits pages ou en princes charmants. Est-ce 



Copyright JJÏay 1922, by Lucien Vogel, Paria. 




à elles que nous devons de 

voir nos contemporaines 

adopter une mise qui de plus 

en plus se rapproche de la 

nôtre ? 11 est certain que de 

ce côté elles paraissent avoir 

une inclination assez forte et 

que du théâtre les ajus- 
tements virils ont tendance 

à se répandre dans la vie 

courante. 

Cela commença, si je ne 

m'abuse, parles pyjamas. Tandis que les hommes endossaient 

la robe de chambre, les femmes s'habillaient en pierrots. 

IVLon Dieu ! qu'au début ces transformations nous réservèrent 

de surprises et comme il apparut qu'on pouvait aisément 
tromper son monde, les unes à l'impro- 
viste révélant des appas inconnus, les 
autres tout à coup diminuant des deux 
tiers. Quels que fussent les résultats, 
toutes au surplus se montrèrent enchan- 
tées, ravies, au point que certaines 
élégantes entreprirent de recevoir chez 
elles en pantalons de soie. Je dis ce que 
j'ai vu. Le piquant, le fin du fin eût 
évidemment consisté à se montrer en 
plein air avec ces mêmes pantalons. Cela 
n'allait pas sans quelques difficultés. On 
s'observait, l'on se concertait. Finalement 
on choisit un moyen terme, on opta pour 
o la culotte. Là encore 





$0tH 

cependant il fallait un prétexte 
et comme il n y avait pas appa- 
rence que sans motif on gut du 
jour au lendemain s'exhiber en 
travesti, on inventa les exercices 
en plein air. 

Car, n'est-ce pas, inutile 
de venir nous raconter que les 
mœurs déterminent les modes. 
Rien de plus faux. Si l'on 
observe les choses d'un œil 
attentif et l'esprit dégagé des 

superstitions courantes, il est visible au contraire que ce sont les 

modes qui font les mœurs. L'exemple qui nous occupe en est 

une preuve certaine, irréfutable, et nul ne me persuadera que 

le ski et le bobsleigh ne doivent pas leur succès à ce que 

précisément ils offrent aux femmes une 

occasion magnifique de se déguiser en 

hommes. Pourquoi les Anglo-Saxonnes, 

Ecossaises ou Canadiennes, viendraient- 
elles jusqu'à Saint-Moritz — Dieu sait 

que dans leurs pays elles auraient le 

moyen de s'ébattre ! — si en Europe 

on ne leur donnait la permission de 

porter culotte alors que là-bas justement 

on le leur interdit? D'aucuns ont trouvé 

là matière à scandale. J'avoue ne pas 

être de leur avis. Elles étaient gentilles, 

ces dames que je vis à Saint-iMoritz, 

avec leurs bas, leurs bottes, leurs vestes 

de sportman, offrant je ne sais quoi de 

io3 





pimpant, de fringant, de cavalier. Puis quelle attention 
gracieuse à notre égard, quelle aimable flatterie que celle qui 
consiste à nous imiter ainsi en toutes choses. Car, il n'y a pas à 
dire, pour être dans la note, il faut que tout soit masculin depuis 
les gants et le chapeau jusqu'au mouchoir, au linge, aux tissus. 
De même lorsqu'on monte à cheval, il importe aujourd'hui 
de monter à califourchon, et cela malgré les périls auxquels 
on s'expose. Mais, cette fois encore l'occasion était trop belle 
de se montrer en culotte. J'ai vu que M lle Fanny Heldy récla- 
mait sa licence de jockey. On aurait bien tort de la lui refuser. 
J'ai lu également qu'une vieille Américaine, M me Aima White 
s'était muée en évêque. Il est vrai qu'il s'agit ici d'un autre genre 
de sport et que M me White est en même temps prêtresse et 
fondatrice de la religion nouvelle. Je pense qu'elle aussi doit 
porter culotte. Et si l'on me demandait l'origine, le motif réel de 
cette passion pour les culottes, je répondrais en fin de compte 
que je n'en sais rien, mais que lorsque les gens ont envie de 
marcher la tête en bas et les pieds en l'air, il faut se garder de 
les contrarier si l'on ne veut pas être traité d'ivrogne ou 
risquer de finir ses jours enfermé dans une maison de fous. 

Roger BOUTET DE M.ONVEL. 




104 




peaux 



D E 



CAMILLE 



ROGER 



Tne tête mille fois chère, coiffée à la mode comme je 
l'aime c'est-à-dire par un coup de ciseaux tout autour 
et les cheveux courts, bouffants, ondes, bouclés indéfrisa- 
blement, c'est merveille que cela puisse entrer en des chapeaux 
si petits, la vérité est que cela y entre. Le moindre miroir où 
se réfléchit, gracieusement renversé, le buste, et le chapeau 
prestement enlevé des deux mains... on ne sait comment cela 
s'est fait. En moins de temps, certes, qu'il n'en faut pour 
l'écrire le tour a été joué. 



io5 




On ne se lasserait pas 
d'assister à ces tours dépasse- 
passe de l'ingénieuse beauté. 
Pour moi, mon plus grand 
plaisir est devoir essayer tous 
ces jolis chapeaux; mon plus 
il amer regret est de ne pouvoir 

JL les essayer moi-même. 

Ij Magasins entresols des 

| // modistes parisiens, je vous 
'U aime ! D'autres aiment les 
M^ dancings, je ne sais. J'aime 
les salons où tout autour et 
au milieu, sur des tables, 
poussent sur des supports de différentes hauteurs ces 
fleurs, merveilles d'ingéniosité et de délicatesse qu'on 
nomme : chapeaux. 

Au milieu de tant de couvre-chefs, positivement je perds 
la tête. Bientôt, tous ces jolis chapeaux qui m'entourent 
me semblent non plus inertes et immo- 
biles mais tressaillants sur leurs 
supports, doucement agités comme ces 
magots chinois, vous 
savez, qui remuent 
perpétuellement la tête. 
Environné de plumes, 
d'ailes, je me crois je 
ne sais où... en quelle 
république d'oiseaux? 
Je me sens devenu très 
raffiné , supérieurement 









intelligent. Ayant cessé d'être le 
masculin grossier qui n'entendait 
rien aux choses de la mode, voilà 
qu'un goût tout nouveau naît en 
moi. Avec une lucidité comme celle 
qu'on a parfois dans les rêves, je 
perçois, par exemple, ce qui fait 
l'originalité de ce chapeau en taffe- 
tas coulissé tendu sur trois cercles 
de laiton. 
Cinq minutes plus tôt, j'aurais confondu dans la même 
banale admiration de 
commande ces trois cha- 
peaux en picot, pourtant 
bien différents. L'un est 
garni d'une écharpe en 
paille de riz, le second 
d'une écharpe en petits 
rubans du même ton 
^lég^Ée. La troisième 
ârpe est simplement, 
autour de la calotte, 
^geau de chamois 
p.5||3^^%^celle dont votre 
l||rde chambre se sert 
our faire briller l'argen- 
terie. 

C'est nouveau et char- 
mant. Ce petit chapeau 
vert et noir, depuis ma 
récente et mystérieuse 




initiation je vois bien qu'il est composé d'un bord roulé en 
tubes de crin vert jade surmonté d'une calotte en tulle noir 
laissant transparaître les cheveux blonds. Garni sur le côté 
d'une grappe de raisin vert, et un voile (de tulle noir comme 
la calotte) retombant sur le visage... n'est-ce pas exactement 
comme si vous voyiez de vos yeux ce chapeau ? 

J'aimerai toujours les chapeaux des femmes, ces jolies 
œuvres d'art si délicates, si fraîchement imaginées, qui valent 
bien les autres œuvres d'art. Vif autant que celui que leur 
vouent les femmes, je prétends que mon culte est plus vrai, 
étant désintéressé; car moi, après tout, ces chapeaux je ne les 
mets pas sur ma tête. Bien plutôt, rare amateur, ai-je envie, 
en une galerie comme de tableaux aménagée tout exprès, de 
réunir pour le pur amour de l'art la plus belle collection 
de chapeaux. 

de Vaudreuil. 




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y^J^-J 




M 



ORT 

DE 



LaD 




ANSE 



/^\n danse moins. On le répète et je le 
^^ crois. Je le vois bien d'ailleurs. On 
danse moins. Cela me donne un peu 
d'ennui. Je n'ai jamais dansé mais j'aimais 
bien qu'on dansât. 

— Quel agrément pouvez-vous 
prendre à un plaisir auquel vous ne 
participez pas ? 

On m'a souvent posé cette question 
naïve. Les gens qui m'interrogeaient ainsi 
oubliaient que cette fête des yeux est 
l'une des plus établies que les hommes se 
soient données de tous les temps. Un 
jour ils ont cru qu'il était plus enivrant 
d'entrer dans la danse. Un frisson les 
secouaient, qu'ils réglèrent selon 
des rythmes imprévus. Ils dan- 
sèrent et ne regardèrent plus 
danser. Moi, pourtant, je savais 
où était le vrai plaisir. Je ne 
m'abusais pas sur cette fièvre. 
Je n'appris aucun des pas que, 
docilement, tous mes contem- 
porains, apprenaient d'un maître 



109 



£^r 








de danses comme d'un caporal au régiment 
(Une!... Deux!... Une î... Deux!...) 
Je n'acceptais pas la discipline des bals, 
la concurrence des beaux jeunes hommes 
venus d'Argentine ou de Puteaux pour 
I appliquer leur torse arqué sur les femmes 
dociles et leur joue brune sur les visages 
parfumés. Non. Mais je vins m'asseoir 
souvent dans les lieux où l'on dansait. 
C'étaient comme des serres chaudes où 
s'entremêlaient des fleurs tropicales et 
multicolores, où montaient des parfums 
écœurants, où des cantilènes surprenantes 
vous tournaient la tète. Ils ne pensaient 
plus, en dansant. Et moi, que de fois j'ai 
oublié, en les regardant danser, la boue 
de la rue, la fuite du temps, et mon pauvre 
instinct... 

Eh quoi? tout cela va finir? Je le 
sens. On n'a pas besoin de me l'écrire. 
Les corps sont las. Cette petite fille au 
sang bleu qui, la première, devant les trois 
| 1/ maharadjahs, les quinze bijoutiers, les 

trente jockeys et les quatre cents ban- 
quiers de Deauville, fit frissonner sa 



chemise de soie pâle en cet été de 1920, 
cette petite fille, divorcée, s'est assagie. 
Elle a entraîné bien des ivresses dans sa 
retraite. Les autres sont comme les 
abeilles d'une ruche lorsque la reine est 
tuée ; elles s'agitent mais avec un abandon 
qui sent la fin : on retrouvera bientôt 
immobiles leur taille mince, leurs hanches 
souples et leur ventre d'or. Parfois pour- 
tant, aux heures crépusculaires, ou au 
vide de la nuit, je pénètre encore dans 
ces lieux d'oubli. Naguère je m'y laissais 
envahir, dès l'entrée, de sons, de couleurs, 
de lignes mouvantes, comme de chaleur en 
un hammam. Cela me suffoquait délicieu- 
sement : le nègre par sa flûte liquide, 
l'hawaïen par sa tremblante guitare, 
tous les sorciers de l'endroit m'enivraient 
soudain des mystères de leurs pays. Les 
noirs m'enveloppaient de longs morceaux 
arrachés aux nuits congolaises ; le jaune 
insulaire me caressait les nerfs avec ses 
doigts d'acier, et d'autres, accourus en 
renfort, je ne sais d'où, m'achevaient 
avec de sombres morceaux, où rôdait la 
passion. Puis je voyais tourner les 
couples comme des spirales de fumée. 
Ils s'enlaçaient, se détachaient, les mains 
blanches sur l'étoffe brune des dos, les 
visages graves attendant de cette agi- 
tation languide ou furieuse une ivresse 
d'oubli. . i 

Tandis que maintenant ? Tout 
cela s'anémie. Il me semble que les 
genoux tremblent, fatigués, et que le 
son sort de la flûte en traînant — 
filet d'eau qui va se tarir... Une 




















flhiMJ 



JB i*A*' 






torpeur a saisi toutes ces maisons. 
D'aucuns se méfient, les désertent 
et s'en vont comme ces voyageurs ins- 
pirés qui quittent la ville avant que 
la terre ait tremblé. J'y retourne pour- 
tant. Où donc irai-je, les heures où 
je ne veux plus penser et où mes yeux 
ne souhaitent rien voir d'autre que ces 
hanches mouvantes, ces ventres offerts, 
ces nuques flexibles. J'y cantonne. Je 
regarde fixement les nègres qui secouent 
leurs chants grésillants au fond de 
leurs instruments et je m'abandonne 
aux russes qui exhalent sur de tendres 
violons leurs complaintes d'exil. Je 
respire comme un air endormeur, dans 
ces lieux, si fiévreux naguère. Un soir, 
j'ai peur qu'un froid nous glace tous : 
les nègres achèveront lentement leur 
tam-tam comme un phonographe épuisé, 
puis se tairont debout, endormis. Les 
couples disparaîtront comme des ombres 
dans la lumière bleue des fumées, et 
les mélodies, lasses de nous, seront rentrées 
chez elles, dans les Amériques et dans les îles 
chaudes, sur les ailes du vent. Alors je verrai 
la Danse, morte sur le parquet brillant, toute 
ployée et ses longues épaules nues déjà froides 
sous sa robe de voile blanc. 

Gérard Bauër. 




DU BIJOU UNIQUE 

OU VOYAGE DU SOLITAIRE 



O'iL est un mot affreux pour désigner un bijou, c'est bien 
celui de Solitaire. Solitaire, le gros diamant qu'une femme 
à la mode est tenue depuis quelques années d'avoir à son doigt. 
On a un solitaire comme on a un chapeau et une femme a l'im- 
pression qu'elle est dévêtue quand sa main n'est pas complétée 
par l'éclat de son diamant. Mais, tout de même, on aimerait 
bien, de temps en temps, que ce bijou ne fût pas immeuble par 
destination. Notre époque est trop enragée de changements, 
presque de métamorphoses, pour qu'on se résigne à voir tou- 
jours à la même place la même tache ou le même reflet. On 
aurait porté presque en même temps des jupes courtes et des 
robes longues, des robes chemise et des paniers, de grands 
chapeaux et de minuscules, et on aurait toujours le même 
bijou, le Solitaire I Affreuse destinée et désolante monotonie. 



Comment l'éviter ? Tout est si cher et la Bourse 
mauvaise tenue. /^fc? 



ls--si 





}Ç Jx^-^r Tîl Mais il serait mutile d'être une femme à 

/^W^O^ la mode si on n'avait pas assez d'imagina- 
( *~~{@' 455^>0\ t ^ on P our utiliser et transformer ce qu'on a. 
La voilà bien la métamorphose I Puisque, 
grâce au platine, on peut faire les montures 
les plus subtiles et les plus variées, il ne 
s'agit que d'inventer et on invente. 

A peu de frais d'ailleurs, si on le veut. 
Sur un ruban passe un coulant, avec le 
logement d'une monture à vis ou à 
baïonnette. Il suffira d'y mettre le brillant 
de la bague dont le chaton aura été, lui 

aussi, démontable et muni du même pas de vis. On pourra le 

porter alors en bracelet, en ferronnière, au cou, suivant son 

âge, sa toilette ou son goût. Si le ruban de soie est trop facile, 

trop pauvre, on peut le remplacer par un ruban de perles, des 

lignes de saphirs, d'émeraudes, de rubis. 
Si l'on aime que ce brillant soit 

mobile et que ses feux agités aient plus de 

vivacité encore, on peut le suspendre sur 

le front, ou au bas du cou. Enfin si l'on 

veut avoir l'air de n'y attacher qu'une 

faible importance, on le monte sur une 

épingle et on en attache son corsage ou les 

draperies de sa jupe, dans ces robes de 

crêpes souples qui semblent drapées et 

épinglées sur les femmes. Et c'est là 

surtout que l'imagination s'en donne. 

L'épingle droite, évidemment ! mais c'est 

banal, avec le brillant au centre. Celle-ci, 

qui est très sport, le met aux deux tiers 




1 14 




d'une grosse épingle anglaise, comme les dents de 

cerfs qui nouent sa cravate, pour les laisser- 

courre de Chantilly ou de Rambouillet. C et te autre, 

plus absolue, le mettra au bout de l'épingle, comme une 
grosse tête bien solide. Celle-là enfin plus capricieuse et plus 

subtile donnera à son épingle une forme 
souple et curviligne : on se demandera 
comment elle retient l'étoffe et si c'est 
bien prudent de confier à un aussi 
fragile lien une pierre d'une telle valeur. 
Toutes les combinaisons peuvent se faire 
dans cet ordre d'idées, pourvu qu'on 
arrive à varier son bijou, qu'on parvienne 
à lui enlever cet aspect de richesse fixe, 
d'étalon de fortune, de gain rapide ou 
d'économies patiemment accumulées, 
qui est si déplaisant dans les bijoux où 
la pierre seule entre pour sa valeur. 

Et le diamant, naguère immuable, 
indiscrètement se promène des mains au front, à la gorge, 
aux hanches. Il a cessé d'être ennuyeux ; la femme lui est 
reconnaissante de l'aider ainsi à renouveler son aspect, sa 
séduction, sa vanité. « Je ne vous connaissais pas ce bijou, 
chère amie. » 

Des souvenirs nouveaux s'attachent à lui. On ne retire 
pas une bague. Il faut bien enlever une épingle, fût -elle 
solitaire. 

Robert LlNZELER. 





ARMORIAL 

DES 

Écrivains Français 

7 

PAR JEAN DE BONNEFON 

Dessins de GASTON JOUBERT DE BUSSY 



«w««««««w 



QUELQUES POÈTES 

[ A Hongrie, qui a offert au pays de France de beaux maréckaux, nous a 
peut-être donné un des ancêtres de la poésie moderne. Pierre de Ronsard, 
né à la P oissonnière près de Vendôme, descendait-il du margrave ou marquis de 
Ronsard, qui vint du Danube lointain servir Philippe VI contre 1 Angleterre ? 
Claude Bmet et au Perron 1 affirment. Jin tout cas, celui qui a le mieux mêlé 
le grec et le latin au verbe de Xrance était gentilhomme et portait " de sable à 
trois rosses d argent, nageants d argent 1 un sur 1 autre. Or les Ross sont poissons 
du Danube, et les rosses de Ronsard lurent alliées aux plus illustres maisons, 
aux iVLontmorency, aux .Deuil, aux Craon, aux la Trémoïlle, aux du Bouchage, 
aux .Bourbon même. XVt cette lamille porta cent ans bannière, cent ans civière, 
comme son poète qui connut la très belle Iortune et les très glorieux malheurs 
littéraires. 

Plus calme, François de xVlalherbe, fils d un conseiller normand, compagnon 
du bon roi Henri, héros de pensions et de gratifications, pédagogue de la Cour 
et père la Lmxure selon le dire des dames, notre JVialherbe avait de très 
belles armes, d hermine à six roses de gueules. 



Oon admirateur, Boileau des Préaux, fils 
de grenier, laux descendant d Etienne Boileau, 
prévôt de xans, appartenait à cette bourgeoisie 
qui naît la noblesse jusqu à vouloir y entrer. Cette 
infortunée victime du bec d un dindon eut le 
ridicule d être correspondant de guerre, comme 
on dit aujourd nui, kistoriograplae des armées, 
comme on disait jadis, ibon écu s inscrit à 1 armoriai 
de 1 Ile-de-France, " de gueules, au chevron 
d argent accompagné de trois molettes d or. 

Autre seigneur de robe, mais de noblesse 
régulière, JVjl. ijcarron est le prédécesseur légitime 
de .Louis .XI V dans 1 ennui prodigué par t rançoise 
d Aubigné, la Iuture JVLaintenon. 11 lut trompé 
par le jeune Villarceaux dans une chambre prêtée 
par jSImon de .Lenclos, mais mourut sans rien 
connaître de son malheur et s en lut dormir à 
jamais sous la dalle gravée d azur à la bande 
brettée et contrebrettée d or. 

Si ibcarron lut le poète solitaire, les JJorat 
sont par contre les innombrables dans la médio- 
crité : nous avons le JJorat limousin du 
XVI e siècle, prolesseur de Jxonsard au collège 
Ooqueret, poète royal de Charles JLX_, prolesseur 
de grec au Collège de France. Ce premier Dorât 
est le père de Louis JJorat qui, à dix ans, 
composait un poème épique de d.ooo vers puis 
disparaissait et de .Madeleine JJorat, marraine 
des femmes de lettres sans talent. 



117 





MALHERBE 







^^■m 




SCARRON 




LES DORAT 




LES CHÉNIER 



Au XVIII siècle, le nom reparaît en la 
personne du parisien Dorât auteur de mille riens, 
poète de la Involité, siffleur et persifleur, pro- 
fesseur léger d élégance, qui mourut sur une ckaise 
longue, coiffé, poudré, kabiflé de rose et disant au 
prêtre qui voulait le confesser : "xi, JVlonsieur, 
vous me prenez pour un indiscret, capable de 
conter sa vie au moment de la perdre! 

JL ous ces J_)orat, d autres encore plus obscurs 
portaient de gueules, à trois croix ancrées d or. 

xar le petit pont de 1 écbalaud nous passons 
du XVIII e siècle aux temps modernes et nous nous 
keurtons aux deux Ckénier, celui qui lut royaliste 
et qui en mourut; celui qui lut régicide, conven- 
tionnel et accusé d avoir désiré 1 exécution de son 
frère. Les deux Ckénier, André-Marie et JMLarie- 
Josepk-Blaise étaient fils de Louis de Ckénier, 
ckargé d affaires de £ rance en Xurquie et au 
JMaroc. Nés à Constantinople, ils passèrent leur 
enfance dans le brûlant Languedoc, avec leur 
mère, la kelle Grecque iSanti 1 Homaka. Ces 
jeunes nommes promis à la gloire et donnés 
aux révolutions avaient des armes reckerckées et 
compliquées : " d argent au ckevron de gueules, 
accompagné en ckel de deux branckes de ckêne de 
smople et en pointe, d un lévrier courant de sable. 



Lies Ckénier cackaient leur noblesse autant 
que -Ml. de V igny 1 étalait, la faisait jouer 
et l'enflait. 



u8 



Gentilhomme de Jjeauce, sans titre, Vigny 
se donna du comte dès 1 enlance. 11 voulait même 
être le martyr de sa couronne et racontait, selon 
1 affreux Ratisbonne, cette histoire : Au collège 
il était persécuté par ses camarades : ' Tu as un de 
à ton nom. Es-tu noble : Et Vigny répondait : 
Je le suis ! 11 exagérait à peine. C-ar il avait 
de jolies armes : d argent à un écusson d azur en 
abîme, chargé d une lasce d or, accompagné en 
chel d une merlette d or et en pointe d une merlette 
encore d or entre deux coquilles d argent, le dit 
écusson cantonné de quatre lions de gueules. 
(_,et équipage kéraldique allait bien au poète 
qui s élevait le plus haut sur des ailes molles. 

D une noblesse à peu près égale, Allred 
de .Alusset avait une date certaine d anoblisse- 
ment : iodo. Il portait " d azur à 1 épervier d or, 
chaperonné, longé, perché de gueules. 

t ils de JM-usset-x athay, prolesseur de tout, 
Allred était le très incertain cousin du laux mar- 
quis de JViusset-V^ogners, qui lit de 1 archéologie 
romantique et romanesque et eut le mérite de 
mettre à la mode la (chanson de Jxoland. 

^ 4. 

JV1. de JLamartine était aussi comte que 
Vigny et JMusset. Fils d un capitaine de chevau- 
légers et de -M. e Alix des Roys, le grand poète 
avait des prétentions héraldiques toujours élevées 
mais vagues et nuageuses comme sa politique. 11 
mettait sur ses châteaux des écussons variés et 





LAMARTINE 



1X9 




JOSE - MARIA 
DE HEREDIA 




HENRI DE REGNIER 



des créneaux laits de trois briques. Une dotation 
impériale de 5oo.ooo francs chargea d une lourde 
humiliation 1 écu du libéral Lamartine ainsi réglé : 
de gueules à deux cotices d or accompagnées en 
cœur d un trèfle d or. ' L obscure et fantaisiste 
devise, Accordisse de la martine ' , pourrait être 
remplacée par ce juste cri : Grandeur et défaillance! 

Après .Lamartine, il faudrait choisir parmi 
les contemporains. JS/Lsàs ils sont trop. Puis 
beaucoup de poètes tombent dans la prose et nous 
trouverons ailleurs ces noms à deux laces. On 
peut noblement fermer le chapitre des poètes 
par les noms de J osé-Atana de Heredia, conquis- 
tador espagnol tombé merveilleusement dans la 
civilisation Irançaise, et de JbLenri de Régnier 
qui interprète avec génie 1 émotion des âmes et 
des paysages. Lomme sa vie, comme son œuvre, 
1 écu d JbLenri de Jvégnier a 1 élégance discrète 
des choses vraies. 11 ne s étale ni sur les meubles, 
ni sur les portraits. 11 se lit dans 1 ombre favo- 
rable d une bibliothèque : d or au sautoir de 
gueules cantonné de quatre merlettes de sable. 

Ainsi sont armés les poètes de France. 



Je BONNEFON. 



// faut avoir tout l'eéprit de \la Prin- 
ceaôe L. Murât pour 4e coiffer de 
celte façon " parlante " , al je pu'u 
dire. Il t'y trouve pour qui âait lire, 
De la ligne dané L'enéemb'le, du 




CL 



claôâlque dan*) le* rouleaux deé côté*; 
et oui*, regardez bien : cette petite 
èche à droite, n'eél-ce pa* l'Indication 
d'une Indépendance abôolue, d'un 
"je m enficb'ume " ducret el charmant. 



eveux 



Pomme elle est belle ! Ses cheveux merveilleux la coiffent 
tel un casque d'or ! " 

Une forêt de cheveux noirs encadre son visage ". 
Ou bien, ces vers admirables de Baudelaire : 

J'irai la-ba<t oh L'arbre et L'homme pleine de éève 
Se pâment Longuement tous L'ardeur deé ctlmaU. 
Forleé tre<i<seà àoyez La boute qui m'enLace 
Tu contiens, mer d'ébène, un éblouiààant rêve 
De vo'deà, de rameur*, de fiainmeà et de mâb. 

Plus brièvement, Mallarmé traitait l'être aimé, de : 

Blonde dont les coiffeurs dont de<* orfèvre*}!.,. 





CttU 




1ère de masser leà 


cbev 


ux est de 


y an te 


au visage 


de la Comtesse 


E. 


de Beau 


mont. 


Nutl 


e agressivité, un peu d'i 


ndiffe 


rence, mais tout 


cela 


d'un 


coup défait, en 




seconde, 


pour 


lais* 


rr la 


place à la coi fui 


•e en 


"téléphone"... 



Four mieux vo r, noir librement tout ce qu'elle 
regarde dans la Nature, Mademoiselle Alarie 
Laurencin ne supporte aucune entrave. Ses cheveux, 
elle les rejette en arrière, les porte courts et 
ne connaît plus l'ennui de se coiffer; un coup 
de brosse et c'est tout. 



On le voit, les poètes symbolistes I 
toison que le Ciel mit au front des femmi 
heureusement, si peu d'entre nous possèdenl 

Les uns prétendent que le fer ondul 
d'autres prétendent que la décoloration i 
est-il que la mode des beaux cheveux s 
davantage que sous le règne de la perru 

C'est l'amour croissant des sports qj 
non décolorés, non frisés, que l'on peut] 

Mais pour cela que de travail, que] 

Il faut les voir, nos contemporaines,! 
autour du lavabo occupant le milieu de lai 
manchotes, la tête échevelée entre les n 
pérorant sur les événements du jour, 
shampoing, celui de la friction, celui de S 
frisure électrique, mais... ce jour-là demi 

Quelques-unes ont déjà passé par li 
parce que c'est là, disent-elles, une frisi 
vagues larges que nous aimons. Du reste,! 




ient une importance considérable à la 
x d'aujourd'hui ont d'autres attirances, 

nt la chevelure inspiratrice. . . Pourquoi ? 
mit de brûler les plus belles toisons ; 

plus abondantes chevelures. Toujours 
assé, on ne s'en inquiétait plus ; pas 

| vivre le goût des cheveux bien à soi, 
it coiffer. 

! 

is ou quatre à la fois, chez le coiffeur, 
émergeant du peignoir blanc qui les fait 
!S jeunes filles chargées du traitement, 
es se connaissent ! fil y a le jour du 
celui de l'égalisation et enfin celui de la 
huis clos et deux heures de patience ! 
is dissuadent de recourir à ce moyen 
tive (ô Einstein !) ne donnant pas les 
isme est absolu, aussi, ce qu'il faut c'est 




Le col long, l'allure hautaine, fine et toupie, 
la Baronne de Wendel ae coiffe souvent ainéi, 
aoec un chignon haut, pointu, et le front dégagé, 
cependant aux oreillea de magnifique,) brillante. 



® 



Quand on eat dotée comme la Ducheaae de 
Cruaôol de la plut belle chevelure qui toit, on. 
de coiffe comme JHarty nout l'Indique ici, 
ceal-à-dlre : on lalaae retomber aimplement 
aea bouclea qui, onduléed, encadrent le vidage 
d'une moticae d'or. 




se connaître, s'étudier, afin, pour répondre à ce goût d'intel- 
lectualisme poussé à l'extrême, et afin suivant le poète de 
" n'être ni tout à fait la même ni tout à fait une autre". Ainsi, 
joignant la littérature à la coquetterie, on se coiffera suivant 
le milieu dans lequel on se trouvera, suivant l'état d'esprit 
accompagnant la toilette que l'on porte. On a disposé les 
marteaux sous un Longhi de velours noir. On a évoqué 
Salammbô sous le casque de pierreries, un soir d'Opéra; et 
l'artiste parfois retrouvera en nous Béatrice d'Esté ou 
Madeleine de Van Eyck ! Et ainsi, tour à tour, telles que 
nous sommes ou telles que l'on peut nous rêver, nous appa- 
raîtrons sans cesse renouvelées, séduisantes ou redoutées, 
mais à coup sûr à la recherche toujours d'un bonheur plus 
parfait, puisqu'à chacune de ces métamorphoses ce sera la 
beauté d'un recommencement ! 

J. R.-F. 



Seulà deô yeux auédi beau 
expretàifi que ceux de la Ducb< 
de Gramont permettront de de cal/fer 
ainéi, avec ccé acccnlô envab'uàant 




la joue et un bandeau descendant 
ni ut baà d'un côté dur le front. 
Le chignon baà eàt le àeul permit 
avec celte àouple abondance. 



124 




PORTRA I iT 

DE [g wwi' 

CAS AN O Va 



CE serait un bien bel homme, 
s'il n'était pas laid ! " lisons- 
nous dans les Mélangea du prince 
de Ligne. Il a laissé du célèbre 
aventurier une caricature étourdis- 
sante et sous le nom d'Aventuros, 
nous le montre retiré à Dux, 
bibliothécaire du comte de 
Waldstein, aigri, démodé, en proie 
aux railleries du domestique, vivant 
de ses souvenirs et arborant aux 
grands jours une parure surannée. 
Le personnage plaisait fort à ce 
grand seigneur inquiet, délicat et 
insatisfait. Il en goûtait la verve 
énorme, la faconde, les aventures 
truculentes. Casanova lui avait lu 
une partie (alors inédite) de ses 
Mémoires, il en fut charmé et l'image 
qu'il croqua sur le vif est aussi 
ressemblante que l'autre, le portrait 
dessiné et le seul authentique, une 
assez méchante gravure, frontispice 
de l' Icoàaméron, petit roman scienti- 
fique fort rare et fort ennuyeux. 
Le grand nez, le menton en galoche, 
l'œil vif sont assez de Pulcinella ou 
d'un oiseau malin et bavard. En 
interrogeant cette image (qu'un 
mauvais plaisant afficha dans les 
privés du château de Dux, à 
l'extrême fureur de notre philosophe) 
on cherche en vain à y retrouver les 
traits du séducteur dans la fleur de 
sa première jeunesse, alors que sa 
robustesse défiait la nature et 
triomphait même de Vénus ennemie. 






11 était grand, mince, très bien fait, noir de peau, l'air d'un More avec 
des yeux de feu et des paupières brûlées, le nez long, la bouche fine ; sans 
être joli, on peut croire qu'il avait cette grâce à la fois caressante et sauvage, 
ce ragoût bizarre qui asservit les femmes et auquel les plus fières ne savent 
pas résister. 

Imaginons-le avec ses vêtements couverts de dorures, sa frisure recher- 
chée, ses culottes collantes sur lesquelles retombent les breloques de ses deux 
montres, avec ses bagues innombrables (vraies ou fausses), ses boîtes et ses 
tabatières, étincelant comme un miroir aux alouettes. 

Sa sincérité aiderait à le faire absoudre ; s'il aimait qu'il soit pardonné ! 
Mais, dans ses Mémoires, dit-il toute la vérité? Aujourd'hui, cela ne paraît 
plus certain. Casanova n'a pas résisté au désir de parer ses faiblesses, de 
paraître sous un aspect avantageux. Assurément, il avoue corriger la fortune 
du jeu : jouer noblement, voilà comment il qualifie l'attitude du partenaire 
bénévole et qui se laisse plumer sans trop crier. Pour lui il aidait le hasard, 
bien mieux il tirait de fausses lettres de change pour se procurer l'argent 
nécessaire à ses bonnes fortunes. Généreux comme un voleur, l'expression 
ne fut jamais plus juste, et il faut voir dans son itinéraire à travers l'Europe 
une fuite perpétuelle devant la justice en éveil. Son magot dépensé, il 
allait chercher ailleurs des dupes nouvelles. 

Il était, on le sait, très aimable avec les vieilles dames, et la marquise 
d'Urfée laissa entre ses pattes noires et diamantées plus d'un million. Amour 
et magie noire 1 En lisant toutes les simagrées qu'il fit accomplir à cette folle, 
on est presque désarmé. La comédienne Silvia même, cette célèbre nymphe 
sur le retour dont il exalte les vertus en termes bucoliques ne lui fut pas 
cruelle, si nous en croyons certain rapport de police, exhumé de la cendre 
des greffes par M. Samaran : «Le sieur Casanova vit présentement aux 
dépens de la demoiselle Silvia qui l'entretient. » Pauvre Silvia 1 En même 




temps il cherchait à épouser la fille, cette délicieuse Manon Baletti, dont 
nous possédons les lettres les plus fines, les plus gentilles du monde. Le 
dénouement du roman est obscur. Manon sut-elle la vérité? Elle se maria 
avec un homme qu'elle n'aimait point, par raison, par dépit ou par désespoir. 
Enfin, devons-nous croire que Casanova, adolescent, eut pour ses nobles 
protecteurs des complaisances tout italiennes? Il s'est toujours défendu 
d'être un «chevalier de la manchette». Pourtant son aventure du séminaire 
est bien socratique, et aussi les louanges qu'il décerne à ces travestis 
hermaphrodites, scandaleux honneur de la scène romaine. On se demande 
pourquoi de bons vieux gentilshommes favorisèrent si constamment sa 
fortune naissante? Ce fut sans doute grâce aux ducats de M. de Bragadin 
que l'enfant terrible et cher put s'enfuir des plombs. Des casanovistes ont 

examiné le problème, et il résulte de l'étude des 
lieux que l'évasion, comme elle est racontée, fut 
impossible. En tous les cas, elle demeure un beau 
roman et qui suffirait à établir sa réputation. 
N'oublions pas les lettres à Opiz, brave 
savantasse allemand, écrites en français et 
récemment publiées à Leipzig. C'est le seul 
document qui nous permette de juger du style de 
Casanova, la maison Brockhaus, propriétaire 
du manuscrit, s'étant toujours refusée à laisser 
publier le texte intégral des Mémoire*, lequel a 
été revu, poli et adouci quelque peu. Cette 
correspondance copiée avec soin dans un superbe 





cahier, lettres et réponses, est écrite dans un français à l'italienne, 
incorrect parfois, mais toujours savoureux. On y découvre l'âme même de 
notre aimable aigrefin, pointu, querelleur, vaniteux, philosophe et essayant, 
sans succès, de faire éditer par son honorable correspondant un ouvrage 
de lui, d'un placement difficile. 

Ce fut la raison de leur brouille. Cette bonne «tête cavilleuse d'Opiz», 
toute ronde assurément, avec de longues oreilles bien droites, se refusa à 
entreprendre une si dangereuse opération ; il en résulta des refus compli- 
menteurs et de doctes aigreurs de beaux esprits en colère qui, aujourd'hui 
encore, sont à mourir de rire. 

Qu'on ne juge pas ce portrait trop poussé au noir, notre aigrefin 
charmant avait des grâces caressantes, une éloquence parfois profonde, un 
cœur souvent volage, mais toujours compatissant et généreux, qui le font 
sinon absoudre, du moins souvent excuser. 

Personne comme lui ne sut mêler le vrai et le faux, l'absurde et le 
raisonnable, se parjurer avec tant de sensibilité ; sa faconde étourdissante 
ressemble parfois à de l'éloquence 
et sa facilité à du génie. Relisez 
les Mémoire*), les aventures lascives 
passent au second plan et l'homme 
se grandit avec ses théories étin- 
celantes comme des bagues, son 
amour de la vie sous toutes ses 
formes et sa sensibilité qui le place 
à côté de Restif, à l'ombre de 
Jean-Jacques. 

George Barbier. 




ia8 



»jj- 



^"^ 



-ffi 



COSTUMES 

TAILLEUR 

DE 

FANTAISIE 



ornée de colificheté : cola, cravate*, 

pliéééé, manchette*, 

cr'upin* et poignet* en organdina 

moiuàeUne, tulle et linon 



^©^ 



CONTENANT 
Huit Croquis de Tailleurs 

imaginés en des 
tissus de fantaisie nouveaux 




LA MODE ET LE BON TON 



^^ 



Où en est la mode avec ce temps qui 
nous empêche de goûter en paix ces premières 
heures charmantes du printemps, alors que 
la bourrasque vient d'emporter les fleurs 
exquises des pêchers et que la course préma- 
turée et bienfaisante dans le bois encore 
dépouillé nous est interdite. 

On n'avait qu'une idée ces jours derniers : 
regarder brûler le dernier feu, auquel nous 
demandions une tiédeur que le ciel nous 
refusait; aussi les thés furent-ils nombreux 
dans un salon très petit, où l'apparition de 
celles qui venaient d'assister aux séances du 
Muséum et du Collège de France nous 
rapportant leurs impressions, faisait une 
amusante diversion. On ne parlait que de 
relativité et de bien d'autres choses encore, 
auxquelles, avouons-le, la plupart d'entre 
nous ne comprenait rien. Mais peu importe, 
elles étaient si jolies à regarder ces femmes 
animées par un sujet passionnant, que pour 
nous qui n'avions qu'à regarder, nous y 
prenions un réel plaisir. 

A une réunion musicale, chez M me Mante- 
Rostang, j'ai aimé la Comtesse de 
Beauchamp, née Viggiano, si longue et si 
fine, dans une robe en crêpe mat, noir, si 
décolletée que l'on aurait pu croire à une 
robe du soir, sa tête très belle, coiffée du 
bonnet persan rejeté en arrière, (la forme 
nouvelle) orné d'un pompon de plume placé 
très haut devant. 

M me L. Klotz, la femme de l'ancien 
ministre, très jolie sous une toque emboîtant 
la tête exactement, sans aucune garniture 
qu'un biais de velours rouge en bordure : 
effet charmant, accompagnant une toilette 



noire également et également très décolletée. 

En noir encore et décolletée en rond, 
à un thé chez la princesse L. Murât, 
M me Simone, coiffée d'une toque à trois 
cornes drôlement piquée de trois pompons 
de deux tons : noir et rouge. La Comtesse 
E. de Beaumont en noir et la Comtesse 
J. de Luvbersac en noir, avec turban de 
satin et collier ancien fait d'une chaîne d'or, 
belle et nouvelle de par son ancienneté 
puisqu'elle remonte au xvi e siècle. 

Décidément, qui n'est pas en noir ? 

Une femme : la belle Duchesse de 
Gramont habillée de crêpe " bois de rose * 
avec jours grands et petits se perdant dans 
un manteau de zibeline ; ses beaux yeux à 
l'ombre d'un chapeau de paille brune, d'où 
retombait un voile de dentelle brune jusqu'à 
la taille. . , 

On dit que les femmes ne portent plus 
de gants ; c'est une erreur, seulement elles 
retirent ces gants dès qu'elles arrivent dans 
un salon et ne les remettent qu'en partant. 

On dit que les jupes sont plus longues ; 
on n'a pas tort, mais pour l'après-midi 
seulement, attendu que pour les courses du 
matin jamais on ne s'habilla plus court ni 
plus jeune. 

On dit que les robes n'ont plus de 
manches; on n'a pas tort. Bien entendu, 
toutes les robes ne sont pas toutes sans 
manches, mais souvent vous voyez entrer 
une femme bien emmitouflée dans une 
pelisse qui, si elle glisse de ses épaules, 
laisse le bras apparaître dans toute sa 
splendeur; car, disons-le, ce ne sont pas 



i3o 



celles qui ont un bras défectueux qui 
s'habillent ainsi, elles sont plus fines. Ces 
dernières ont remis à la mode la longue 
manche dite manche " florentine " de même 
qu'elles ont repris depuis un mois à peine 
le col enveloppant le cou et remontant vers 
le derrière de l'oreille. 

Je viens de vous dire ce que j'ai vu 
porter, mais si nous parlions un peu de ce que 
l'on va porter? Il est évidemment bien osé de 
vous dire : c est ceci qui se portera et non cela, 
attendu que c'est peut-être tout le contraire 
qui arrivera, mais il est intéressant de 
parler avec vous de cette fameuse mode de 
1890 dont un récent bal costumé a fait 
revivre les poufs et les coiffures posées sur 
le nez. Certain, d'entre les plus susceptibles 
de "sentir" ce qui va se faire, prétend que 
nous marchons insensiblement vers cette 
ligne... Elle rajeunissait, de fait, toutes 
celles qui la portaient, le soir du bal Terry, 
et si vous regardez bien dans quantité de 
détails de la mode actuelle, nous pourrions 
voir un mouvement, en effet, rappelant une 
partie de jupe ou de corsage de cette époque. 
Ici c'est une draperie, là c'est un montage 
de manche, et même le mouvement de 
pagne * qui est le contraire de ce qui fait 
le sujet de ce paragraphe, pourrait être 
justement le point de transition entre ces 
deux modes. . . qui sait ? 

En tous cas, à l'heure où j'écris ces 
lignes, on n'est qu'aux formes droites, 
transparentes, décolletées et sans manches 
le plus souvent. Le manteau est enveloppant, 
à ailes ou à pèlerine posée dans le dos 
seulement et non retombant par devant, 
distinction très importante. 

Et maintenant, si nous parlions un peu 
littérature ou peinture ? 



Je sais quelques charmantes femmes qui 
ne peuvent supporter ce genre de conversation 
et qui quitteraient la table plutôt que de 
donner leur avis sur la dernière exposition 
ou le dernier livre dont on parle. Cela est la 
réplique à l'autre genre de snobisme : celui 
qui consiste à savoir tout, à parler de tout, 
même de science, sans être le moins du 
monde au courant. Les deux manières sont 
excessives. 

Pourquoi avoir l'horreur de ce qui est 
intéressant, car enfin on ne peut éternellement 
danser ou jouer au golf, même quand on se 
pique d'être très " nature " ; il y a temps 
pour tout et il me semble que les belles 
choses sont aussi désirables que le parcours 
le plus parfait ou le pas le plus joli; il me 
semble qu'il n'y a pas l'ombre de pose à 
vouloir contempler de temps à autre La Cène 
de Léonard de Vinci, dont l'ordonnance vous 
satisfait complètement, et que la pose serait 
justement dans cette ostentation à ne regarder 
aucun des chefs-d'œuvre dont nos musées 
ou notre langue sont dotés. 

Si vous ne sortiez jamais, si vous ne 
viviez en aucune manière avec les gens de 
votre société, peut-être pourriez-vous ignorer 
ce qui se passe, mais comme les plus affolées 
de mondanités sont justement celles qui font 
fi de tout ce qui a été conçu par un artiste, 
il me paraît qu'il y a là actuellement un 
snobisme marqué et un illogisme absolu. Or, 
je suis reconnaissante aux femmes qui savent 
ce que je veux dire quand je parle du portrait 
de M me Gonse et ne rient pas quand je 
m'extasie sur la Colline en fleura de Renoir, 
car, si à l'heure actuelle, il s'en trouve encore 
quelques-unes qui n'ont pas vu l'exposition 
de " Cent ans de peinture française " je le 
regrette pour elles : elles se sont privées 
d'une grande joie. 

J.R.F. 




^ °%; 



* * 

* ExpKcation des Planches Hors -Texte + 

4* CONTENUES DANS LE NUMÉRO 4 4* 

4* * 

4- 

4. 

4* 
4< 



4- 



^ît*tittt^ 



IPI 



?«******«*; 



lanche 2 5. — Une robe Louù XV, faite dans un taffetas J* 
imprime', de Biancbini. Leà ruchers sont de rubans. 

+ + 

Planche 26. — Costume veston croisé, De Lus et Befve. 4* 

*»* Planche 27. — Voici un costume pour le tourisme aérien, créé par JU 

Madeleine Vionnel. 

4. 4. 

4* Planche 28. — De JVorlh, une robe du soir en lame, ornée de glands 4* 

de soie noire mêlée de diamants et de perles rouges. 



4* 



4* 



4* . . 4. 

Planche 29. — La robe d'après-midi, en crêpe, est de Béer ; et la 
4* tenue d'après-midi (veston bordé, gilet et guêtres de toile écrite, pantalon ,*. 

fantaisie foncé) est de Kriegck. 

+ * 4* 

*» Planche jo. — Robe d'après-midi et robe de jeune fille, de Jeanne *î* 

t Lanvin. La jaquette noire bordée est de Larsen. 

*r 4* 

4* 
4* _ 4» 

Planche ôi. — Voici, de Alarlial et Armand, une robe d'après- 
4, midi en salin " Frisson " , de Biancbini. j» 

* ♦ + 

Planche Z2. — Cette robe de foulard imprimé, de Paul Poiret, a des 
*v manches en crêpe georgelle, et une collerette et des manchettes en organdina 4* 

tuyauté. 

4- * 

4* 4* 4* 4* 4* *ï* 4* 4* *î* 4* 4* *J» *J« *J» *J» 4 e 



iJa 




LE COCU MAGNIFIQUE 

ROBE EN TAFFETAS IMPRIMÉ, DE BIANCHINI 



N° 4 de la Gazelle du Bon Ton. 



Année 102s. — Planche 25. 




"J'AI FAILLI ATTENDRE" 

COSTUME VESTON, DE LUS ET BEFVE 



N° 4 de La Gazette du Bon Ton. 



Année 1922. — Planche 26 





JHAYAMT.2 2 



L'ESSAYAGE A PARIS (CROYDON-BOURGET) 



COSTUME POUR TOURISME AERIEN, DE MADELEINE VIONNET 
Traversée a bord d'un avion de " l'Instone Air Line * 



V° 4 de la Gazette du Bon. Ton. 



Année 1922. — Planché 27 









%A 







QUI NE VOUS AIMERAIT? 

ROBE DU SOIR, DE WORTH 



N° 4 de la Gazette du Bon Ton. 



Année 1922. — Planche 2 h 




L'OFFRANDE DU POÈTE 



ou 



JE NE SAIS COMMENT VOUS REMERCIER'' 

ROBE D'APRÈS-MIDI, DE BEER 
VESTON BORDÉ, POUR L'APRÈS-MIDI, DE KRIEGCK 



N° 4 de La Gazette du Bon Ton. 



Année 1922. — Planche 29 



.i&t AN* 





LE TEMPS SE GATE 

ou 
' CELA N'ARRIVE QU'A MOI " ( * *•*•> kl **»j 



\ Hd 



ROBE D'APRÈS-MIDI ET ROBE DE JEUNE FILLE, DE JEANNEa 9L.NVIN 



JAQUETTE BORDEE, DE LARSEN 



% 



V* M+€> 



N° 4 de La Gazette du. Bon Ton, 



Année i Ç22 . — Planche j o 




LE BON ACCUEIL 

ROBE D'APRÈS-MIDI, DE MARTIAL ET ARMAND 



N° 4 de La Gazette du Bon Ton. 



Année 1922. — Planche ji 




LA BICHE APPRIVOISÉE 



ROBE, DE PAUL POIRET 



4 de. la Gazette du Boa Ton. 



Année 1922. — Planche 52 




N° 4 de La Gazette du Bon Ton. 



Année 1922. — Croqulô iV" XXt 




JV° 4 de la Gazette du Bon Ton. 



Année 1922. — Croquia N° XXV 













N° 4 de La Gazette du Bon Ton. 



Année 1922. — CroquL) N° XXV. 










' ■ 



A" 4 de La Gazelle du Bon Ton. 



Année ig22. — Croquiâ N° XXVIII 




N° 4 de la Gazelle du Bon Ton. 



Année 1022. — Croquu N° XXI 3 





N° 4 de La Gazette du Bon Ton. 



Année 1022. — Croqulé N° XX% 




N° 4 de la Gazette du Bon Ton. 



Année 1022. — Croqu'u N° XXXi 








Jf 6 4 de la Gazette 0u Bon Tod. 



Année ig22. — Croquiô N° XXXII 



&m 




DON JUAN 



"VTous fermerons les yeux pour écouter la musique de Mozart. Nous ne 
-*-^ voulons pas voir ces décors trop bêtes : faire chanter ce qui devrait 
être le « final au Trio-des-Masques » dans un décor d'Alhambra ! Peut-on 
supporter cela? Essayons aussi d'oublier cette vieille soirée si chère, entre 
l'Exposition et la Guerre, où, au Nouveau-Théâtre (maintenant Théâtre de 
Paris) M. me Lili Lehmann chanta Donna Anna avec une perfection et une 
pureté de style qui faisaient penser à Raphaël peignant Y École d'Atbeneà. 
Reynaldo Hahn dirigeait un petit orchestre réduit, et Don Juan ne 
s'appelait plus Don Juan, mais Don Giovanni. 

Fermons les yeux. Ecoutons M"" Balguerie dont la voix est si belle. 
C'est une Donna Anna jeune et fiévreuse, sans ce calme apparent que 
l'âge donnait à M me Lehmann. Le grand air de désespoir s'élève comme 
une architecture de flammes. N'osera-t-on jamais, dans un théâtre subven- 
tionné, représenter Don Juan en italien ? Le français impose, à cette musique 
sublime, je ne sais quelle froideur, quelle précision qui justifieraient presque 
ceux que Don Juan ennuie. 

Croyez-vous cela possible, mon Amie ? Il y a des mortels qui peuvent 
écouter sans émotion ces ensembles prodigieux I Pour moi, il me semble 



i33 



Copyright Jane 1922, by Lucien Vogel, Paria 



entendre les personnages de Watteau. Ils 
charment leur amour sous les arbres sombres. 
La musique de Mozart est si tendre ! Cependant 
elle ne tombe jamais dans la sensiblerie. Elvire 
et Anna ont le cœur déchiré, mais elles savent 
se tenir. La fièvre sous la décence, n'aimerait-on 
plus cela? 

Il faut aussi écouter Don Juan en songeant à 
tous ceux qui l'ont entendu avant nous, et qui, 
comme nous, sous ces 
mélodies magiques, ont 
senti s'ouvrir en eux la 
source des pleurs. 

Je revois par l'ima- 
gination la loge de mes 
grands-parents, au 
Théâtre des Italiens. 
C'était une loge, je pense, 
toute voisine de la loge 
d'Emmeline. Ne vous 
souvenez - vous pas 
d'Emmeline, dont Alfred de Musset a raconté l'histoire? 

Emmeline laissait aisément Don Juan prendre son cœur. Et, dans la 
loge en question, c'est en écoutant Rubini, M me Heinefetter et M me Sontag, 
qu'elle s'aperçut qu'elle n'aimait personne, et qu'elle voulait aimer. 

N'était-ce pas Don Juan encore qu'on jouait, à ce même théâtre, le 
soir où Madeleine de Nièvres s'y trouva seule avec Dominique ? « On 
donnait un immortel chef-d'œuvre, écrit Fromentin, des chanteurs incompa- 
rables y causaient des transports de fête... » La pauvre Madeleine est toute 
palpitante de passion retenue ; Dominique se tient derrière elle. Dans cette 
musique de Don Juan, le seul air qui exprime directement et expressément 
l'amour (l'air de Don Ottavio) est assez quelconque; mais, d'un bout à l'autre 
de l'œuvre, c'est l'amour qui circule, caché, secret, actif, impérieux, brûlant, 
pareil au sang dans les veines; un amour souvent inavoué, comme celui que 
Donna Anna éprouve pour l'homme qui l'a séduite. 

En sortant du théâtre, ce soir -là, Madeleine était comme ivre. 
Souvenez-vous de cet épisode où la malheureuse déchire et mord le bouquet 




134 



qu'elle a tenu contre elle pendant toute la soirée. Une moitié de ces fleurs, 
elle la jette à la tête de celui qu'elle aime. Puis elle quitte Dominique ; elle 
se sauve. C'est une scène d'aveu. 

Ainsi un opéra du dix-huitième siècle, d'une grande pureté classique, 
ouvre-t-il des perspectives romantiques à nos songeries. Une Espagne de 
Van Loo, une Espagne sortie de Gil Blas, devient, grâce au génie universel 
de Mozart, l'Espagne de Musset et de Gautier, celle même de Baudelaire. Le 
fameux Don Juan aux Enferé est né sans doute dû dernier acte de Don 
Giovanni. Ce soir -là, Baudelaire s'était laissé prendre par la musique 
« comme par une mer ». Écoutez les mouvements de l'orchestre, la voix 
sonore et surnaturelle du Commandeur, ce sont les échos de l'onde 
souterraine, de la voix du vieux nocher qui attend son damné. 



La salle est pleine. Une jeune femme, dans l'ombre de cette loge, incline 
languissamment la tête. Peut-être est-elle de celles que Don Juan ennuie. 
Ce doux air penché, faut-il que ce soit le sommeil qui le lui donne ? Mais 
non, elle ne dort point. Pourtant elle n'est pas émue. Elle écoute Don Juan 
parce que c'est l'année où l'on 
aime Mozart. Et au surplus, elle 
est d'une génération 'où l'on ne 
tient pas à ce que la musique 
exprime des sentiments d'amour. 
Un romancier, en 1922, pourrait- 
il écrire d'une jeune femme ce 




i35 




que Musset, en 1837, écrivait d'Emmeline : « ... Elle courut à son piano et 
voulut jouer son trio des Masques; mais, aux premiers accords, elle fondit 
en larmes, et resta pensive et découragée... » 

Il y a des époques où la musique est faite pour émouvoir les cœurs; 
d'autres où elle se contente d'émouvoir les jambes. Depuis les Russes, la 
musique nouvelle est presque toujours de la musique de danse. Petléaà et 
Jttéliàande, le dernier grand ouvrage qui s'adresse au sentiment, est antérieur 
aux célèbres ballets. 

Pourtant, vous et moi, ma Chère, nous cherchons encore, en écoutant 
Don Juan, à atteindre ces pays où la musique seule sait rapidement vous 
conduire. Mozart nous oifre toujours ce voyage imaginaire à travers le 
temps, à travers l'espace ; il nous offre le voyage que l'on fait sur le tapis 
magique du conteur persan. 

Jean-Louis Vaudoyer. 




i36 



FLUola 



Lcé Fleuri Bulla 




Ecrit 
Sur le Sable 



f" 'ÉTÉ qui vient, je me promènerai, comme tous les étés passés 
et les prochains pendant trente ans encore ou quarante 
ans, moi en pantalon de flanelle blanche, chemise 4 e s °i e 
échancrée, jonc à capsule d'or tenu dans le dos, avec des dames 
grandes et belles, des jeunes filles roses, blanches, blondes, 
de toutes les couleurs ; nous irons là où elles voudront, nous 
nous assiérons dans le sable lorsqu'elles seront lasses : alors 
je remonterai sur chaque genou le pli de mon pantalon pour 
découvrir des chaussettes étonnantes, jaune maïs pâle, sur 
l'effet desquelles je compte énormément. De temps à autre 
j'attraperai bien une isolée derrière une cabine, et là, mettant 
avec précaution un genou en terre dans le sable qui ne tache 




i3 7 




Vitraux fleurie 

pas : « Madame, 
je vous aime à la 
folie, j'ai l'honneur de 
vous l'apprendre si 
vous ne le savez pas. 
— «Je crois que vous 
êtes fou, en effet... 
Derrière cette cabine 
où l'on est vus de par- 
tout ! 

— Alors, Madame, 
entrons dedans. » 

Voilà !... Il faut 
être résolu, dans la 
vie. L'été est la plus 
belle saison de l'année, 
parce que c'est la sai- 
son des vacances, celle 
qui se rapproche le 
plus de l'état de nature où tout ne doit être que loisir, plaisir 
et liberté, comme pour quelques mois sur les plages où, pour 
peu que vous enfonciez dans les dunes vos pas, vous êtes sûr 
de ne pas rencontrer une personne autre que l'amie que vous 
avez avec vous... Kt là, la mer qui se balance au soleil, ce 
sable énervant chaud comme une caresse qui se fourre partout, 
quelques touffes d'ajoncs, uniques témoins, rappelant en outre 
les aspects de ces grands âges dépouillés d'hypocrisie... tout 
cela concourt à remettre l'homme et la femme dans un état pri- 
mitif pendant trois ou quatre minutes. 

Vous pensez, dans ces conditions, à quel point j'adore la 
mer 1 Je m'y trouverai, cette année, dès la première semaine 



i38 



avec un lot d'amies exclusivement habillées sans en excepter 
une seule avec la dernière élégance d'une quinzaine de robes 
apportées dans des malles tout exprès : au bout d un mois 
d'hôtel, chacune d'elle ayant changé de robe à chaque repas 
doit avoir mis trois fois en tout la même robe. 

Ainsi-, voyez... Toutes ces robes (mes amies me l'ont dit) 
sont faites de tissus nouveaux de chez Rodier, qui tous portent 
un nom approprié. Il y a le PLjuella fleuri, les Toiles agrestes, 
les Ornements roseaux, les Vitraux fleuris, le Flléola, les Toiles 




Piquella 



Les Arabesques Bulla 



Les Ramages Bulla 



perforées, les Arabesques Butta, les Fleurs Butta, les Ramages 
Butta... Le Bulla, gagnant et placé, fait une très belle cote et 
arrive facilement en tête. 

J'ajoute que ce sont toutes robes de toile, voile, crêpe, 
piqué, batiste, douces à la peau, transparentes au regard. La 
chair y paraît plus rose, la peau plus fraîche, plus tentante la 
femme aimée. Les autres femmes y peuvent paraître plus 
désirables que la femme aimée, mais en période de vacances 
ça ne fait rien, il n'y a pas péché, la morale n'est plus la même. 
On n'est pas plus tôt revenu en chemin de fer que tout cela 
est à mille lieues. 

Marcel Astruc. 




Lté Toile* agrettu 







%^a*v$* 



BONNETS 

ET CHAPEAUX 



D. — Qu'appelle~t-on chapeau ? 

R. — On appelle chapeau, dans le langage du journa- 
lisme, un paragraphe liminaire, destiné à présenter succincte- 
ment au public un auteur qu'il est supposé ne pas connaître 
ou connaître imparfaitement. 

D. — JVLais quid en matière de modes ? 

R. — J'y arrivais : par analogie, on appelle également 
« chapeau » un appareil, de forme, dimensions et couleur 
variables, que les femmes ajustent sur leur tête et qui a pour 
objet de renseigner, au premier coup d'œil, le passant sur 
l'élégance d'une personne qu'il voit pour la première fois. 

D. — Qu'appelle-t-on bonnet ? 



M» 





R. ■— On appelle bonnet une coiffure, 1 
de dentelle ou d'étoffe légère, dont les 
femmes, principalement celles qui se rangent 
dans la catégorie « femme - enfant » ou 
« femme-poupée », emprisonnent le soir leur chevelure, afin 
d'empêcher que leur cervelle ne s'évapore pendant la nuit. 
D. — Existe-t-il une différence radicale entre le chapeau 

et le bonnet ? 

R.. — Assurément. Le 
chapeau est, par essence, 
diurne, et le bonnet, noc- 
turne ; ou, pour plus d'exac- 
titude, le chapeau est réservé 
à l'usage externe, je veux dire 
extérieur, tandis que le bonnet 
appartient à la classe des 
vêtements intimes. Le 
bonnet est la coiffure géné- 
ralement usitée pour les 
scènes de jalousie, les co- 
lères sur l'oreiller. De là 




1^2 




1 expression : avoir la 
tête près du bonnet. Il 
est également l'acces- 
soire obligé de l'amour, 
comme en témoigne la lo- 
cution proverbiale : jeter 
son bonnet par -dessus les moulins. 
D. — Arrive-t-il que l'on porte 
simultanément le bonnet et le chapeau ? 
R. — Jusqu'à l'an de grâce 1922, 
il n'apparaît pas que cette idée assez 
paradoxale ait traversé l'esprit des 

régents de la Mode. JVLais précisément nous voici arrivés à un 
tournant de l'histoire, car ces combinaisons qui peut-être 
eussent choqué le bon sens un peu étroit de nos grand'mères, 
elles menacent, à ce qu'on assure, de faire fureur l'été prochain. 
D. — Quelle autorité, quelles sources pouvez-vous in- 
voquer à l'appui de votre réponse ? 

R. — Lepape, dont l'infaillibilité constitue un article 
de foi. 

D. — A votre avis, que faut-il penser de cette innovation? 
R. — Klle est absurde, mais charmante; j'oserai presque 

dire qu'elle est charmante dans 
la mesure même où elle est' 
absurde. Car telle est la règle, 
dans le domaine 
de la frivolité, 
et il faut ap- 
pliquer à la 
mode ce que 
Platon dit de la 




poésie, c'est à savoir, qu'un grain de folie n'y faitjamaisdemal. 

D. — Cette question des bonnets et des chapeaux ne 
réveille en vous aucun souvenir historique ? 

R. — Si fait. Au XVIII e siècle, en Suède, deux factions 
se disputèrent le pouvoir et allumèrent des guerres civiles : le 
parti des bonnets et celui des chapeaux. L'un préconisait 
l'alliance avec la Russie, l'autre n'en voulait point entendre 
parler. C'était un peu, comme qui dirait, communistes et 
bloc national. 

D. — Dès lors, que peut-on espérer, politiquement par- 
lant, d'une mode qui établit la concorde entre bonnets et 
chapeaux ? 

K. — La paix de l'Europe et la hausse du rouble. 

D. -— Je vous remercie. A vous, Mademoiselle. Dites- 
moi, je vous prie, qu'entend-on par le mot béguin ? 

Georges Armand M.ASSON. 




**% 



jrtî tf»* 




de MIL HUIT CENT 
SOIXANTE-QUINZE 
a MIL NEUF CENT 



TL vous est arrivé comme à moi de 
feuilleter un album de photogra- 
phies, certain soir d'automne, à la 
campagne, alors que la promenade 
écourtée par la saison oblige à s'en- 
fermer très tôt. Nous avons regardé 
avec mélancolie, parfois aussi avec un 
sourire moqueur, ces figures de tante 
ou de cousine, presque inconnues, 
rarement nous trouvâmes joli le petit 
« saute-en-barque » qui s'évasait du 
bas sur une jupe trop ample ; le visage 
nous paraissait toujours froid et triste 
sous l'amoncellement de cheveux 
échafaudés, formant un chignon trop 
gros, à notre avis. Même celles de ces 
lointaines parentes qui étaient jolies 
nous paraissaient difficilement agréa- 
bles, parées de ces robes que l'éloi- 
gnement nous rendait ridicules. Eh 
bien, au bal qu'organisa M. Emilie 
Terry, bal 1876-1899, nous avons 
trouvé jolies presque toutes les femmes 



145 




ComteMe 
J. de JHoiuherA 



qui y furent conviées. Pourquoi ? C'est un 
mystère. IVLais mon souvenir gardera, ineffaçable, 
l'impression que j'eus en rencontrant à l'entrée 
du salon, la princesse Lucien Murât qui, ce soir- 
là, personnifiait un des plus beaux Carolus 
Duran qu'il nous a été donné de voir, même 
parmi les premières œuvres de ce grand 
coloriste. Vêtue de noir, elle portait une 

perruque blonde, 
dans laquelle 
retombaient de 
tendres glycines 
mauves, s'harmo- 
nisant avec les 
fleurs de la jupe. 
Le décolleté rond 
qui prenait les 
épaules, le drapé 
de la jupe, tout, 






Comtewe 
0. de Kergorlùi 



donnait une telle impression de passé 
élégant que le Temps nous prouve qu'il 
n'y a pas de mode laide à proprement 
parler. 

Dans le brouhaha des entrées plus 
ou moins préparées amenant la dan- 
seuse de Degas à côté de la canotière 
de Bougival, au milieu de toutes ces 
couleurs et de ces formes tellement éloi- 
gnées de celles que nous portons aujour- 
d'hui, toutes les femmes causaient un 
extrême plaisir à regarder. Ici, brune, 



146 



trop frisée, le chignon parsemé d'oiseaux et de plumes exo- 
tiques, c'est la comtesse Etienne de Beaumont, dont les yeux 
rieurs sont pétillants d'intelligence ; puis, la jupe gonflée 
d'une tournure grotesque, c'est M lle Béatrice de Yturbe, 
charmante dans sa robe de foulard à 
fleurs et son corsage « ponceau ». La 
duchesse de Grammont, sous son haut 
de forme blanc, évoque un Manet d'une 
poésie romantique. La comtesse Fran- 
çois de Castries, le corsage boutonné 
haut, avec son petit col ridicule et ses 
manches longues trop courtes, n'est-elle 
pas un pur Gervex ? 

La comtesse ^Vladimir Rehbinder 
éclatante de jeunesse et de beauté sous 
sa petite toque de velours noir, abrite 
son teint resplendissant sous une om- 
brelle « Marquise » des plus amusantes. 
Klle a dix-huit ans à peine, habillée 
ainsi, et c'est justement ce qui nous 
frappe, c'est que toutes les femmes 
venues au bal Terry, étaient rajeunies 
sensiblement, même les plus jeunes 
paraissaient quinze ans. Alors? Devons- 
nous reprendre ces modes, nous qui 
sommes à tel point affolées de jeunesse 
que nous en arrivons à paraître, bien 
souvent, plus jeunes que nos filles ? 
JVLéditons sur ce point : essayons des 
robes au corsage trop ajusté ; ouvrons 
notre encolure en carré ou en rond, 



Ai ade moi de LU 
d'Hinniédal 




l4 7 






suivant l'heure, et demandons à notre miroir si telle coupe 
ne nous sied pas davantage que celles proposées ces dernières 
saisons. Il me semble voir venir à nous, d'ici une ou deux 
saisons, peut-être, non pas l'exacte mode de 1875 ou de 1900, 
mais des détails se rattachant aux atours de ce temps, qui fut 
pour quelques-unes d'entre nous l'enfance et pour d'autres la 
jeunesse : souvenirs pleins de gaieté ou... de mélancolie... 
Qu'importe, pourvu que nous soyons jolies à présent ! 

Jeanne Kamon-Fernandez. 




^L^ 




ComUéée G. de Catlried 
148 




[~*\E prime abord cela n'est pas très raisonnable. A la 
réflexion, cependant, c'est logique : de cette logique fémi- 
nine, aux postulats sans doute assez baroques, mais à la suite 
imperturbable, aux conséquences sans défaut. Du moment 
qu'elles vont au bal toutes nues, à deux rubans près, il est 
naturel que les dames s'habillent pour aller au bain. On peut 
bien montrer son dos jusqu'aux lombes, dans les couloirs de 
l'Opéra ou au Claridge : ce sont des endroits faits pour ça. 
Et puis, le nu est chaste, comme chacun sait, car ce n'est pas 
ce que l'on voit qui porte trouble. — Le trouble vient de l'incer- 
tain, du deviné. On voit bien que la volupté est un art perdu, 
dans ce siècle étrange qui a banni les falbalas, chassé le frou- 
frou, raccourci la jupe. O siècle épris du seul commode, ô 
siècle pressé ! — Mais voici une indication charmante, qui 



M9 



signale peut-être un retour, un sentiment 

plus nuancé de l'art de plaire : afin de se 

tremper dans l'eau, l'été, sur le bord des 

plages, il va falloir être habillée. Le maillot 

collant a vécu. Les vieux messieurs qui ne 

se baignent plus ne s'en consoleront pas. 

La bienséance, la vertu, la décence, la 

modestie ne sont pas seules à y gagner: 

les raffinés seront charmés. Plus que le 

jersey qui accuse, et parfois condamne, 

le voile qui cache à demi, la tunique aux 

longs plis flottants leur ménagent des 

sorties de bain savoureuses. Les anciens 

grecs l'ont bien compris : c'est sous les plis 

du lin mouillé, transparent comme une eau 

qui coule, qu'ils ont modelé leurs plus ?ri . 

émouvantes statues. La beauté d'une pure 

ligne est plus délicate au point 
qu'elle se perd; elle préfère 
être rompue. La nudité est 
insolente. Elle ne laisse rien au 
spectateur, du doux plaisir 
d'imaginer. 

J'ajouterai pour achever 
de discréditer l'antique maillot 





i5o 



qu'il est en lui-même fort laid, et d'un 
usage difficile. Il implique le peignoir- 
éponge. Il n'est possible que de la cabine 
au tremplin, d'où l'on va plonger. Orné 
\^^P^ de volants aux épaules, ou muni d'une 
courte jupe, il est ridicule. Kt sans elle, 
il est indiscret, il dit tout. Au lieu qu'une 
de ces molles et flottantes tuniques (mais 
très courtes) comme on en voit aux pupilles 
de miss Isadora Duncan, et mieux encore, 
à Lydie, à la jeune Atalante, à Nausicaa, 
c'est un très joli vêtement, qui permet aussi 
défaire plage avant la trempette; déjouer 
au tennis, au besoin, voire de risquer un 
cent mètres. Dans l'eau même, ces légers 
voiles ajouteront à nos naïades> entre deux 
vagues, autour de leurs corps vigoureux, 
ce halo vaporeux qu'on voit 
aux méduses, aux traînes des 
poissons chinois. Les rubans 
ne sont pas interdits ; les cein- 
tures peuvent s'orner de coquil- 
lages, imiter des algues, des 
perles, des , 

grains de 
corail. Aux 
peureuses , 




pr>. 







on peut conseiller d'emprunter au liège, pour la décoration 
de ces aquatiques robes de bal marin, le parement des manches 
courtes, des colliers et des bracelets, ou bien l'ornement du 
bonnet : elles auront ainsi l'illusion de pouvoir, le cas échéant, 
assurer elles-mêmes leur propre sauvetage. 

Maintenant, je sais bien qu'il faut toujours compter avec 
la fantaisie, et qu'il y a de par le monde, d'extraordinaires 
créatures qui ne font point les choses pour être vues, mais 
seulement pour le plaisir. A cet égard, le meilleur bain, c'est 
encore celui qui se prend sans aucun costume, dans une crique 
abandonnée sous le seul regard des oiseaux. On en sait 
d'augustes exemples, mais ils ne sont pas sans danger : 
Suzanne, il faut toujours compter sur la surprise. Vénus 
seule n'y a rien à craindre. Pour Diane, j'ai toujours pensé 
qu'elle n'était pas si parfaite. Une belle fille sûre de soi n'au- 
rait pas été si méchante avec ce pauvre Actéon. 

Nicolas BONNECHOSE. 





O U R 



TOUS 



LES 



SPORTS 



T\ÉBRAYEZ... Passez en seconde... Accélérez... Ça va bien. 
Maintenant passez en troisième. Aïe I Vous n'avez pas 
débrayé à temps ; tous les engrenages de la boîte de vitesses en 
ont hurlé d'indignation et de douleur. Tenez toujours la droite 
de la route . Il n'y a personne, mais c'est un principe à observer. . . 
Attention à la charrette de foin ! Coin ! . . . Coin ! . . . Doublez ! . . . 
Un peu trop près ; vous avez failli accrocher... Bien pour le 
virage... Ne redressez pas si fort, bon Dieu!... Heureusement 
que j'étais là... Vous alliez nous envoyer dans le champ de 
blé. . . Ne vous énervez pas. Lancez la voiture dans la descente. . . 
Maintenant, revenez en seconde... Vous voyez, nous sommes 
presque en haut de la côte... Une belle route droite; rien ni 
personne à l'horizon... on peut y aller!... En troisième!... 
Accélérez, accélérez. Passez en quatrième. Ne lâchez pas 



i53 



l'accélérateur. Bravo ! Ça gaze ! Si 
nous ne rencontrons pas un poteau 
télégraphique, nous allons loin . , . 
Qu'est-ce que 
c'est?... L'eau du 
radiateur qui 
saute en l'air !... 
Vous n'entendez 
pas un bruit ? . . . 

Arrêtez! C'est le moteur qui cogne... 
Passez-moi mes gants ; le capot 
brûle comme du feu . . . Impossible 
de remettre en marche... C'est bien 
ce que je pensais : pour tourner la 
manivelle, c'est midi... Le bec de la 
burette, plongé dans le carter, revient 
tout brillant de régule : Nous avons 
fondu une bielle... Plus qu'à attendre 
le confrère qui voudra bien nous 
prendre en remorque, et nous ramener 
chez nous — au bout d'une ficelle... 

... Play... Oui (On ne dit plus : 
ready). La première balle dans le filet, 
la seconde dans le grillage. Jouez Long. 

Ne courez pas au-devant de la balle ; ne tapez pas de toutes 
vos forces dans le grillage, à cause des malheureuses roses ; 
n'envoyez pas la balle promener par-dessus toutes barrières 
sur les bords de la Seine, où c'est votre partenaire qui devra 
l'aller rechercher à tout coup, en flairant parmi l'herbe. 

A cheval, tenez-vous droite, les coudes au corps, le 
regard assuré, bien assise en selle et non pas constamment sur 




154 



l'enfourchure, comme les jockeys. Ne tirez pas sur la bouche 
de votre cheval... Les rênes de filet ajustées; les rênes de 
bride plutôt flottantes. 

La pointe des pieds en dedans, le genou tourné contre la 
selle, le talon bas, l'étrier chaussé au tiers du pied, exactement. 

Pour sauter l'obstacle, serrez votre cheval dans les 




jambes... Un coup de cravache! Fermez les yeux; lâchez les 
rênes ; recommandez votre âme à Dieu. 

... Et cette parade, afin de montrer aux dames des 
manteaux pour tous les sports, que leur vue seule leur donnera 
envie, rien que pour porter ces divers vêtements, de pratiquer 
tous exercices de plein air où ils sont indispensables. De quoi 
leur santé physique recevra, assure-t-on, grand réconfort et 
bénéfice par-dessus le marché. 

de Vaudreuil. 




i56 




LE FLIRTING £ e t î/o v n e d r I 









L 



QUELQUES PETITS RENSEIGNEMENTS. 

e jlirûng, d'où vient son origine? Quel pays a eu l'honneur de donner le 

jour à ce passe-temps si agréable, si répandu? Quel est l'exact sens 

de ce mot anglais ? 

^ ^ jf. 

Je vous renseignerai, ô lecteurs ■ — et lectrices — intrigués. Un peu de 
recherche ; quelques voyages aux extrémités du monde, de l'expérience (dans 
l'intérêt de ce sport particulier); et le savant a le droit de parler avec 
autorité. Ayant étudié à fond cette science intéressante, je suis en mesure 
d'instruire celles qui veulent s'instruire. 



i5 7 







L'actuelle origine du mot flirting est enterrée 
dans les mystères du passé; personne n'en peut lever 
le voile. Mais c'est la tendre Madame Putiphar qui 
nous fournit des preuves incontestables que l'Egypte 
était la scène du premier flirtation, le jeune Joseph 

étant le partenaire de 
Madame. Et la signification 
du mot, qui, même qu'il ne 
soit pas admis par l'Aca- 
démie française, est devenu 
un ornement de la conver- 
sation moderne ? Selon les 
Anglais, le flirting signifie 
attention, without Intention. 
Cela veut dire que les deux 
participants s'intéressent, 
mais que Monsieur courtise 
Mademoiselle, ou Madame, 
sans aucune idée de joindre 
sa destinée à la sienne. Très 
souvent la charmeuse est 



• '•""-. 



F*& 



V. 



déjà fiancée, ou elle a horreur de se remarier. Néanmoins, la déesse de 
l'occasion est toute prête à profiter des heures dorées. Comme Manon... 

4* *(c fy 

" Les coupables ! Que c'est choquant ! " me dites-vous ? Un véridique 
chroniqueur n'a pas le droit de juger. Son métier est moins désagréable. 

fy ty 4» 

DES FLIRTS ROYAUX. 

Il y avait des rois français qui étaient très partisans du flirting. L'on 
aime bien parler des nombreuses " affaires " du " Grand Monarque " et de 
celles de Napoléon III ■ — qui était si épris de la séduisante Lola Montez, 
et d'une jeune fille londonienne de l'aristocratie. Mais l'Angleterre a aussi 
connu des flirt* royaux. Charles II ne vivait que oour augmenter sa liste 
de conquêtes. Comme Don Juan, Charles favorisait le système " mille et 
trois ", mais il était trop honorable pour se servir d'un Leporello. Au lieu 
de commander à un domestique qu'il fasse un catalogue pour attrister 
l'épouse fidèle de son maître, le "Gai Monarque" créa ses flirt* duchesse 



i58 



ou comtesse — ■ selon la profondeur de sa passion errante. Il ne parlait 
jamais de ses aventures ; " la justice et la discrétion, voici ma devise " 
affirmait l'admirable amant. 

*ft JjfL »$* 

Henri VIII était le plus grand flirt de tous les soupirants royaux. Il 
avait l'habitude de prendre au grand sérieux ses jTirtatioiié. " Qui donc 
commande quand il aime? " disait le prétendant perpétuel à l'ambassadeur 
espagnol. La citation n'est peut-être pas authentique, mais elle est tirée du 
compte rendu de Henri VIII, opéra de Saint-Saëns. Toutefois, Henri 
n'aimait qu'à la folie, et il ne manquait pas de pratique... 

4* fy ty 

Elisabeth, " la vierge reine " hérita les traits amoureux de son père 
Henri. Sir Walter Raleigh, débonnaire et galant, avait la permission 
d'arranger la jarretière de sa souveraine, et le charmant Earl de Leicester 
était au mieux avec Elisabeth. Les heureux mortels. 

«Xi *u ju 

LE HAREM INTERVERTI. 

Dans les pays étrangers tout le monde flirte — à outrance. Au Tibet les 
femmes se marient avec sept époux. Pour commencer, la jeune fille à marier 




iÔ9 



a du goût pour le fils aîné de la famille, et, peu à peu, elle fait collection des six 
frères. Dans l'intention d'accroître ses biens maritaux, Madame s'abandonne 
à une flirtatlon avec chaque beau-frère. Vraiment, la Tibétaine mariée est 
une femme rangée... Aux Indes les Mahométanes caressent les barbes 
prodigieuses de leurs adorateurs, mais sans passer le Rubicon. A Ceylan 
l'indigène à la couleur chocolat murmure quelques doux mots à l'oreille de 
sa belle. " Soyez sage " dit-elle... 

En Espagne la Jenorita, aussi bien que la éenorcL, s'arme d'un éventail. 
Elle jette un regard souriant sur le éenor de sa préférence, faisant retirer sa 
figure délicieuse derrière l'éventail demi-transparent. Rodriguez, mangeur de 
femmes, fait une œillade, et Dulcinea, mangeuse d'hommes, soupire. 
Rodriguez, le conquérant, s'avance; Dulcinea, la taquine, s'enfuit. 

Ml MC Mt 

Quant aux Italiens, ils ont (quelquefois) plus d'ardeur que de finesse... 

Margherita ! Il y a trois jours depuis que nous nous sommes rencontrés 

pour la première fois I Je vous ai envoj'é trois corbeilles d'orchidées; mais 

vous restez froide, indifférente à ma passion brûlante ! Voulez-vous que je 

vous mette à la porte de mon cœur? " Corpo di Baccho ! 

*î* Jjf 4» 

En Birmanie et en Suède le Monsieur qui sait bien flirter ne néglige 
jamais d'offrir un cigare à la divinité. Ma Chït de Mandalay raffole des 
cherooté blancs et gros : — l'exigeante Suédoise demande un havane. A l'Est 
et à l'Ouest le fîirtation se termine en fumée... 

George Cecil. 




L 




160 



ROBES 
A DANSER 

INSPIRÉES DES COSTUMES 
DE FEMMES DE COULEUR 
DE L'AFRIQUE CENTRALE 

GRANDES DANSEUSES, LE SOIR, 
AUTOUR DES FEUX DE LA TRIBU 

pour ce qu'elles offrent 
CES ORNEMENTS SAUVAGES, 
TRESSES DE PAILLE, COLLIERS DE 
BOIS, QUI SUIVENT LES ONDULA 
TIONS DU CORPS, S'ENTRECHO 
QUENT, ET VOLENT TOUT AUTOUR 
DANS LA FRÉNÉSIE DE LA DANSE 

contenant 

HUIT 
CROQUIS DE ROBES 

PARFAITES POUR DANSER 



161 



LA MODE ET LE BON TON 



^©^ 



Dix heure* du éoir. — Le salon de l'hôtel 
ancestral regorge de monde. Tous les lustres 
sont allumés comme au temps heureux 
d'avant- guerre ; on fait de la musique en 
l'honneur d'un souverain de passage à Paris. 
A droite, à gauche, partout, l'or, l'argent, le 
lamé miroitent comme autant de bassins et 
de lacs sous le soleil de juin. Je ne vois nulle 
part une robe sombre ; si : une, celle de la 
Duchesse d'Harcourt sur laquelle retombent 
des fils innombrables de perles, parmi 
lesquels à la pointe gauche de la poitrine, 
brille la rosette de la Légion d'honneur. 

La Comtesse Jean de Castellane, dans une 
superbe robe de satin blanc, est coiffée d'un 
diadème si haut qu'il semble une coiffure de 
reine. 

La Princesse Lucien Murât, dans un 
arrangement persan, du moins commecoloris, 
est vraiment d'un très grand caractère : 
velours géranium, très décolleté, sur lequel 
une écharpe de tulle bleu "nuit'' met une 
note artistique au plus haut, point, d'autant 
que sur la tête, la Princesse Murât porte un 
bandeau de même tulle , avec aigrette 
monumentale, telle celle que nous vojons sur 
les souverains persans, retenue à sa base par 
un énorme croissant de diamants. Effet à 
retenir, même en le transposant. 

La jeune Duchesse Anne de Rohan est 
très belle, dans une robe de style qui n'a 
rien de commun avec aucune mode actuelle : 
ses épaules ressortent d'une berthe de 
dentelle, et sa tête, si bien attachée aux 



épaules, est ravissante sous la coiffure 
Louis XVI. i 

Madame Antonia Addison, tout en blanc, 
sans un bijou, extrêmement décolletée, une 
écharpe de tulle bleu ciel accrochée à l'épaule 
droite par un énorme bijou, nous donne 
l'impression de La Diane de Jean Goujon qui 
se serait parée pour un bal ; on ne peut être 
plus belle. 

Cinq beureà du dûir. — Des femmes sont 
groupées et prennent le thé dans un intérieur 
où le moindre objet est une pièce de collection. 
Sur la nappe de la table à thé, nappe en 
véritable Venise, posée à même le bois 
d'acajou rosé, lestasses sont toutes anciennes, 
d'un Directoire compliqué et précieux où les 
couleurs tendres et violentes se mélangent 
aux personnages finement peints. On voudrait 
avoir des doigts de fée pour soulever ces 
coupes rares ! 

Toutes les femmes assises dans cette 
atmosphère tiède et parfumée, portent du 
noir : crêpe mat, transparent, même à la 
jupe (!) chapeaux immenses clairs, et drapés 
de satin clair également. Aucune d'entre 
elles n'a de manches ou bien alors une cape, 
si bien posée et combinée qu'elle remplace 
la manche de la robe. 

Madame Verdé Delisle, la grande canta- 
trice mondaine, apparaît habillée de rouge 
ponceau, cape et robe avec capeline immense 
chargée de fleurs assorties. Ici, l'harmonie 
n'est point rompue puisque ce rouge s'allie 
aux toilettes noires présentes. 



162 



La maîtresse de la maison reçoit en robe 
de crêpe rose pâle, très décolletée au 
corsage, de petites manches très courtes 
laissant le bras complètement dégagé, éclairé 
de gourmettes de brillants vers le poignet. 

Cinq heureà du doir encore. — Un salon 
très moderne. Le thé servi sur une table de 
bois rouge, sans nappe, et le service, de ce 
beau jaune uni, récemment créé. Lamaîtresse 
de la maison est en costume tailleur, le 
chapeau sur la tête ; ses gants et son sac 
sont posés sur le fauteuil à côté d'elle. Deux 
ou trois femmes, pas plus, l'entourent, 
habillées comme elle, très simplement : elles 
reviennent du golf. Elles sont en jupe assez 
courte, blouse droite sans ceinture entièrement 
brodée. Veste ou cape assortie à la jupe, 
rappelant un des tons de la blouse. Petit 
chapeau à bords baissés, à peine garni, 
ombrageant complètement le visage. Souliers 
à talons plats et bas clairs. Voilà, en deux 
oppositions très nettes, la manière qu'ont les 
Parisiennes de prendre le thé en ce moment. 
Il est de plus en plus à la mode de rentrer 
chez soi vers cinq heures, afin d'y retrouver 
ceux que le hasard vous envoie, et pour 
lesquels vous ne ferez ni toilette ni goûter 
spécial. Peut-être même allez-vous ressortir 
vers six heures pour un rendez-vous au 
dehors, quand vos amis vous auront laissée. 

Troie heures, rue de La Paix. — Deux 
femmes sortent de chez le couturier pour 
remonter en voiture L'une d'elles porte un 
petit tailleur noir si étriqué et si court, qu'elle 
semble une entant sortant du cours. Ses 
jambes sont trè^ fines, elle porte des bas de 
soie grise, ultra-transparents et des souliers 
vernis noirs lacés sans aucun ornement. Son 
renard argenté monte très haut et sa capeline 
immense, à peine nouée d'un ruban de satin 
noir, met si bien à l abri son visage, qu'il est 
presque impossible de le voir. Elle monte 



non pas dans sa limousine, mais à côté du 
chauffeur... et la voiture file. Pour quelle 
raison ? Je ne saurais vous le dire. 

L autre femme est enveloppée des pieds à 
la tête dans une cape de crêpe de Chine noir 
frangée de singe, mais cette cape ne s'arrête 
pas comme toutes celles quenous connaissons, 
à la cheville. Celle-ci est si longue, qu'elle 
dissimule jusqu'à la pointe du pied et qu'ainsi 
enveloppée, la femme nous donne une 
impression extrêmement nouvelle. Son cha- 
peau est petit, posé sur l'oreille, où une 
grosse coque de ruban semble accentuer le 
mouvement. 

Dimanche aux couréeé. — M rs Fellow 
exquise en beige, jupe très étroite et serrée, 
très courte. Veste étroite, assez longue, 
serrée aux hanches par deux bandes de même 
étoffe se croisant par derrière, et venant se 
terminer sur le devant à deux hauteurs 
différentes sous un nœud plat. La blouse 
n'est pas décolletée mais du même ton, en 
petite soie, couverte de fils de perles. Petit 
chapeau en soie beige comme l'ensemble. A 
la main elle porte un mouchoir en gaze 
transparente avec sa bourse en or mat et ses 
deux cartes de course. 

Princesse de Lucinge en gris argent avec 
le chapeau froncé de Reboux, et sur le devant, 
deux plumes trempées dans un bain d'argent. 
Sa cape est accrochée très bas dans le dos. 
Quantités de capes souples plutôt courtes ; 
en toutcas, les manteaux étaient tous pourvus 
d'une manière de cape repliée à la taille où 
elle se fronce, ou bien formant une sorte de 
capuchon pointu et lâche dans le dos, en 
crêpe de Chine. Quelques manteaux se 
croisent et se ferment sous un bijou à hauteur 
de lahamhe sur le côté. 

Madame Barrachin en petit tailleur rouge 
corail à veste courte, est coiffée de crosses 
noires- J. R. - F. 



i63 



* 


^«j»^^^»^,^^^^.^.^,^^.^^ 


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4* 




4- 


JcyxpKcaiion des Planches Hors -Texte 


4- 


+ 


CONTENUES DANS LE NUMÉRO 5 


4- 


4* 
* 
* 








4- 
4- 
4* 






l anche 33. — Un costume de voyage. 


* 
4* 






4* 

Planche 3^. — Robes trois tons composées de trou voiles 
superposés ; le troisième voile forme le manteau. 


* 
* 






* 


4- 


4- 


* 
4* 


Planche 55. — De Worlh, une robe du soir en crêpe marocain rose 
ouverte sur un dessus d'argent et brodée de perles de verre argentées. 

4* 


4. 
* 


4* 
4* 


Planche 36. — La robe du soir est de Béer ; l'habit de soirée, de 
Kriegck. 

4* 


4- 


4* 
4* 

* 


Planche 3y. — Robe d'après- midi et robe de fillette, de Jeanne 
Lanvin. La robe d'après-midi est en crêpe vermeil noir. Le cordage est en 
partie voilé par une grande collerette de blonde et ta ceinture eél de roàes de 
rubans avec deux longs pans du même ton que les- rubans. Le chapeau est 
une grande capeline noire garnie de touffes de roses dégradées violettes et roses. 

Le veston de cheval est de Larsen. 


4- 
4- 
4- 
4- 


4- 


4* 


4* 


4* 
4* 


Planche 38. — De Martial et Armand, une robe d' après-midi en 
taffetas ; col de lingerie. La jaquelle bordée est de Lus et Be/ve. 

4* 


4* 
4* 


4- 


Planche 3g. — JUanleau du soir, de Paul Poiret. 


4- 


4* 
4* 


4- 

Planche 40. — Robe d'après-midi, de Madeleine Vionnet. 


4* 
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164 




LE CHAPITEAU CORINTHIEN 



COSTUME DE VOYAGE 



j de la Gazette du Bon Ton> 



Année 1^22. — Planche 5J 







LES SOEURS JUMELLES 

ROBES TROIS VOILES 



5 de ta Gazette du Bon Ton. 



Année 1Ç22. — P tanche 34 







ARAIGNÉE DU SOIR... ESPOIR 

ROBE DU SOIR, DE WORTH 



j de la Gazette du Bon Ton. 



Année 1922. — Planche jjf 



F %N 
















PENDANT L'ENTRACTE 

ROBE DU SOIR, DE BEER 
HABIT, DE KRIEGCK 



<V° 5 de. la Gazette du Bon l'oti. 



Année 1922, — Planche 36. 




L'ALLÉE CAVALIÈRE 



ROBE D'APRÈS-MIDI ET ROBE DE JEUNE FILLE, DE JEANNE LANV 
VESTON DE CHEVAL, DE LARSEN 




r 



N° 5 de la Gazette du Bon Ton. 



Année 1922. — Planche 57 







FIANÇAILLES 



ROBE D'APRES-MIDI, DE MARTIAL ET ARMAND 
JAQUETTE BORDÉE, DE LUS ET BEFVE 



N° 5 de La Gazette du Bon Ton. 



Année 1922. — P tanche 3 é 







C'EST MOI 



MANTEAU, DE PAUL POIRET 



N° 5 de La Gazette du Bon Ton. 



Année 1922. — Planche 39 



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SOU VENIR DE PAQUES A ROME 

ROBE D'APRÈS-MIDI, DE MADELEINE VIONNET 



jy° 5 de la Gazelle du Bon Ton. 



Année 1922. — Planche 40. 














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FEMME DE BORNEO 



iV" f de la Gazette du Bon Te 
Année 1022. — Croauié N° XXX11 








PRINCESSE BARA (AFRIQUE) 



M 5 de la Gazelle du Bon T, 
Année 1922. — Croquià N° XXXI 




JV° j de la Gazelle du Bon Ton 
Année IQ22. # — CroquU N°^XXXF 



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FEMME BAGUIRMIENNE 
CAFRIOUE) 



N° 5 de la Gazelle du Bon Ton 
Année 102 2. — Croauli N° XXXVI 




FEMME BATANG-PADANG 



N° 5 de la Gazelle du Bon Ton 
Année 1022 . — CroquUN XXXVII 




FEMME AMAGUILLA 
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i\T° j de la Gazelle du Bon Ton 
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JV° 5 & La Gazette du Bon Ton 



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N° f de La Gazette du Bon Ton 




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